CHAPITRE VI
Idée générale des événemeiis dans le second siècle de rËglise.
soosNcmies Nerva avait défendu qu'on accusât personne Tentirpi/.""". d'impiété ou de judaïsme : il avait même diminué les tributs dont on accablait les Juifs ; et , en rappelant les exilés /il avait rendu la liberté à ceux qu'on avait bannis sous prétexte de religion. Ce fut donc un temps de repos pour l'Église ; mais ce temps fut court, puisque ce prince ne régna qu'un an et quelques mois, lu io«t per.^- Trajan défendit les assemblées qui n'étaient pas « foas r«- j^^^.Qj,jg^^ pgj, j^ lois.<!'était défendre indirectement l'exercice de la religion chrétienne. Ce fat donc une occasion de recommencer les persécutions , et l'Église fit de nouveaux progrès , parce qu'elle eut de nouveaux martyrs. • Mais 0» ne Cependant ceux qui commandaient dans les leur imputer, proviuccs u étaient pas peu embarrasses sur w conduite qu'ils devaient tenir : nous en voyons la preuve dans une lettre que Pline le jeune, gouverneur de Bithynie, écrivit à Trajan pour le consulter. Il demande ce qu'on punit dans les chrétiens , ou ce qu'on recherche ; si c'est le nom seulement , ou quelques/Crimes attachés à ce nom; si, distinguant les âges, on doit traiter les enfans
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avec moins de rigueur; s'il faut pardonner à ceux qui se repentent, ou si c^est assez d'avoir été une fois chrétien pour être censé encore coupable, lorsqu'on est revenu au culte des idoles.
Bans cette incertitude, il envoyait cependant au supplice ceux qui persistaient ; ne doutant pas que leur opiniâtreté neC^néritât au moins d'être punie. Mais le mombre des accusés l'effrayait : il en voyait de tout âge , de tout sexe, de toute condition; cette superstition, ajoute-t-il, avait in- ÉBcté les villes et la campagne ; et il avait trouvé les temples presque abandonnés.
Il ne négligea pas de rechercher en quoi les chrétiens pouvaient être coupables. Mais il ne trouva qu'une superstition excessive; et tout ce qu'il put apprendre de ceux mêmes qui eurent la feiblesse d'abandonner la foi, c'est qu'ils s'assemblaient un certain jour avant le lever du soleil; qu'ils chantaient un cantique en l'honneur du Christ, leur dieu ; qu'ils s'engageaient par serment , non à commettre aucun crime , mais à ne £atire ni vol^ ni larcin, à ne point manquer à leur parole, et à ne point dénier un dépôt; et qu'ils se rassemblaient ime seconde fois pour prendre un repas. Pline, ne voyant rien dans tout cela qui fut digne de châtiment, renvoyait tous les accusés qui désavouaient le christianisme , et qui faisaient des actes d'idolâtrie.
On voit par cette lettre combien, la religion
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chrétienne était déjà répandue. Mais ce qui étonne^ c'est l'aveuglement des gentils. Comment Pline, après toutes ses recherches , ne trouvait-il dans les chrétiens que de l'opiniâtreté et de la superstition ? Comment n Vt-il pas soupçonné leur cnlte d'être au moins le plus raisonnable ? £t comment n'a">t-il pris aucune compissance des miracles qui en prouvaient la divinité ? Sans.douJte qu'entraîné par l'esprit du gouvernement il cherchait moins à découvrir ce que croyaient les chrétiens qu'à les forcer à croire comme lui. Peut-être aussi ceux à qui il fit souffrir le martyre étaient-ils plus faits pour répandre leiu* sang que pour raisonner sur leur croyance.
