‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 35 sur 54 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l'état de Tempire yers les temps de Constantin.

EpaîMmeBtde H Serait difficile de se Êdre une idée de l'épai-

rcnpin Ion de 1 u • -r^ • 1 1

G»M^**'*"f** ^^^'^^ "^ l empire. Depuis long-temps les pro- Tinces se ruinaient par les incursions des Barbares ou par des guerres civiles : les succès les plus brilians étaient des victoires funestes : les pertes se renouvelaient sans cesse, et ne se réparaient jamais.

La misère était générale, et cependant les impôts se multipliaient à mesure que les peuples s'appauvrissaient. L'empire ne pouvait se soutenir, et les efforts qu'on faisait pour l'étajer l'affaiblissaient de plus en plus. C'est ce temps d'épuisement que Constantin choisit pour bâtir Constantinople, c'est-à-dire une vUle qu'il voulut tout-à-coup égaler à Rome. Fallait - il donc, pour satisfaire son ambition ou sa vanité , se jeter dans des dépenses immenses, qui lui faisaient ime nécessité de foular encore \h^ peuples?

• N'avait -il pas assez de diarges, et lui resUit-il tant de ressources ?

Aceroimment U fit plt» : il porta Ic luxc ddns sa nouvelle capitale. Il regarda ]fi magnificence comme un attribut de sa grandeur. Son front était ceint d'un diadème; son habit était chargé de pei^; sa suite

du luxe.

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était nombreuse; il n'eût pas cru ses fils dignes de lui s'il ne leur eût pas donné un attirail qu'il jugeait dû à leur naissance , et qu'il disait propre à leur élever l'âme. £n un mot , il se fit grand par tout ce qui l'entourait; et il parut grand, parce que le vulgaire croit que les princes sont ce qu'ils affectent de paraître. Il est vrai qu'on pcmrrait faire en partie ces reproches à quelquesuns de ses prédécesseurs ; mais Constantin devait moins rechercher le. luxe que l'abolir j il Taugmenta cependant.

Les vains titres dont il introduisit l'usage ajoutèrent encore à ce désordre ; car les grands auraient paru moins que rien, s'ils avaient été sans extérieur comme sans emplois ; et ils n'étaient dans le vrai qu'une partie du luxe de la 'cour de Constantin.

D'autres maux naissaient de la différence des HainemataeiréUfiions et de la multitude des sectes. Elles se «ment tour à

o lour le sonre-

persécutaient mutuellement , et elles armaient Iî|êt»!°"*" *** les princes contre les sujets; comme si, pour établir le culte, il £sillait détruire les peuples. Les hypocrites remplirent la cour; de faux chrétiens flattèrent les vices du souverain : l'austérité des préceptes disparut ; la morale de l'évangile fut prostituée; et l'empereur se persuada que l'unique chose nécessaire à son salut était d^ protéger la secte qu'il avait embrassée, et de persécuter toutes les autres.

Qoeb étaient JusQu'à GoDStantin, Tltalie avait été comme la

anciennement

utàToUtànU' maîtresse de l'empire. Dans les guerres civiles mémes^ on paraissait moins prendre les armes pour la dominer que pour, lui soumettre toutes les autres provinces. C'est pourquoi on la laissait toujours au sénat, et c'était en apparence lui laisser tout. En effet il semblait que les empereurs ne commandaient dans les autres parties de l'empire que comme ministres ou généraux de ce corps. Dans les partages que firent les triumvirs Antoine, Auguste et Lépidus, aucun d'eux ne s'attribua l'Italie. Cette \)oli*^îque, qui subsista jusqu'à Dioclétien , était un aveu que la souveraineté résidait de droit dans la nation seule; et que les empereurs n'exerçaient la puissance qu'en vertu des titres qu'ils recevaient du sénat, comme aujourd'hui les ministres l'exercent sous les rois.

Il est vrai que le sénat, forcé de céder à^a forcq, était rarement maître du choix; mais enfin les généraux n'ont jamais <îru que les soldats eussent le droit de conférer l'empire; et, quoique à la tête des armées qui les avaient élus , ils demandaient encore au sénat les magistratures et les titres qui donnaient l'exercice de la puissance. Une observation confirme encore les droits dont ce corps jouissait, c'est qu'il ne communiquait pas toujours les pouvoirs danà la même étendue. Il permettait , par exemple , à chaque

AïrçnsîmÉ. ^yS

empereur de proposer des affaires dans chaque séance; mais il en fixait le nombre à une, à deux, à trois, à quatre , et jusc[u'à cinq, et les pouvoirs des empereurs à cet égard n'ont pas toujoiu*s été les mêmes.

