‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 32 sur 54 · HIST01%E · texte numérisé non relu

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sans des secours extraordinaires? pouvait-il seu^ lement se former? Cpnsidérons surtout qu'iU sortaient d'un peuple généralemeat méprisé, qu'ils étaient méprii^ eux-mêmes : or ce mépris n'était certainement pas le moindre obstade.

G>mment donc ces ignorans réussissaient <- i^ , tandis que tant d'imposteurs, qui paraissent dans le même siècle, échouent, et des imposteun parmi lesquels on trouve des pbiloaoph^ ios^ truits et considérés, tels qu' Apolk>nius de Tyaues ? Ont-ils voulu eux-mêmes en imposer? Pourquoi donc combattent-ils tous les vices ? pourquoi enseignent-ils une morale si pure et si sainte ? Le caractère de l'imposture est -il de sacrifier tout intérêt humain, et de sQufiGrir les tourmens et la mort pour le mensonge ? Reconnaissons donc que les apôtres étaient convaincus, et voyons, sur quel fondement.

L'accompib- H ^^^^ P^s doutcux quc les Juifs n'attendissent de"ne.proph> Iç Me^ie Abus le temps même de l'avènement de

lie» , premier x . •

Si^fction.''"' Jésus-Christ Quantités de prophéties l'avaient annoncée et ce n'est ppînt après coup qu'on ies interpréta.. L'espérance des Juâ& à cet égard était si connue, que le bruit s'en était répandu jusque dbez les païens : Pbaibuspersuasio ineroL, dit Tacite , aniiqms sucerdotum litteris contmeri^ eo ipso temporefore ut valesceret oriens^ pmfecr tique Judœa rerum polirentur. Et Suétone : P&^ crebuerat'OfieiUe toto vêtus et constans x>pimo esse

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infoÈiSy ut eo tempore Judœa prqfkciirerum poimntuT. Voilà le -Messie, d'après l'idée que La plupart des Juifs s'en formaient.

Or les apôtres avaient les prophéties sous l,es yeux; ils étaient témoins des actions de Jésus*- Chrtst ; et ils l'ont reconnu pour le Messie prédit. L'aocxMnplissement des prophéties a donc été le pl'emier fondement de leur foi.

Lorsque deux* disciples de saint Jean*Baptiste i^« "'1*^ " vinrent demander à Jésus ^Christ s'il était le •«'^««^ »»»»''• ' Messie, il répondit par des miracles. Les aveugle^ voient j -dit-il , les boiteux marchent^ les lépreux sont guéris^ les sourds entendent^ les morts res* suscitmt.lj€& miracles ^e les apôtres voyaient ^ et dont les plus simples et les plus ignorans élaieilt à portée de se convaincre , ont été le seoood fondement de leur foi.

Jésus-Christ fil plusieurs prédictions , xlont les L'«ccompiuM.

* ■'• ment des pro-

unes s'accomplirent pendant sa vie , et d'autres Ji.laru;,tî^ après sa mort. Il prédit la trahison de Judas, le "*™*'"*** reniement de saint Pierre ^ et le lâche àbaridoii 4e tous ses disciples. Ce sont les évangélistes mêmes qui ont publié ces circonstances, aveu hu* miUant, que l'amour de la vérité pouvait seul arra^er.

Il faHait de nouveaux ]^odiges pour ralkmier la foi des apôtres et des disciples. Le voile du temple se dé<^ira; la terre trembla; elle se eouvrk de ténèbres^ Jésus- Christ ressuscita 4e

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troisième jour; il apparut plusieurs fois pendant quarante jours; il monta au ciel à la vue des apôtres, et il leur envoya le Saint-Esprit. Convaincus une seconde fois, ils se reprochèrent leur lâcheté; ils se rappelèrent qu'elle avait été prédite; ik devinrent in^ranlables.

Or comment ces hommes si lâches sont-ils devenus si courageux? C'est qu'ils ont été convaincus , et ils l'ont été, parce qu'ils ont vu. Toutes les circonstances des apparitions de Notre-Seigneur prouvent qu'ils n'ont pas cru légèrement.

