‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 36 sur 54 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ÛigrQssioii sur 1^ grands empires, et stir les peuples qw eavirQQnaiçnt Tempire roBiaia après la mort de Cods** tantin.

Poorouoi il J'ai remarqué, Monseigneur, qu'il faut souvent

importe ae con- . . -, . .

•idérer là chute r^commencer' : le vais donc encore revenir sur

àt$ empires qui ^

ke» autres.

Il y â eu de gralîdes pévolution§ dont j'ai à peine parlé, et qu'il ne fiaut cependant pas ignorer tout-à-fait. Vous demanderez peut-être pourquoi j'ai ci peu suivi l'ordre des temps; et voufe serez .éfx>nné que je me sois mis dans la nécessité de suspendre en quelque sorte le cours de l'empire rotnain, pour vous ramener à des événement que j'aurais pu vous explique^ plus tôt. Mais, Monseigneur, comme on ne s'instruit que par des comparaisons^ je crois qu'il faut souvent rapprocher les choses les plus éloignées. Voilà pourquoi fai ^ugé que l'époque où l'empire rornain menace ruine est le moment fevorable pour Vous faire considérer lés grands empires qui ont été et qui ne sont plus^. Lorsque votis les verrez passer rapidement, vos yeux s'accoutun>ett)nt à voir leur chute; vôtî'é imagination n'en sera plus étonnée: vous concevrez qu'ils, tombent plus facilement qu'il» ne s'élèvent : vous appï^écierez enfin la grandeur des souverains, et vous reconnaîtrez qu'elle ûe se mesure pas par le nombre des provinces. Vous vous garantirez, en un mot, des fausses idées qui éblouissent le vulgaire, et qui, confondant la puissance avec Vétendue de la dominatioti, ne permettent pas d'imaginer ce qu'on a vu si souvent, je veux dire la chute des grands empires. Alors, revenant sur vous-même, Vous Vous trouverez heureux de n'avoir que de petits états. Vous sentirez que, moitis à etaindre à vos

9°^ UISTOUUB

voisins, vbus serez moins exposé à leure injustices, et que vous pourrez être tout entier au bonheur de vos sujets. La considération que vous acquerrez fera votre puissance; ce seranne barrière qu'aucun ennemi n'osera fitanchir. Car quel souverain, pour une aussi petite et aussi facile conquête que celle de Parme, voudrait s'attirer le reproche odieux d'avoir enlevé le meilleur des princes au peuple dont il ferait le bonheur?

L'ambition n'est pas aveugle à ce point. Les monarques les plus puissans, retenus aujouEd'hui par la considération de l'estime publique, n'osent pas toujours tout ce qu'ils peuvent. Mais, Monseigneur, si vous êtes sans vertus, on envahira vos états, et personne ne songera qu'on vous a fait une injusticp.

juTî^taj ^^ Romainsse croyaient les maîtres du monde : îîur™"î«. • cependant leur empire, trop grand en lui-même pour se soutenir, était bien petit par rapport aux vastes régions qui l'environnaient. Condamnés à ne découvrir que les lieux où ils portaient les armes, ils comptaient poiu- rien tout ce qui était au delà. Ils ne connaissaient pas les peuples tpi les devaient conquérir; ils s'imaginaient que leur empire ne finirait qu'avec le monde, jugeant de sa durée aussi faussement que de son étendue» Vous n'êtes pas dans les mêmes préjugés; mais, comme il importe de vous faire connaître les causes extérieures qui vont achever la ruine

vagues.

ANaENNE. 281

dés Romains, c'est le moment de vous donner quelque idée de ces nations qu'ils appelaient bar- ^ bares : je crois même que le tableau que j'en vais Êdre sera plus intéressant aujourd'hui pour vous que si je m'étais hâté de le mettre plus tôt sous vos yeux.