L'empereur n'était proprement qu'un membre Aquoi«ebor-

.| ••11 Baient ceux de

du sénat; il ne paraissait dans les séances que »'•»?«'««'• comme le premier entre ses égaux. Le droit d'y présider n'était pas attaché à sa personne ; il ne présidait que lorsqu'il était consul annuel. Alors il proposait les af£adres , il recueillait les voix , et *

il exerçait toutes les fonctions du consulat; mais soû collègue les exerçait alternativement et avec la même autorité.

Lorsqu'il était consul désigné , il n'avait que le droit d'opiner, comme tout autre sénateur l'aurait eu; et le. rang où il devait opiner , lorsqu'il n'était pas en charge, ne paraît pas avoir été déterminé : on sait seulement que sa voix n'était comptée que pour une ^ et qu'elle n'a jamais été prépondérante. Il ne faut donc pas se représenter l'empereur, au milieu du sénat , comme un I souverain qui, dans son conseil, sans avoir égard au nombre des suÉfrages^, praid de lui seul le parti qu'il juge à propos. C'est le sénat qui décidait; et les décrets étaient en son nom , et jamais au nom du prince. Il est seiflement vrai que l'empereur, en viçrtu de sa puissance tribunicienne, pouvait arrêter les ^délibérations. ,

^74 Hia^oHM^

Uf bouc •»- Telle est l'idée que les bons prmcea se ÊonÀml

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conn. de* bor- j^ içyp autOTité, ct teUc «st Celle oue ooos devons

nés A leur pais* * »

•"**' nous en faure nous-mêmes^ il seç^iît peu raiscm»

nablç de chercher les djeoits de ta fwiissanGe îsair périale dans les abus que les tyrans en -ont fait. Il ne faut donc pas regarder CQinioe des âédîliéux les sénateurs qui s'élève&t contre ces monstres. Puisque la souveraineté vient d'eux , ils ont droit de juger ceux à qui ils en ont confié l'exerdoe ; et , lorsque , tous en corps , ils oondamneiUï Méron, wi ce ne sont pas des rebelles, oe s^it des souve-

rains qui jugent leuir minisire, u e.iterie Aussi > à qu^lqu^ ei^çès que la âa^rie ait M

nîme, contenue , ^ ^

p»^,. *>7j;" portée sous les mauvais prmcea, on n a jasuais ^rcM ura^r psé leur dire qu'ils éliaieut la $<£urce de toute autorité, et que le sénat n'avait que Les pouvoirs qu'ils voulaient bien lui communiquer. Cette proposition, contraire aux opinions refues, eut été trop contredite par la force même de l'adimnistration. Seulement il y a eu un temps où Ton a dit aux successeurs de Constantin, et peut-être à Constantin lui-même, que toute la puissance àa peuple avait été transférée aux. empereurs, et réunie en leur peirsonne seule. Si cette proposition était a^lors vraie, elle confirmait les droits àd peuple, et aH>Qtrait les usurpations. £s4tes sur hû. J'ai cru. Monseigneur, devoir choisir le r^ne de Constantin pQur vous donner une .idée plus précise des droits du sénat et de ceux de Feaipe-

reiir. Ces réSeKious se seraient moins fixées dans votre esprit , si je vous les avais fait faire plus tôt; et j'ai jugé que le temps où l'ûBcien gouvernement finit et où le nouveau c(Hmiience ^ est la circonstance la plus favorable pour vous laire comprendre l'un et l'autre. Voyons ccHnment le sénat a peu à peu perdu , je ne dis pas ses droits, mais sa puissance.

Gallien lui porta le premier coup par la loi qui ,^„S*""j"VeV défendait aux sénateurs kf service militaire y. et ^'**^** qui les bornait aux fonctions civiles. C'était le§ désarmer tout-à-fait, et achever de ruiner le peu de considération qu'ils comervaient encore dans l'esprit des soldats.

Le sénat étant avili , il ne fut pas difficile aui: ena^pereiurs de se saiw de toutes lespvovinees , en y Comprenant miéme l'Italie. Dioclétten , Maxir : mien , Gal^ et Constance n'eurent donc aucun égaopd au partage qui itvant été £ait, et qu'on avait ' jcjl^pecté jusqu'alors. Auparavant les tyrans avaient al^osé de leur pouvoir en msensés ; mais les abus pouviôent au mcnns être corrigés par leurs successeï^;^. hQ plan réfléchi de IMoclétien ne laissait pad la< même espérance^ et é!était le cùïoiaeti'^ ceinefit du despotisme. Sa conduite est donc mï^ lisurpâtlion manÂfest^. Une chose seule pourrait l'excuser î c'est qu'il nr'usurpa que pour défendre rempite, et qu'il l'a gouverné aveo gloire pendant TÎngli^s.