Trajan approuva la conduite de Pline , déclarant qu'il fallait punir ceux cpi'on accusait , s'ils s'avouaient chrétiens , et renvoyer , comme innocens , ceux qui sacrifiaient aux dieux, qudque suspects d'ailleurs qu'ils eussent été. U défendit même de les rechercher, et d'avcwr aucun égard aux accusations , lorsque c'était des libelles sans nom d'auteurs. Mais , s'ils sont coupables , pourquoi ne pas les rechercher , et , s'ils ne le sont pas, pourquoi les punir ? Voilà des contr^lictions où l'on tombait, parce qu'on voulait empêcher les progrès de la religion ; telle a été dans ce siècle la conduite des gentils envers les chrétiens. Pourquoi lu Ccttc préveution aveugle fit durer la persécu-
ptrsécntioB est , ' ^ . a i • \ ^ f - i
ÏSÎS!^***" tion sous le règne smvant. Adnen, à la venté,
AJfCIENirE, 1 79
ne porta point d'édits contre l'Église : mais il était siâtta^jé aux cérémonies religieuses desvGrecs et des Romains, et si adonné à l'astrologie, à la divins^tion et à la magie , qii'oii pouvait impunément persécuter tous^ceuK qui se déclaraient ennemis de ces superstitions. D'ailleurs les Ju^fs devenaient tous les jours plus odieux. Les dernières années du règne de Trajan , ils s'étaient soulevés en Egypte , ils avaient commis les plus grandes cruautés, et onneles avait soumis qu'après en avoir exterminé une^ande partie. Or les chrétiens partageaient la haine qu'on portait aux Juifs; c'était donc là une nouvelle raison pour les^persécuter.
Cependant Adrien étant à Athènes pour la se- f/^™^"»P"" condefois , la huitième année de son règne, Quadrat lui présenta une apologie pour la religion chrétienne. Disciple des apôtres, il avait comme eux prêché l'évangile , et fondé plusieurs églises. Dans le même temps Aristide , philosophe athénien , fit aussi une apolo^e. Ce sont là les premio-s écrits pour la défense de la religion. Il n^en reste rien : nous savons seulement qu'on" en a fait beauccnip de cas , et que Quadrat s'appuyait sur les miracles dont il démontrait la vérité.
Les raisons de ces deux apologistes furent sou- Lapers^cuiîon tenues par. une lettre de Sérénius Granianus , proconsul d'Asie , qui représentait à l'empereur combien il était odieux de punir les chrétien&sur
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le nom seul. Adrien eut égard à ces remontrances. Il ne voulut plus que les chrétiens fussent les victimes des plaintes vagues et des cris tumultueux du peuple. Il ordonna qu'on les produirait devant les tribunaux , pour être condamnés s'ils étaient convaincus d'avoir fait quelque chose contre les lois , ' on pour voir punit les calomniateurs qui leur supposeraient faussement des crimes. Cet ordre diminua la persécution, sans l'éteindre entièrement : car les assemblées seules étaient un prétexte suffisant pour accuser les chrétiens.
Lei uit% Adrien avait envoyé une colonie à Jérusalem;
sont «Btière-
ïëîlllâS!^** et , ayant rétabli cette ville sous le nom aAèlia capitolina y il avait bâti un temple à Jupiter dans la place même du temple de Dieu : les Jui£s, ne pouvant souffrir cette idolâtrie, se révoltèrent, et ce fut leur ruine. L'empereur , qui réduisit la Judée en solitude, leur défendit d'oser jamais venir à Jérusalem, ou même d'en approcher. Cet événement est de la dix-huitième année d'Adrien, et de la cent trente-quatrième de Jésus-Christ. C'est l'époque où les restes de l'ancienne servitude de la loi commencèrent à s'abolir, parce qu'il n'y eut plus à Jérusalem que des chrétiens, gentils d'origine.
C(»mmf nr*- Jusqu'alors les hérésies n'avaient été que le sys-
S™' dH*^i=*îfï tème absurde des éons , manié et remanié de bien des manières ; et Valentm, un des derniers et des
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plus célèbres de ces hérétiques , avait donné naissance à bien des sectes. Mais Cerdon ayant imaginé deux dieux, l'un bon l'autre mauvais, Marcian,son disciple, répandit,quelques années après, cette doctrine , et fit un grand nombre de sectateurs. Il importe peu d'examiner comment ils conc^aient l'un et l'autre ce système. Il suffit de remarquer que, quoiqu'ils rejetassent les éons, ils étaient cependant gnostiques à bien des égards. Ils raisomnaient en effet sur les mêmes principes; et par conséquent leur hérésie était un rejeton de la philosophie orientale.