L'empire d'AssVrie, le plus ancien que nous i^^ anciens

* «A ' r Tl empires ne sont

connaissio{i$, a été encore un des plus étendus. Il dîr^tîaïuiSÎÎ

était borné à l'occident par la mer Méditerranée ;

à l'orient par l'Indus; au midi par l'Arabie, le

golfe Persique et la mer Erytréenne; au nord par

le Pont-»Euxin, la mer Caspienne et une chaîne

de montagnes qui s'étend depuis la mer Caspienne

jusqu'au fleuve Hermandus. C'est ce qu'on voit par

une inscription qui avait été faite pour conserver

le souvenir des conquêtes de Sémiramis.

Au delà, entre l'Indus et le Gange, est l'Inde proprement dite ; et plus à l'orient , est la.Chine. Il paraît que, plus de deux mille ans avant Jésus- Chi^ist, des colonies avaient déjà pé^nétré dans ces deux contrées de l'Asie. Si même nous en croyons Ctésias , Sémiramis échoua contre un roi de l'Inde, auquel il donne une armée plus grande que celle qu'il a donnée à cette reine. Mdis nous ne connaissons les anciens peuples que par des traditions vagues. Il en est de mêmç des Égyptiens, dont on. prétend que le royaume était déjà florissant dans les temps les plus reculés. Il en est de même de l'ei^pire des Titans, qui, sinous en croyons

!t8u HISTOiaE

des traditions grecques, régnaient sur une grande partie de l'Europe. Si les anciens écrivains avaient moins ignoré les autres parties de la terre , ils y auraient trouvé des traditions, et ils y auraient sans doute créé des empires. Leur silence nous permet au moins de conjecturer qu'elles étaient ou désertes ou barbares.

Il faut cependant remarquer que les»anciennes traditions ne se trouvent que dans une région qui s'étend de Toccident de l'Europe à l'orient de l'Asie, avec plus ou moins de largeur; car cette observation paraît prouver que ce climat est le plus favorable à la population et aux jwogrès de l'esprit humain , dont les coitimencemens ont été partout des fables. La vérité ne se montra que chez un seul peuple, et il fallut que Dieu la con» servât lui-même. *

Qaeiieidéeoo L'cmpirc d'Alcxandrc et Celui des Romains s'é*

P«ut te faire de

d'Âu^He*."^'" tant formés de plusieurs royatune^, nous jtigeom qu'il en a été de même de celui d'Assyrie; et nous imaginons une multitude de royaumes qui . existaient auparavant, ce qui supposerait bien des révolutions et bien des siècles. C'est que nous employons toujours les mots de royaume et d* empire^ quoique les choses que nous exprimons par ces mots doivent avoir été bien différentes, suivant les tfmps et les lieux. Il est certain que du temps d'Abraham l'agriculture n'était pa^ si généralement répandue en Asie,

qu'il n'y eût encore des troupes de pasteurs qui enraient de province en province. Or, sur de pareils peuples , il n*est pas possible d'avoir la même domination que sut des hommes qui labourent chacun leur champ, ou qui cultivent les arts dans les viUes. Toutes les fois au moins qu'ik pourront s'éloigner, ce qui doit arriver souvent, il leur sera facile de conserver leur liberté. Ils fuiront. jusc[u'à ce qu'ils soient arrêtés par des mers, des fleuves, des montagnes; et, forcés de fuir encore pour se conserver libres, ils franchiront même ces obstacles. En effet telles ont été les bornes de l'empire d'Assyrie.

Les rois d'Assyrie avaient donc pour ^jets des troupes fixées, qui cultivaient la terre, et de» troupes errantes de pasteurs. Qu'on se représente à peu près la puissance qu'ils avaient sur les premières par celle dont jouissent nos souverains; nous ne pouvons pas supposer qu'ils aient eu la même puissance sUr les autres. Pour assujettir également toutes ces troupes errantes , il faudrait qu'ils eussent été toujours parfout avec des force» supérieures. Cela ne se pouvait pas. Ils étaient donc exposés à perdre leur domination sur une province, tandis qu'ils retendaient sur une nouvelle. En conséquence, je me représente Nitius conmae un chef qui porte la terreiu* devant lui , et qui ne saurait assurer toutes ses conquêtes. On subit le joug partout où il^ passe : dès qu'il â

a84 HISTOUVE

passé, on le secoue ; ou , si on hésite encore, c'est qu'on appréhende qu'il ne revienne. Ainsi il est phitôt craint qu'il n'est obéi. Une raison cependant pouvait contribuer à sa puissance , c'est que sous sa protection les troupes faibles étaient à l'abri de totite insulte.