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Mais rien n'excuse Constantin , qui a mis le sceau à l'usurpation, en transportant le siège à Constantinople. L'Italie dépeuplée se ruina de plus en plus, parce que toutes les richesses passèrent en Orient, et que cependant les empereurs continuèrent d'exiger de cette province les mêmes impots, ne comptant que ce c[u'elle avait toujours payé, et ne considérant pas la misère où ils f'avaient réduite. C'est alors que Rome perdit tout son éclat; et les droits du sénat ne parurent plus que de vieilles prétentions que les courtisans traitaient de chimères. On cessa de le consulter; et, s'il continua de conférer les magistratures aux empereurs, ceux-ci dédaignèrent de prendre des titres qui faisaient voir d'où leur puissance émanait. Afin même d'effacer jusqu'aux phis légères traces du gouvernement républicain , Constantin enleva du Labanmi les quatre lettrés initiales ( qui désignaient le sénat et le peuple roumain. Il prit, à la vérité, pour prétexte d'y m^trele u^ nogramme de Jésus-Christ ; mais son respect pov la religion n'excluait^certainement pas celui qu'il devait à un corps de qui il triait toute sa puis* sance» Au contraire , la religion était lui motif de plus pour ne pas usurper , pour craindre même Une autorité sans bornes, et pour reconnaître les droits du sénat.

Combien le. Lc siéffc dc l'empercur pouvait changer de lieu ; deGouuntino. Je sicgc de 1 cmpirc ne le pouvait pas. Celui-ci

ANciEiriri. 277

restait de droit là où était la souveraineté , c'est- pie^iaientdiffe'. à-dire dans le sénat; et celui-là devait être par- ""'* toiit où la présence de l'empereur, comme général, était nécessaire ; par conséquent il y a toujours eu une différence essentielle entre les deux capitales et les deux sénats.

LesénatdeConstantinople tenait tous ses pouvoirs des empereurs , et les empereurs tenaient les leurs du sénat de Rome. Quand Constantin eut pu les rendre par&itement égaux , en les faisant participer aux mêmes droits, il ne l'eût pas fait; caijbilse fôt donné deux maîtres.

Le sénat de Constantinople n'avait donc qu'un pouvoir emprunté. On n'y trouvait point cette majesté dont il restait au moins l'ombre dans le sénat de Rome , et qui aurait pu reprendra une partie de son éclat , si le prince n'eût pas préféré le despotisme au pouvoir légitime.

Cependant la présence de l'empereur et quantité de privilèges donnaient au sénat de Constantmople une espèce de grandeur qui l'égalait en apparence au sénat de Rome ; la flatterie affecta de ne point voir de différence entre l'un et l'autre, soit'parcc qu'elle voulait élever l'ouvrage de Constantin, soit parce qu'en supposant les deux sénats égaux , elle ôtait les droits de souveraineté à celui de Roïne, sans les donner à celui de Constantinople. L'ignorance adopta le langage de* la flatterie. Tout fat confondu, et cette confasion

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se voit encore dans les historiens. Otk oublia donc tout-à*fait le» usurpations qui avaient été faites. L^ despotimie ôt des progrès ; il passa en habitude f il se conserva sous le^meilleixrs princes. Ce gouvernement , mauvais par lui-même , Tétait surtout pour un empire épuisé. Si Constantin a cru ne pas usurper , s'il n'a pas vu l'injustice de ce despotisme , s'il n'en a pas prévu les abus , il faut convenir qu'il a manqué de lumières.

^îmir?côii- ^' y *^*^^ ^^i^ ^^ plusieurs empereurs à la fois. i^tr remp?rt Mais l'cmpire , qui n'avait pas été divisé sous Marc- *^-'^-- AurèleetsousDioclétien ,lefut réellement,l*rsque Galère et Constance devinrent Augustes. Constantin aurait prévenu les maux dont il avait été témoin, s'il n'eût donné qu'un seul maître àPempire. H aima mieux le partager entre ses enfans^ et il en disposa comme de son patrimoine. Vous verrez naître de lài des guerres civiles et la ruine entière de sa famille. Voilà les fruitsdudespotisme.

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