L'Éfflise avait alors un grand défenseur dans confenip» <k
O ^ ^ ftintlmstiii»
saint Justin , le plus ancien auteur ecclésiastique dont il nous reste des écrits. Né gentil , et peu satisfistit des opinions dans lesquelles il avait été élevé, il cherchait la* vérité parmi les philosophes: il s'était enfin livré à la secte des platoniciens. Déjà la contemplation des idées le ravissait , et il se flattait de s'élever bientôt jusqu'à Dieu. Rempli , comme il le dit , de cette Folle espérance, il imagina de se retirer dans un lieu où, loin du bruit, il pût être tout entier à la méditation. Il y arrivait, lorsqu'un vieillard l'aborda, l'entretint, lui fit voir que les platoniciens ne connaissaient ni Dieu ni ^âme , et lui persuada de Urte les prophètes. Il les lut : bientôt frappé de l'accomplissement des prophéties , il reconnut combien la simplicité de ces hommes inspirés
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était au-dessus des raisoimemens subtils des philosophes.
Joignant à la connaissance de la philosophie une étude profonde de récriture sainte , il annonça la vérité; il la défendit : il avait tout pour y réussir. Ainsi que Quadrat et Aristide , il adressa ses apologies à l'empereur. Il montra combien il était injuste de pimir les chrétiens sur le nom seul ; il exposa leur doctrine ; il ruina les calomniés dont on les noircissait ; il prouva k vérité de la religion par l^accomplissement des prophéties et par les miracles de Jésus-Christ. Cependant la persécution , qui n'avait jamais 'cessé entièrement, continua encore, quoique Antonin n*ait jamais publié d'ordonnance contre les chrétiens, et qu'il ait même défendu de les inquiéter au sujet de la religion.
Les p«ri^ Après la mort de cet empereur, la persécution
entions qu'elles Iiiti- i
n'ontpaiempê- redoubla. Les lois contre les assemblées particu-
chees redon- r
bientjou.M.rc- j- ^.^^ ^^ coutrc toutc rcUgiou nouvelle étaient autant de prétextes qu'on saisissait; et les crimes imaginaires dont on accusait les chrétiens étaient les motifs d'un soulèvement général. Les peuples ne cessaient de demander leur sang; les philosophes^et les prêtres du paganisme entretenaient cette 'haine aveugle , ej les gouverneurs suivaient cette impression , soit par superstition , soit par faiblesse. Marc-Aurèle lui-même était trop pr^' venu pour résister au torrent. Comme honim^
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d'état , il ne voulait pas d'un culte qui ne pouvait s'établir que sur la ruine de l'ancienne religion; et, comme stoïcien , il nç croyait pas aux mirades, et par conséquent il ne les examinait pas. Les chrétiens lui paraissaient des enthousiastes qui n'allaient à la mort que par obstination. Cependant, ennemi de la violence, ainsi qu'Antonin, il défendit, dès la première année de son règne , toute persécution contre eux , et ne permit de les punir que lorsqu'ils seraient convaincus de quelque entreprise contre l'état.
Saint Justin lui adressa une de ces apologies , eou^u d^rlnM
f ^ ' deUreligiov.
etsoufïrit le martyre sous son règne; l'Eglise eut encore poin* défei^eurs Méliton , Âtbénagore et Apollinaire. Ils montraient l'absurdité du paganisme , mettaient au jour les erreurs des philo* sophes. Ils prouvaient la vérité de la religion dirétienne, et ils détruisaient les calomnies* Ib avaient tous le même objet dans leurs écrits , parce que l'aveuglement des peuples étaittoujours lemén^e. Mais on ne les Usait pas, on défendait même de les lire , et l'aveuglement contiiiuait. Le don de prophétie que Dieu accordait en- Monta», un
*■ '■ , ^ ^ , prophète.
core quelquefois à l'Eglise, et dont on venait même de voir un exemple dans saint Quadrat , donna «lieu à quelques faux prophètes. Itfontan est le plus fameux de ceux qui parurent sous ce règne. U s'associa plusieurs autres imposteurs ou fenatiques^ entre autres , deux femmqs , Priscille
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et Maximille. Prophétesses comme lui ^ elles avaient d'ailleurs de grandes richesses, dont il se servit pour hâter les progrès de son hérésie.