Je crois même que, lorsque nous parlons des anciens peuples, nous attachons des idées fausses aux mots guerres et conquêtes^ comme aux mots empire et royaume; car il me semble qu'il a fallu bien des siècles avant qu'on imaginât de subjuguer de grandes provinces et dje lever de grandes armées. En effet , les anciennes traditions ne font pas de Bacchus un conquérant semblable à cera qui ont paru depuis , lorsqu'elles le font marcher à la conquête des Indes , ayant pour soldats des femmes pêle-mêle avec des hommes, et pour armes des thyrses et des tambours. Voilà, je pense, les premiers conquérans. C'étaient des chefs, qui, marchant à la tête d'une peuplade avec plus de bruit et avec plus de spectacle, étonnaient plus qu'ils n'effrayaient! S'ils ont paru acquérir quelque autorité sur d'autres peuplades, c'est qu'au lieu de les fuir on venait à eux par curiosité, et qu'on les suivait ensuite pour apprendre d'eux les commodités de la vie. Je ne vois pas que, dans ces temps où une partie clés peuples erraient encore, les hommes aienf^u besoin de s'exterminer. Alors on devait penser que les troupes sont naturel-

leœent indépendantes ; ^t ce préjugé les invitait plutôt à se donner mutuellement des secours qu'à imaginer ce que nous appelons empire et domination. Je crois donc que la bienfaisance a été la première arme de ces hommes que l'on dit avoir été conquérans. Quoi qu'il en soit, un empire tel que celui de Ninus se détruit par lui-même ; et, s'il survient un prince pacifique, il se resserrera dans des bornes bien étroites : c'est ce qui dut arriver sous Ninias, quoique les historiens ne le remarquent pas.

Environ seize siècles avant Jésus-Christ , Se- d* eeiai de

^ . Sésottrii.

sostris, après s'être fait craindre dans la Libye, dans l'Ethiopie, dans l'Arabie, se fit craindre encore jusqu'au Gange, jusqu'au Tanaïs, jusqu'au Danube ; et les historiens ont l'exactitude de remarquer que le défaut de vivres l'arrêta dans la Thrace. Je suis étonné qu'ayant su s'en pourvoir dans celui-là, ou qu'en ayant manqué en Thrace, il n'en ait pas manqué ailleurs. On donna le nom de conquête à cette course rapide; et l'empire égyptien , qui finissait d'un côté Iqrsiqu'il commençait d'un autre, passa çomûie une ombre, sur la SQr£sice que Sésostris avait parcourue. Vous voyez qne ce conquérant confirme l'idée que je me suis Éaite des empires de ces siècles reculés. Il paraît, que le seul hxj^t qu'il retira de son expédition, ftitde transporter en Egypte beaucoup de richesses etbeaucottp de prisonniers. Voilà donc ce qu'on

!%86 HISTOIRB

appelait alors coaquérir^: il s'agissait moins d'a€> quérir de nouvelles provinces que d'augmenter tes richesses et la population des anciennes; et les malheurs de la guerre ne tombaient que sur les nations étrangères. Aujourd'hui nous nous faisons des idées bien différentes^ et bien caoins raisonnables. Car vous verrez qu'on appellera conquérans des princes qui ruineront leurs états pour acquérir quelques places qu'ils rendront même à la paix; en sorte qu'ils paraîtront avoir pris les armes pour dévaster leurs provinces.