Si je ne parlais que des moti& que nous avons de croire, l'incrédule pourrait dire que les évangélistes ont inventé ces fûts. Mais les apôtres n'auraient pas pu croire sur des faits que les évangélistes auraient inventés depuis. S'ils ont crû, ils ont donc vu, et les faits n'ont pas été inventés. Or il n'est pas douteux qu'ils n'aient cru.

Jésus-Christ fit des prédictions qui s'accomplirent après sa mort. Il a prédit que ses disdples seraient conduits en présence des gouverneurs et des rois, à cause de lui, pour lui servir de témoignage devant eux et devant les nations. Il est vrai ^ju'il n'était pas impossible de prévoir qu'il s'élèverait des ennemis contre une religion, qui voulait s'étabHr sur les ruines de tous les cultes. Cependant avant qu'elle attirât l'atteïition des gouverneurs et des roîs , il &llait qu'elle fît des progrès considérables : car les squveraifis ne

s'en sei^aieat pas occupés, si elle fu^ restée dans Tobscurité où elle était encore lorsque Jésus-CbrisJ: feisait cette prédiction. Or il n'était pas facile dç prévoir ces progrès^ : quiconque ne ferft attention qu'aux obstacles cojiviendra qu'il eût été bien plus naturel de juger que la religion chrétienne serait étouffée dès sa naissance. Cependant Jésus^ Christ ne craiat point d'en prédire la propagation, assumant que son évangile serait prêché par toute la terçe , et que ses disciples insti^uiraient toutes les nations. Il montre bien quelle est sa confiance lorsqu'il dit : Quiconque me confessera 'devant ks hommes f je le confesserai devant mon père qui est dans les deux; et quiconque me reniera devant l^ss hon^mesy je le renierai aussi devant, mon père qui est dans les cieux.

C'est surtout par les apôtres que cette prédiç^ tien .devait s'accomplir; plus ils étaient ignorans , plus iU avai^ent de peine à le çonjprendre; et, si elle s'accomplissait, c'était pour eux ua pouveaiï motif à^^ conviction.

Mais \^ prophétise sur la ruine de la ville et du temple dje Jérusalem , et sur la dispersion des Juifs, est bien plijs étonjoAPte encore. Dans le t^mps où J^us-Cbi^ist disa^it qu'il ne resterait pas pierre sur pierre, cet événe#a?nt ne paraissait pa^ vraisemblabj/^. U ne le paraissait pas naeine lorsque Titus fonnait le siège de Jérusalem : car rien n'était moin^ dans le caractère de ce prioïc^. En effet ijl

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prit des mesures pour sauver au moins le temple : ses efforts furent inutiles. Quel motif de conviction pour les apôtres et pour les disciples qui vivaient encore! poiu* saint Jean, par exemple, et pour saint Siméon, qui véciu'ent jusqu'au second siècle. Celui-ci, qui gouvernait alors Téglise de Jérusalem, se retira lorsqu'il vit les aigles romaines ; et il suivit en cela le conseil que Jésus- Christ avait donné.

Comment les J'ai prouvé d'uu côté que les apôtres étaient

apàlrescoovaia- . il»» »*i i» / •

ciisootdonn^de couvamcus , et, de 1 autre, quils 1 étaient avec

nouveaux motifs *

de conviction, fondement. Il faut donc croire, sur leur autorité, que la religion qu'ils ont prêchée est toute divine; et, quand il n'y aurait pas d'autres preuves pour nous, il ne resterait pas de doute. Voyons cependant quels ont été les motifs de ceux qui ont cru sans avoir été témoins des miracles de Jésus- Christ.

