CHAPITRE IX
De la discipline dans les trois premiers siècles.
Pourqnoi u La doctriue de l'Église a été la même dans tous
discipline a va- i i • i • • i •
rudaosiMiroi. j^g tèmos ct daus tous les lieux. La disciplmeau
premier* siècles. r F
contraire , dans les trois premier^ siècles , sans plan général et uniforme, a varié suivant les lieux, et quelquefois dans le même lieu d'un temps^à un autre.
Le premier soin des apôtres fut d'établir la doctrine. Il n'est pas à présumer qu'ils aient négligé les cérémonies; mais ils s'y appliquèrent moins, parce qu'elles sont en effet moins nécessaires. C'est sous leurs successeurs qu'on régla peu à peu celles qu'il fallait observer dans l'administration des sacremens, dans les assemblées, dans le gouvernement des églises, dans la forme des jugemens ecclésiastiques, en un mot, dans tout ce qui concerne la discipline. Ces choses devaient souffrir quelques variétés, soit parce
qu'elles ne sont pas toutes de nature à être les mêmes en tout temps et en tout lieu, soit parce que les évêques, toujours traversés, ne pouvaient pas agir avec assez de concert pour adopter les mêmes usages. Chacun faisait ce qu'il croyait convenir aux circonstances , ou ce qu'elles lui permettaient. Mais quand , sous la protection de Constantin, l'exercice de la religion fiit libre dans tout Tempire, alors les évêques, assemblés sans obstacles , firent des règlemens généraux , et la discipline fiit bientôt la même dans toute l'Église : voici qu'elle était à peu près celle des trois premiers siècles.
Les chrétiens s'appelaient frères. Dans les .as- usages gën^ semblées, ils se donnaient le baiser de paix; et ils faisaient souvent le signe de la croix. Ils s'assemblaient particulièrement le dimanche : ils faisaient leurs prières étant, tournés vers l'orient; ils les prononçaient . d'une voix modérée, sans chanter: ils ne priaient point à genoux le dimanche , ni depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte*. Ils faisaient des oblations pour les morts, et célébraient le sacrifice de la mçsse en leur mémoire. Ils priaient les saints et les martyrs, persuadés qu'ils intercédaient auprès de Dieu pour le^ vivans. ^ .
Les lieux où l'on s'assemblait étaient simples Lîen« où ion et sans ornemens, plus ou moins secrets, suivant les conjonctures.. On ne leur doi;iliait point le nom
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de temple. C'était des maisons où Toti conservait des reliques, ou des cimetières dans lesquels reposaient les corps des martyrs.
pead« cM. La table sur laquelle on célébrait Teucharistie était appelée quelquefois autel, et quelquefois table. Il ne paraît pas que l'usage des croix et de l'encens fut fort commun : les lumières n'élaieul employées que pour éclairer les fidèles, et ellei ne faisaient pas encore partie des cérémonies.
jo«n soitB- On célébrait avec solennité les fêtes de Noél,
ncl«.
de Pâques et de la Pentecôte. L'évêque, ou^ en son absence , le prêtre présidait à l'assemblée. On y lisait l'Écriture, et souvent l'évêque prêchait la parole de Dieu.
Comment le» Les ceutils qui voulaient sic convertir n'étaient
genUU étaient ^ *■
2?*?.^*^ '^ p*s aussitôt admis parmi les chrétiens : ils étaient d'abord faits catéchumènes par l'imposition des mains de Tévéque ou du prêtre, qui les marquait au front du signe de la croix. Un catéchiste les instruisait fl'ordinaire pendant deux ans ; temps qui se prolongeait ou s'abrégeait, suivant les progrès qu'on faisait dans la doctrine, et surtout dans lés moeurs.
On baptisait , en plongeant trois fois dans l'eau , au nom de la trinité ; et ce sacrement ne s'admi- . nistrait solennellement qu'aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte. On faisait aux baptisés une onction d'huile, qu'on croyait leur servir intérieu- . rement : en quelques églises, on leur donnait du
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lait et du miel à goûter. Enfin on leur kBpo9^ les mains pour faire descendre sur eux la pléni<* tude du Saint-Esprit; et on considérât cette imposition, réservée ordinairement à Tévéque, comme un sacrement di^érept du bs^ptéme.