La course conquérante de Sésostris aftaiblit sans doute la monarchie des Assyriens, et fot favorable aux peuples qui voulurent secouer le joug* C'est alors que se fbimèrent plusieurs royaumes, tels que ceux de Phrygie^ de Lydie et de Troie. U faut même que k Palestine se soit soikstraiti alors, ou quelque temps après, à la domination des Assyriens, puisqu'ils ne s'opposèresit poiot aux Hébreux, qui s'y établirent vers 1 44^ avant lésus-Christ. ^

commenc<^. La dominatioo des rots d'Asstyrie^a du Êûre

raent des Par-

(bes. souvent écb^^per les trempes errantes par les pas*

sages que les gorges des montagnes du nord of* fraient à la liberté. £Ues refluèrent donc de ce côté, mais avec le regret de quitter des campagnes plus fertiles, et ^'attendant fpm le momeât où elles pourraient y revenior. £lks cokamuni' quèrent vraisemblablement à d'autres le désir de

ANGIENIÏE. aS^

les suivre : elles reparurent lorsque Sésostris eut p£»sé, et c'est alors qu'elles s'établirent, sous le nom de Parthes, aux environs de le mer Chienne. Cette irruption des peuples du nord étant la plus ancienne dont l'histoire ait conservé le souveoir , il est à propos de faire , à cette occasion, quelques observations sur ces peuples, afin de

n'être pJMS obligé d'y revenir.

I^es anciens confondaient , sous le nom de Sey- ^^ ^^,i ^^ ^es, toutes les nations du nord de TAsie, peut- v^itl^'n^t^^

* biendifféreoles.

être p£»rce que c'était la le nom de quel(|u'une des plus voisines et des plus connues.

Il est certain que les peuples d'Asie qui se s^t policés les pireiDiers, habitaient au midi du Pom- Snzâfiiy de la mer Caapiemie et des montagnes qui . partagent ce eonlinenl d'occident en orient. Au nord de cette barrière^ tous les peuple étaient cb^sews? pécbeurs^ et surtout pasteurs. C'étaient do» bofdes (pii> einraot de contrée en contrée , se poufti&ai^Skt les unes Les autres , se divisaient , se m^Ai^t et se confondaient continuellement. At* tî^s \ei^ les campagnes les fAns fertiles /ces barba^es^ oeri: souv^)t fait des irruptions dans le midi d^ VAaée. Ils OiCil; soumis plusieurs fois la Chine ^ ^

subjugué les Ind^, la Perse ^ la Syrie, parcouru l'Europe 9 et achevé la ruine de l'empire romain.

Mais ces grandes révolutions ont été précédées Fiaz et ne».

11 1» mAi f f de cet nations,

de beaucoup d autres. Tantôt les nations poncées QQt été forcées d'abandonner des teires aux bar**

bares, et d'autres fois elles les ont repoussées, et elles ont établi des colonies dans les pays qu'elles leur av^nt enlevés. Vous concevez que, par les établissemens que ces peuples Élisaient tour à tour les uns chez les autres, la barbarie, qui se répandait au midi, arrêtait souvent le progrès des arts; et que les lois, qui se portaient au nord; poliraient insensiblement de nouvelles nations. coabitntoiitet II v a cu bicu des migrations, et par consé-

cct nations «e ^

confondaient, queut bicu des mélaiiges, avant que les hommes aient su se fixer. On voit encore des traces de ces migrations dans le midi de l'Asie ^ temps d'Abraham, puisqu'il y avait alors des troupes errantes de pasteurs : quant aux peuples du nord, ils ne connaissaient que la vieerrante, etles-troupes^ y étaient plu* barbares, parce qu'elles n'erraient pas parmi des nations poUcées.

De cette manière de vivre, il résulte une confusion qui ne permet pas de remonter à l'origine des anciens peuples : il serait'surtout impossible de déterminer quelles sont les familles qui se sont établies les premières au nord de l'Asie. Tous ces barbares ont été ignorés tant qu'ils ne sont pas sortis des lieux où ils se sont multipliés; et lorsqu'ik se sont.£sdt coniuutre par des irruptions, leurs différentes troupes s'étaient sans doute déjà mêlées de bien des manières, et avaient changé de nom bien des fois. Tantôt on aura désigné les troupes qu'on ne connaissait pas, par le nom de

ANCIENNE. iaSg

celle qu^on aura connue la première; tel est celui de Scythes, D'autres fois, par un nom plus relatif à leur origine ; tel est celui dé Nomades : car ce dernier signifie des peuples qui changent continuellement de lieux pour chercher de nouveaux pâturages,