Quand les apôtres et les disciples n'auraient fait qu'attester ce qu'ils avaient vu , l'assurer au milieu des tourmens , le confirmer en mourant, et se trouver heureux de mourir pour l'évangile, cette raison eût été suffisante pour déterminer tout esprit sage ; car une pareille conduite ne pourrait pas s'allier avec le mensonge. Mais, par ce moyen, la foi se serait répandue trop lentement. Les apôtres prouvèrent donc les miracles de Jésus-Christ, en faisant des miracles eux-mêmes , en rendant la vue à des aveugles , en guérissant dès paraly-

tiques, des boiteux, en chassant les démon», en ressuscitant des morts, en faisant des prédictions. Ils firent plus , ils communiquèrent ce pouvoir à plusieurs de leurs disciples. De tous les miracles , celui qui dut surtout accélérer la conversion des gentils, c'est le don des langues; cîar par ce moyen, l'évangile se portait facilement chez foutes les nations. Tel a donc été le premier siècle de l'Églbe; des miracles partout, et partout aussi des témoins qui le's attestaient.

Cependant le plus grand nombre de ceux qui se convertissaient n'était encore, comme je l'ai dit, que des hommes du peuple; et j'ai dit l^plus grand nombre ^ parce que dès lors il y en eut plusieurs qui ne doivent pas être mis dans cette classe. Tels sont Joseph d'Arimattie, du grand sanhédrin des Juifs ; Nicodème, un des principaux parmi les pharisiens ; Denis de l'Aréopage ; et Flavius Clément , sénateur, consul et parent de l'empereur. Mais c'est surtout dans le second siècle qu'il faut rechercher les motifs de conversion des savans et* des gens du monde, parce que c'est alors qu'ils sont venus en foule dans l'Église.

Ce siècle a été un des plus éclairés. On s'oc- Motifs a* concupait des arts et dés sciences , on cherchait la hommes écui-

1 7 . res qui se sont

vérité avec ardeur ; et on ne peut pas présumer fe^secondsiède*. que les gens du monde et les savans qui se convertirent aient e^nbrassé sans examen une doctrine qui les exposait à la haine, au mépris, aux

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tourjnens, à la mort. Si vous de^^au^z pourquoi tous ne sa convertiççnt pas , je vous réppj^drai qu'on était, en g^a^ral,, o,u^ trftp fjrévftnu, pu trop occupé d'aqtrçs ^oin§ , pouip appprtçr k c^ examen toute l'a^ttentiou nécesss^içe*

Les plus sagç^ fureiit ^i'ab.o.rd Irappé^ de la patience couragçusç dç§ martyrs. Ih en ypyî^içn^ des eîf emples dans touteis les. provi^nçes : ces ^^Wl* pies se renouvelaient sai^s çes$.ç; et ils p'icnL^naient'pas, comme Pline, que ce pûç e^re Vç^e% d'une obstination ayeuglç. I]^ |ugeai,çi;i\t; contraire qu'une conyiçtioii écls^ir^e pp^y^it seule inspirer, dans tout l'empire, \ç ménç^çt cp^rage aux chréti^s qui s'y répandaient. Il sei^nble Q^çine que ce n*eût pas été assez ppur les majjtyrs d'être convaincus : oar, si on considère la^ Ipnguevtr çt la cruauté des tortures en^ploy^es pp^r les fiUre succomber, on conviendra quç leur 601 a:ys^% besoin d'être soutenue p^r dçs secours,, çiçtjfa<xrd;inaires, et que leur coustance peut et;r^ mise a,^i nombre des miracle.

Après avoir été frappé du courstge /Jçs chrétiens, il çtait naturel d'en considérer les iqoç^çs» Or on trouvait un reapncemeiat au^ plaisirs, ^ux richesses, à la pompe , en un njipt, à tout ce qui excite la çupidj^té. On trouvait; d^s ac^es paires qui se déJfçnda,ient jusqu'à la^ pçnsée d'un c^içie^ On trouvait miç chajcité saus bprnesj etf çn reconnaissait q\i'un p^ïçn baptisé deyçn^it un opu-

vel hérfemè, ép^\ éfcâit coteine rég^éhëré, cbtûrùe hé urié è^tcàhtièè Fois tfarii trri état plus sâiht.

Quelle éïàît donc la (iocft-rne qui itiispîlrait tarit de couràjge et tant de véttlis? Ici l'exathèn devenait un i^ouveaù Wbmplie pour la religion chrétienne. Supérieure, pair èa théologie et ^a liiOTâîe, à tout ce que lè^ plus grands philosophes avaient enseîjgné', elle élevait l'ignorant à 4a cbriiiai^sance de Son créàltetir, et elle le remplissait dè§ maximes les plus ipûtfes.