On ne réitérait jamais le bjs^ptême, $i ce n'est ^wmt«5wpti. dans les églises où Ton croyait que celui des hérétiques était nul. Il fallait subir un^ pénitence publique pour obtenir la rémission d^s crimes commis après avoir été baptisé. ]Lf^ pénitent^ privé de M communion, chassé des miserobj^es, était obligé de jeûner , de s'humilier y d^ s<ç mortifier à la porte de l'église. Cette pénitence ne ^'accordait qu'une £013; et ceux qi^ r^tofi^ieiit n'étaient jamais réconciliés à l'ÉgUsa, ^t n'gtbQPdaient le pardon que de Pieu ^uK
£lle était communément de plusieurs années:
suivant que les églises étaient pl^s indulgente pu plus sévères, elles en abrégeaient la durée ou rétendaient, ïl y en avaift où ceu^;: qui étaient tombés dans l'idolâtrie, ou qui avaient commis \pi homicide, ne pouvaient jamais pbtçnir }e pardon de ces crimes : mais ell^ sa relâchèrent dans la $uite; et elles l'accordèrçnt à la ïfH)vX.Oih après uj(e longue pénitence. Cependai^t on était en général dans l'usage d'abréger les péniteiw^^s en faveur de ceux qui étaient recommandés par des confessem*s ou par des martyrs.
Ceux qui avaient subi une pénitence publique oq^iEiiue
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•xigeaiidaïuses n'étaiciit jamais admis dans le clergé. On ne soumettait pas les clercs à cette pénitence, ^si ce n'est dans quelques églises ; et ceux qui tombaient dans des crimes étaient seulement privés pour toujours de leur ministère. Mais on avait grand soin de ne choisir pour ministres que des hommes dont les . moeurs fussent irréprochables ; habillés comme le reste dès fidèles, ils ne devaient se distinguer que par la sainteté de leur vie. On ne voulait pas qu'ils se mêlassent des affaires temporelles : on leur défendait tout gain sordide : ils administraient les sacremens sans rien exiger ; le peuple les nourrissait volontairement. Si les prêtres étaient mariés avant leur ordination , il leur était permis de garder leurs femmes ; mais, dès qu'ime fois ils avaient été ordonnés, il ne leur était pas permis de se marier. On permettait cependant le mariage aux diacres.
sabordinaiioii L'évéquc était ordinairement élu par les sufï?îox. £cages du peuple, et ordonné par plusieurs évêques qui lui imposaient les mains. C'était le chef de son clergé : rien ne se faisait sans lui , ou du tiloins sans les pouvoirs qu'il accordait. Le bap- •t^me' même lui était réservé. Les diacres étaient Jies trésoriers : ils distribuaient les oblattons aux pauvres, et, en cas de nécessité; ils pouvaient, dans quelques églises imposer les mains aux pénitens.
On croyait qu'il n'y avait proprement qu'un
épisbopat, dont chaque évéque gouvernait une partie. C'était une conséquence que toutes les églises fussent dans l'obligation de se secom*ir mutuellement. Aussi tous les évéques vivaient-ils *
dans une grande union. Il s'établit cependant une subordination entre eux : car ceux des grandes villes eurent des prérogatives dans les ordinations et dan^ les conciles, et celui de Rome fut considéré comme- le premier de tous. On ne le jugeait pourtant pas infaillible : la tlispute sur le baptême des hérétiques ^n est la. preuve. Le sentiment de l'église universelle était l'unique règle de la foi; et on croyait qu'il n'y avait point de salut pour ceux qui ne s'y soumettaient pas.
On veillait sur les mœurs, et on excommuniait U8»ge des
excopiinunica-
non-seulement les hérétiques, mais encore ceux *'°"*" qui troublaient la discipline, ou qui menaient une vie déréglée. Dès qu'un homme avait été excommunié par son évéque, il était rare qu'il trouvât une église qui le reçût à sa communion.
Le sacrifice des chrétiens était la célébration ta cfle^^.tipIl
deTeucharistie.