Il parait que les Chinois ont été plus à portée Despenpiesdu de connaître quelques-unes de ces nations bar- J«^»«tt'8««^* bares. M. de Guignes, qui en a cherché l'origine dans leurs écrivains, croitqueles Huns , qui étaient aunord de la Chine, sont une des plus anciennes, et que c'est d'eux que sont sortis- les Turcs, les Tartares, les Mogols et d%tutres peuples dont nous aorons occasion de parler. On voit, dans l'histoire qu'il en donne, des guerres, des conquêtes, des rt^aumes, des empires et des révolutions fréquentes qui n'ont pas permis aux Chinois de démêler tous ces peuples barbares, quelque critique qu'on leur suppose : encore cette histoire ne remonte-t-elle pas bien haut. Mais laissons ces recherches ; elles seraient peu instructives pour nous, et demanderaient plus d'érudition que nous n'en avons l'un et l'auti^e. Bornons-^nous à ce qu'on sait de la manière de vivre de ces peuples.

Le nord du Pont-Euxin^ de la mer Caspfenne, de VOxuç, de l'Inde et de la Chine, est aujoiu?d'hui habité par des nations que nous confondons sous le nom de* Tartares, On nomme khans les chefs qui les conduisent, et dont* l'autorité dé-

pend sans doute beaucoup plus de leur habileté que d'aucune règle fixe. Il n'est donc pas possible de rien déterminer à cet égard.

Ce vaste pay^ est coupé par des déserts, des fleuves, de^ montagnes; et les peuples, toujoun divisés , y sont continuellement en guerre les uns avec les autres. Ce sont là des obstacles qui ne permettent pas au commerce de s'introduire parmi eux , et d'adoucir leurs mœurs. Ceux qui habitent sur les firontières des nations policées sont un pea moins barbares. Tantôt ils se font craindre, tantôt ils dépendent; mais l'autorité qu'on a sur eux est fort bornée, et on est £Mrcé de les ménager.

Le genre de vie qu'ils ont embrassé est conforme à la nature des lieux : ils errent, avec leuis troupeaux, dans les campagnes, qui, étant arrosées par de grand fleuves et par quantité de ri^ vitres, leur offrent des pâturages abondans : toujours eu guerre, ils sont soldats autabt que pasteurs, parce qu'ils ne sont maîtres nulle ps^ qu'autant qu'ils sont les plus forts. C'est ainsi qu'une troupe , venant à se faire craindre dans une certaine étendue de pays, en force plusieurs autres à reconnaître sa supériorité, et qu'un khan se fait un empire qui peut être puissant pour un temps , mais qui ne peut pas être durable.

Ils sont tous cavaliers, soit parce que le pays abonde en chevaux, soit parce qu'ils sonè dans la nécessité de £sure souvent de grandes courses.

AirciENiTE. \ agi

Ik ont des chars qui sont comme des- maisons ambulantes , aveit lesquelles ils transportent leurs femmes, leurs enfans, leurs bagages, et dans lesr quelles ils se retirent. Il y en a qui ensemencent des terres, et cependant ils ne se fixent pas ; parce que les bestiaux faisant encore la principale partie de leur subsistance , ils sont forcés de quitter une contrée aussitôt qu'ils en ont consommé les pâturages. D'autres se sont établis à demeure ; mais ils n'en sont guère moins barbai^s. Leurs cabanes ressemblent plus à des tentes qu'à des maisons; et, préférant le butin à l'agriculture, ils font continuellement des incursions chez leurs voisins , et ne sont contenus que par la crainte.