Toute cette prétendue prophétie n'était qulun vrai délire, pendant lequel des discours sans suite et sans jugement échappaient par accès. Cependant Montan osait se donner pour le Saint-Esprit; il prétendait au moins que le Paraclet était avec lui dans toute sa plénitude ; que la promesse que Jésus-Christ avait faite de l'envoyer s'accomplissait en lui ; et que les apôtres n'avaient eu qu'une connaissance imparfaite de la vérité.
Jusqu'alors il n'y avait point d'exemple que la prophétie se fut annoncée par des accès de démence. Il semble donc qu'on aurait dû reconnaître l'imposture. Mais tout ce qui est extraordinaire est feiit pour séduire le peuple ; et les vrais prophètes portaient à croire aux i&ux, parce que tout le monde ne sait pas examiner et discenier. Cette hérésie se répandit donc; dès sa naissance, eUe infecta plusieurs provinces de l'Orient.
On n'avait point tenu de concile depuis celui de Jérusalem. A cette occasion , les évéques d'Asie ^'assemblèrent en plusieurs endroits. Les montanistes furent excommuniés, et parurent se séparer volontiers de l'Église. Voici leurs erreurs. Errenri de. Ils condamnaicut les secondes noces, ils rejetaient la pénitence; et, quoiqu'ils accordassent à l'Église le pouvoir de remettre les péchés, ils sou-
moDtamstes.
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tenaient qu'elle n'en pouvait pas donner Fabsolution , lorsqu'ils avaient été commis après le baptême. Souvent même ils disaient que ce pouvoir n'appartenait qu'à leurs prophètes ; ils prétendiiient qu'il n'était pas permis de fuir dans la persécution, ni même de prendre des mesures pour n'être pas surpris dans les exercices que la religion prescrit; et ils célébraient leur culte si publiquement , qu'ils paraissaient chercher à braver les infidèles. D'ailleurs ils suivaient une discipline rigoureuse : ils multipliaient les jeûnes et ils pratiquaient plusieurs aUstérités qu'ils s'imposaient comme autant d'obligations.
Ils pensaient encore que les saints ^ les patriarches et les prophètes régneraient un jour sur la terrelvec Jésus-Christ, pendant mille ans; qu'ils commanderaient à toutes les nations ; que , dans le cours de ce règne, ils jouiraient de tous les plaisirs ; et que le Sauveur leur rendrait au centuple tout ce qu'ils auraient quitté pour lui. Cette erreiu*, plus ancienne qu'eux, était commune à plusieurs hérétiques, à plusieurs écrivains de l'Église , et même à plusieurs martyrs ; tous ceux qui Font embrassée ne l'expliquent pas de la même manière. On les nomme millénaires.
Cette erreur venait d'un passage de l'Apocalypse mal entendu, ou de quelque tradition sans fondement. Saint Papias contribua surtout à la répandre; comme il était* disciple de saint Jean,
everatitcs contineiu.
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son suffrage ne pouvait manquer d'avoir un grand poids. Cependant, si nous en croyons £usèbe, c'était un esprit borné, qui ramassait sans dbcHx tout ce qu'il croyait venir des apôtres , et qui débitais bien des fables.
SlSïr tï Sous Marc-Aurèle , il se forma encore une autre hérésie, dont Talien fut l'auteur. Né païen, c'est en étudiant les livres des idolâtres qu'il avait appris à mépriser l'idolâtrie. Il cherchait quelque chose de mieux, lorsqu'il trouva, ce sont ses termes , quelques livres des Barbares dont la lecture le persuada. Antérieurs , dit-il , à tout ce qui a été écrit , ils sont de la plus haute antiquité.
Le style en est simple; les auteurs en paraissent sincères, on les comprend facilement : plusieurs de leurs prédictions sont accomplils, et leurs préceptes sont admirables ; c'est ainsi qu'il rapporte lui-même sa conversion.