de l'eucharistie. Il se faisait d'une manière simple et avec peu de cérémonies. La matière en était un pain ordinaire et du vin mêlé d'eau. Les fidèles' l'apportaient; le prêtre ou l'évêque qui présidait à l'assemblée la consacrait ; les. diacres la distribuaient , et on communiait sous les deux espèces. Il semble qu'il y ait eu des églises où
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chacun s'approchait de la table, et prenait sa portion de l'eucharistie. On la donnait aux enfans sous l'espèce du vin. On la recevait souvent,
* et ordinairement toutes les fois qu'on se trouvait
aux assemblées, quelquefois le matin ^ et quelquefois au milieu du repas. Mais , parce qu'en approchant de ce sacrement on protestait rece«> Voir le corps et le sang de Jésus-Christ, on croyait n'y pouvoir participer qu'autant qu'on vivait saintement , et on le recevait avec le plm grand respect. Afin même de ne pas l'exposer à être profané, on prenait la précaution de se ca» cher des catéchumènes et des infidèles. Cétait assez l'usage de ne pas s'ouvrir à eux sur les mystères. ^
u$ [«ânes 4«s Les chréticus jeûnaient ordinairement les mer^ credis et vendredis , jusqu'à la neuvième heure seulement : plusieurs passaient même ces joiBrs ^n prières; ce qu'ils appelaient station. Ils jeûnaient encore et se mortifiaient, surtout dans les temps de calamités , et quand ils étaient en pénitence. Le jeune le plus solennel était avant Pâques , plus ou moins long , suivant les différentes coutumes des églises. lyailleurs les chrétiens pensaient qu'il était défendu de jeimer le dimanche ; et , depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, ils ne mangeaient ni viandies étouffées, ni «ang, ni aucune des choses qui avaient été of
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fertesaux idoles. Ils condamnaient la coutume où Ton était de brûler les morts, et ils les ense*velissaient.
Le mariage se célébrait cri présence des prêtres. Le, ppinion. On jugeait le célibat plus saint. Cest pourquoi I^JS' «**??«quelques-uns ont condamné les secondes noces. ***** Il y a même eu des hérétiques qui regardaient le mariage comme un état criminel. Quelques* églises permettaient de répudier sa femme , et d'en épouser une autre, pour cause d'^idultère seulement.
Il y avait quantité d'hommes et de femmes qui vivaient dans le célibat et dans l'austérité. Les opinions qu'on avait sur le mariage invitaient k ce genre de vie. Souvent les persécutions mettaient dans la nécessité de l'embrasser, parce que les chrétiens, forcés de fiiir, n'avaient pas de retraite plus sûre que les déserts. Les esprits n'étaient nulle part plu9 portés à une solitude austère : nous en avons déjà vu des exemples. C'est aussi là qu'on trouve les premiers hermites, et les commencemens de l'ordre monastique.
Sous la persécution de Décius, une des plus commeiiee. cruelles , les chrétiens d'Egypte s'enfuirent dans «on^tique. les déserts. La faim, la Soif, les maladies, lés bétes, les voleurs en firent périr un grand nombre; et plusieurs, pris par les Sarrazins, tombèrent en esclavage. Un jeune tomme de vingt -trois ans, nommé Paul , échappa entre autres à tous
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ces dangers , et se retira dans une caverne où il vécut quatre-vingt-dix ans. C'est le premier hermite dont l'histoire fasse mention. Cependant il y en avait déjà dès le temps de saint Marc, soit que des thérapeutes se fussent convertis, soit que les chrétiens eussent cherché la solitude polir vivre plus saintement.
Si quelques-uns , comme Paul , prirent d'abord ce genre de vie par nécessité ^ d'autres l'embrassèrent par choix; et , dans les temps de paix, ils s'établissaient volontiers aux environs des bourgs. Le plus célèbre de ces solitaires égyptiens est saint Antoine, qui, à l'âge de vingt ans, se retira en 270 auprès de Coma , village où il était né. Il demeura quinze ans dans cette retraite, visitant tous les hermites dont -il entendait parler, et s'exerçant à toutes les vertus. Enfin son zèle ardent lui fit chercher une plus grande solitude; il se retira dans un désçrt ; et , la réputation de sa sainteté lui ayant attiré des disciples, il fut le fondateur de plusieurs monastères chrétiens. Je dis chrétiens , parce qu'il y.avait long-temps que les thérapeutes avaient les leurs : ils donnaient même ce noiù à leurs cellules. Quoi qu'il en soit, saint Antoine est regardé comme l'instituteur de la vie monastique. Les monastères se multiplièrent beaucoup en Egypte, surtout depuis la persécution de Dioclétien. C'est de ces moines? d'abord épars et solitaires, que se formeront dans
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la suite des communautés, qui suivront une même règle, sous la conduite d'un supérieur, noipm.é abbé ou archimandrite.
Les moines gardaient le célibat, vivaient dans l'obéissance et dans la pauvreté, faisaient des jeunes excessifs, pratiquaient les plus grandes austérités; en un mot ils renonçaient entièrement au monde pour être uniquement à Jésus- Christ. Tels sont, à peu près les usages qui se sont établis dans les trois premiers siècles de l'Église.