Tels sont encore aujourd'hui les Tartares ;* et vous pouvez juger quelle a été la barbarie des Huns et des Scythes. En effet , oh retrouvé à peu près lés mêmes usages et les mêmes mœurs chez les uns et chez les autres, soit parce qu'ils ont tous une origine commune, soit plutôt parce qu'ils ont habité successivement les mêmes pays ou des pays semblables : car les hommes se font des besoins suivant les lieux , et ils choisissent un genre de vie d'après leurs besoins. Ils pourront donc avoir des mœurs différentes , quoique l'origine soit la même , et avoir les mêmes mœurs, quoique l'origine soit différente. '

Or, si nous considérons que cette partie de Pourquoi iu

- «Il ont fait et pour-

Usie, coupée par des pays stériles et par des J°^,*j^'^;yjî;

aga

r^imiMudMs montamies, est séparée des nations policées

les pays p«Uc^s. ^^ ' F , ^ ,

par des barrières que les* arts f)euvent difficilement franchir, nous jugerons que les hommes y doivent contracter naturellement un caractère féroce. Si d'ailleurs nous y trouvons des pâturages abondans, nous ne serons pas étonnés que les habitans y cherchent leur subsistance dans des troupeaux auxquels ils donnent tous leurs soins. Ils seront tous soldats, parce que la vie errante est un état de guerre; et ils mettront toute leur force dans la cavalerie, parce que les vastes déserts qu'il ont à traverser leur font une nécessité d'être presque toujours à cheval. La guerre deviendra donc leur principale occupation ; ce sera l'étude favorite de la jeunesse , le seul moyen d'acquérir de l'estime, et souvent l'unique moyen de subsister. Il n'est pas étonfiant que de pareils peuples aient fait de grandes révolutions lorsqu'ils ont reflué sur l'Asie et sirf l'Europe , c'est-à-dire sur des nations pour qui la guerre est toujours un fléau, et qui se ruinent même avec des succès soutenus. Pourquoi n'en feraient-ils pas encore ?

Il est vrai que s'ils faisaient des irruptions pour s'établir dans les provinces qu'occupent aujourd'hui les nations policées, ils échoueraient d'abord contre deux écueils : l'art de la guerre et les places fortes. Mais des barbares , accoutumés à ime vie errante, ne pensent pas à se fixer. Ik

sont incapables des soins que demande un établissement; ils craindraient de les prendre; ils n'ont besoin que de butin; ils se borneraient donc à Élire des courses dans les pays fertiles dont ils seraient voisins : ils en feraient jusqu'aux portes mêmes des places fortifiées. Il est vrai qu'ils seraient souvent exterminés : mais les victoires seraient ruineuses pourdes nations chez qui l'argent est le seul nerf de la guerre; pour des nations que le luxe amollit, où le gouvernement, toujours plus* vicieux , offre toujours moins de ressources ; qui , ne connaissant ni leurs intérêts , ni leur faiblesse, se détruisent mutuellement par des entreprises sans objet et sans succès , et qui , après bien des revers , doivent enfin se trouver sans fortifications et sans soldats.

Cependant les hordes continuent leurs irruptions, soit parce qu'elles sont attirées par le butin, soit parce que la trop grande population des pays qu'elles habitent les met dans la nécessité de refluer. Alors les peuples poliCés commencent à leur céder des terres : ils s'allient de quelquesunes pour se défendre contre d'autres. Bientôt c'est leur unique ressource dans les guerres qu'ils se font : ils n'ont plus d'autres forces ; et il vient un temps où les barbares^ remplissant les armées, les campagnes, les villes, s'aperçoivent qu'ils sont les naaîtres. Voilà à peu près comment ils envahiront les provinces de l'empire romaip.

a94 HISTOI{l£

iiivasiont des Sîx cciit tTcnte ct quelques années avant Jésus-

Scjtbec, lorsque * *

!:oa.ilnu«ioôg Chpist, Ics Scjthes se répandirent dans rAâe,la

3es Assyriens. , , . -. , r r^ ^ l

ravagèrent pendant vingt^nuit ans^ pénétrèrent dans la Judée, s'avancèrent jusquesur les frontières d'Egypte, et forcèrent Psamméticus à se racheter du pillage. Les circonstances étaient favorables 4 leur invasion; car les Assyriens, fort ^affaiblis, étaient en guerre avec 1^ Mèdes , qui s'étaient révoltés. Cependant, par les soins que ces deux peuples donnèrent à la défense de leurs proviuces, une partie des barbares fut repoussée dans la Scythie occidentale, sur les bords du Tanaïs. L'empire des Bicutôt aurès Ciaxarc , roi des Mèdes, et petit-

Assyriens de- *

ÎE'Ifîe.'B.by*l fil* àe Déjocès, fit alliance avec N^polassar, rqi de Babylone et père de Nabuchodonosor. Ik assiégèrent Ninive, la prirent, la rasèrent, et partagèrent entre eux l'empire d'Assyrie.