Il eut pour maître saint Justin; et, tant que ce martyr l'éclaira , il fut ferme dans la foi : il acquit même de la considération. Mais, trop fier de ses succès , il se livra après la mort de ce saint aux imaginations les plus extravagantes , et se, crut fait pour enseigner une nouvelle doctrine. Il ne fit cependant que remanier les erreurs des mardonites. Il supposa des éons, il admit deux principes, et condamna le mariage; il défendit Tusage du vin , et il ne permit pas de se nourrir de la chair des animaux. Cette continence outrée fit
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donner à ses sectateurs le nom d'eucratites ou de continens. Cette hérésie poussa plusieurs branches.
Pendant le règne de Commode , qui fat de douze Ponrmioi u»
, ptnëcationsees-
a treize ans, c'est-à-dire depuis 180 jusqu'à la ^^;;*"* ^**'"" fin de 192, l'Église jouit d'une paix profonde. Il paraît d'abord étonnant que la persécution ait surtout éclaté sous les meilleurs princes : -mais, quand on y regarde de plus près , on cesse d'être siurpris. En efïet Marc-Aurèle, tout entier au gouvernement, devait punir les chrétiens, puisqu'il les regardait comme perturbateurs du repos public; et Commode, au contraire, devait les laisser tranquilles , parce qu'il négligeait tout soin, et qu'il trouvait ailleurs de quoi assouvir sa cruauté.
Sous son règne parut l'ouvrage que saint Iré- onyr«g«s ae
, s. Irini^ con-
née, évêque de Lyon, fit contre les hérétiques, ^-j^/*» »»^««»- II y expose leurs erreurs; il les détruit par les fondemens ; il leur oppose la foi et la tradition de toutes les églises ; il les combat par les miracles que les catholiques faisaient encore.
Après la mort de Commode, FÉglise jouît encore Q^siion sur de la paix; parce que les guerres civiles, qui du- ^^i^^J^*'^**'^* rèrent cinq à six ans, firent en quelque sorte oublier les chrétiens , et que ^'ailleurs Sévère commença par leur être favorabje. On voit aussi qu'en igS et 196 on tint plusieurs conciles en Orient et en Occident : ce qui n'aurait pu dfïaire
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si l'Église eût été persécutée. Mais , pendant cette paîx, il s'en fallut peu qu'il ne se formât un schisme. Il s'agissait de la célébration de la Pâque : les églises d'Asie , conformémentà leur tradition , la fislaient au jour qu'il avait été commandé aux Juifs d'immoler l'agneau, c'est-à-dire le i4 de la lune de mars, en quelque jour de la semaine qu'il arrivât. Les autres, ayant reçu de saint Pierre et de saint Paul une tradition différente, voulaient qu'on iS renvoyât au dimanche , jv ur où le Sauveur est ressuscité.
Cette question avait déjà été agitée. Polycarpe, évêque de Smyrne, étant à Rome en 160, l'avait même traitée avec le pape Anicet : n'ayant pu renoncer à leur coutume ni l'un ni l'autre , ils se séparèrent, et convinrent cependant qu'on ne devait pas rompre la paix pour un sujet si léger.
Le pape Victor en jugea tout autrement; car, en 196, il excommunia lesévêques d'Asie, parce qu'ils ne voulurent pas se conformer à l'usage de l'église romaine. Cette conduite fiit généralement désapprouvée : les évêques même de son parti lui écrivirent pour le faire entrer dans des sentimens plus conformes à là paix ; ils y réussirent. u$hMê\t»H . Sous le pontificat de Victor, il parut de nou-^ dan» le d«ii»iè- vcaux héréliqucf. Les uns niaient la divinité de
ne siècle b ont *
^oiStÙvz- Jésus-Christ; les autres soutenaient qu'il n'est pas différent du père, et qu'il n'y a qu'une personne en Eibu, Quelques-uns enfin enseignaient ^e la •
matière est éternelle, et que Dieu n'a fait que l'arranger.
Maigre les persécutions et les hérésies, l'Église a fait dans ce siècle des progrès surprenans. Les fidèles étaient répandus partout, dans les villes, dans les campagnes, dans le sénat, dans les armées; en un mot , ils étaient en si grand nombre que, s'ils. se fussent retirés, l'empire, dit Tertullien , n'eût plus été qu'une vaste solitude.