Ces coiisidétationS suSâsaiërit Sâris dôutè pour entraîner les j^Bjb qui exaininâiferit sàtis'pi'évétttwh. CepéhdalVK Jioiivaierit encore deitiànàet aùk chrétiens : Mais pôuiqùôi courir à là mort ? pourquoi vdtib obstiriier à* combattï^ê lés cultes étàbhs? votts ésl-il donc nécessaire de lés détrhitè poUr fexferdér tôutes Vos vertus? A ces quèsïoinS , les chrétiens répondaient par les miracles de JéSÙS- Chrièt , psir fceux déS â|)ôttéfe, par cèùx dés hommes apostoliques, et par léis prophéties.

Ces tëponSès étaient \ë^ hiêthes partout où. il y avait des fchrétiiens. î?ârtout bn attestait Ws mêmes miracles ou de semblables : partbUt on ^roîéssàli: la thème doctt*infe et àVéc le mêtrié cbiiragé. Ajoutons à cfet accord, qui rie peut se trouver avec rimposture, que les évangiles avaient été écrits avant la ruinè de Jérusalem , et que les livres de TAticien t'eStanient ne pouvaient être suspects, puisqu'ils étaient conservés par les Juifs, ennemis

de la religion chrétieime. Voilà pai: quels nioti& des savans se convertirent %n grand nombre dans le second siècle. En effet c'était assez qu'il existât encore plusieurs témoins des miracles faits dans le premier, et que d'ailleurs les prophéties fussent absolument accomplies.

Les œuvres de Jésus-Christ, disait Quadrat dans l'apologie qu'il osa présenter à l'empereur Adrien, ont toujours été vues et connues , parce qu'elles étaient réelles. Elles n'ont certainement point été douteuses aux malades guéris et aux morts ressuscites. Or ceux-ci ont été vus n||B||ulement dans le temps de leur résurrection|^He le,ur guérison , mais long-temps après : non-seulement dans le temps que Notre-Seigneur demeurait sur la terre; ils ont encore survécu de be,aucoup à son ascension , et quelques-uns vivaient même de nos jours.

Si Quadrat parlait ainsi dans ce morceau, le seul qui nous reste de son apologie, vous pouvez juger combien il trouvait de témoins existans des miracles des apôtres, et de ceux des hommes apostoliques. Il est un des premiers exemples des savans convertis. La religion , répandue partout, était déjà suffisamment prouvée, et les miracles devenaient tous les jours moins nécessaires. Aussi jïai aissent-ils avoir été plus rares dans le second sii^ule que dans le premier, et plus rares encore dans le troisième. Cependant ils ne cessèrent pas

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entièrement. Après avoir donc été converti sur le témoignage des autres, on se confirmait dans la foi par les miracles dont on était témoin soi-même ; car ils ont été encore fréqueus tant qu'il y a eu des hommes apostoliques , c'est-à-dire pendant le cours du second siècle.

Si nous passons au troisième, les preuves de la Motif» de con-

*■ * version dans le

religion acquerront une nouvelle force par les »'o»i^«*««^« nouveaux miracles , quelque rares qu'on les suppose. D'ailleurs nous verrons la tradition conserver dans toutes les. églises ceux qui se sont faits auparavant Tnous verrons la cendre des martyrs les attester partout; et les ennemis mêmes du christianisme en reconnaître la vérité. Ni Celse ni Porphyre ne les ont révoqués en doute.

Je pie suis borné à mettre sous vos yeux les motifs qui ont convaincu les païens dans les trois premiers siècles, parce quCj si la religion était démontrée alors, elle l'est encore aujourd'hui, et elle le sera dans tous les temps. Cette matière mériterait sans doute de plus grands éçlaircissemens, et j'y suppléerai dans nos conversations. Mais je ne devais pas transcrire tout ce que d'autres on dit avant moi ; et j'aurai assez fait pour le présent,-si l'ordre que j'ai siiivi peut vous guider: dans les lectures que vous deve^ faire.

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