Qaisuccombent Lc royaumc des Mèdes et celui des Babyloniens fujent détruits par Cy rus, qui fonda la monarchie des Perses cinq cent soixante ai^ avant Jéais- Christ^t qui subjugua les Lydiens, les Hyrcaniens, les Syriens , les Assyriens , les Saques ' , les Arabes, les Baotriens, les Indiens, les Cappadociens, les

V Les Perses donnaient le nom de Saques aux peuples qti« les Grecs nonmaielit Scythes , et que non^ nommons Tartares. Mais les Saques , proprement dits , habitaient sur les bords du Jaxartes, au pied du mont Imaiis. Il pa^ît qu'avant Cyros une de leurs colonies s'était établie au midi de la Babylonie, et que depuis ils envahirent la Bactriane , une paalie de I Arménie, et qu'ils se répandirent jusques dans la Cappadoce.

ton» les Perses.

AKOHENIfE. 295

Phrygiens, les Cariens, ks Giliciens et b^ucoup d'autres nations.

Vous savez avec quelle facilité cette vaste mo- Emoif. a-A-

. - - lexandre , au-

narchie fut renversée par Alexandre , et ce que q»»'» pIv"«"'« devint l'erapire de Macédoine après la mort de ce •'^•"*' conquérant. Vous avez vu Séleucus réguler avec gloire dans la Syrie : mais ce royaume s'affaiblit bi^tôt. Vers la soixantième année de l'ère dés Séleucides , sous Antiochus II , surnomé Dieu , Arsace souleva les Parthes, et jeta les fondemens d'une nouvelle monarchie. Théodote,1i son exemple , prit le titre de roi de la Bactriane, dont il était gouverneur; et, les principaux peuples de rOrient s'étant soulevés les uns ^^près les autres^ Antiochus perdit toutes les provinces situées au delà de l'Euphrate.

Comme il y avait toujours eu de grands em- „ Empire a»

J à O Parthes, qui se

pires en Asie, il était difficile que tous ces nou- [2bit"lu"**RoT veaux souverains fussent capables de se renfermer chacun dans les bornes de leurs états. L'ambition fiit donc un0 source de guerre. Mais les Arsacides turent les plus habiles ou les plus heureux ; de sorte que Mithridate, cinquième roi des Parthes, étendit sa domination sur tous les pays qui sont entre le mont Caucase, l'Euphrate et le Gange. Ayant borné ses conquêtes à ces barrières, que la nature semblait lui prescrire , il fit régner la paix

Mais nous sommes bien loin de connaître tontes les invasions des pei]^les du Nord.

296 uiSTonus

et l'abondance , et il montra des veitus qui4e firent regretter de ses sujets.

Phraate I, son fils, vainqueur du roi de Syrie, eut la guerre avec les Scythes qu'il avait appelés à son secoin?s, et perdit la bataille et la vie. Les Scythes ravagèrent ses états, et Artabane, son oncle et son successeur, qui marcha contre eux, reçut une blessure dont il mourut. ^

Enfin, sous Pacore II, fils d' Artabane, les Parthes et les Romains commencèrent à s'observer. Ce roi envoya même des ambassadeurs à Sylla pour s'allier de la répubhque, et depuis il renouvela cette alliance avec LucuUus. Deux peuples aussi belliqueux ne pouvaient être long-temps alliés puisqu'ils étaient voisins. La guerre s'éleva souvent entre eux; les bornes des deux empires va,rièrent, et ils s'affaiblirent mutuellement sans pouvoir se détruire. Cependant les Parthes fiu'ent toujours redoutables aux Romains.

Les vastes monarchies sont faibles en ellesmêmes, lors même qu'elles paraissent plus puissantes au dehors; et cette faiblesse est l'effet des vices du gouvernement , et quelquefois des guerres dont les souverains s'applaudissent. Elles s'épuisent par leurs succès.

ai 7. ^ Artabane avait vaincu les Romains, et l'empeàt^PtrlI^^sZ reur Maçrin a\ait été forcé d'acheter la paix. Il

les ruines de celui des Parthes. semblait donc que les Parthes et leur roi n'avaient

rien à craindre. Cependant Artabane, contraint

de marcher bientôt contiré les Perses qui s'étaient révokés, tombe entre les mains des rebelles, est ^. mis à mort , et son armée est entièrement défaite. Les Parthes restent assujettis : un nouvel empire des Perses recommence, et cette révolution est l'ouvrage d'un soldat de fortune. L'épuisement où les guerres précédentes avaient mis la monarehie des Parthes fut pour lui une circonstance favorable. Il prit le nom d'Artaxorcç.

Il était à peine sur le trône, qu'entreprenant d'étendre sa domination sur toutes les provinces qui avaient appartenu aux Perses, il ordonna aux gouverneurs romains d'évacuer la Syrie et l'Asie mineure; ce qui fut le sujet de la guerre qu'il eut avec Alexandre Sévère. Plusieurs de ses successeurs eurent les mêmes prétentions; et Sapor II se dbposait à les faire valoir, lorsque Constantin mourut.

Vous avez vu en Europe des peuples jaloux de combien us leuT liberté, et toujours difficiles à vatncre : tels 3â^"^^jpit; ont été les Grecs, les Italiens, les Espagnols, les ***^'^"* Germains , les Gaulois et les Bretons. Vous remarquerez encore que vous n'y avez vu pendant longl^mps que de petits états, et que vous n'y comptez que deux vastes monarchies : l'une formée lentement par un peuple libre , et l'autre dont les conquêtes n'ont été rapides que lorsqu'elles se sont feites hors de l'Europe. En Asie au contraire le despotisme règne : les peuples y sont dans une espèce

2gS HISTOIRE

d'esclavage : les révolutions fréquentes s'y font presque sans obstacles, et il s'y forme toujours de vastes monarchies. Si vous êtes curieux de connaître la raison de cette différence, elle vous sera facile à trouver : il suffira presque de jeter la yeux sur la carte.

Nations bar. £u considéraut le nord de l'Asie, vous avez

pares ou peu po- '

ueesdeiA«ê. ^^j^p^jg pourquoi les peuples y ont toujours été barbares et le sont encore. Vous comprendrez qu'il en doit être de même de l'Arabie, presqu'île formée par le Golfe Persique et par la mer Rouge. Comme on y trouve de grands déserts-, des montagnes et des pâturages, les peuples qui l'habitent, au lieu de se fixer, erreront par troupes , et seront pasteurs et brigands. C'est ce qu'ont été les Arabes et ce qu'ils sont aujourd'hui. Je remarquerai seulement qu'ils sont moins à craindre que les Tartares , parce que le climat n'est pas propre i produire d'aussi bons soldats.

Il y a erîcore de grands déserts dans la Syrie, dans le cœur et au midi de la Perse. Or ce sont là autant de retraites pour les brigands qui veulent se soiistraire àtoute domination. Jl ne faudrait-pas s'étonner si un de leurs chefs faisait quelque r^ volution en Perse ou en Turquie.

Des Taitares qui se sont établis depuis six à sept siècles au midi de la mer Caspienne et d^s les montagnes d'Arménie , prouvent combien les peuples du nord de l'Asie sont difficiles à policer.

Ils vivent à peu près comme ils vivaient sur les bords de l'Oxus et du Jaxartes , d'où ils sont venus. Il est vrai que ceux qui sont au midi de la mer Caspienne cultivent la terre; mais, comme leur principale richesse est dans leurs troupeaux, ils passent l'été sous des tentes, changent continuellement de lieu,*et ne se retirent dans leurs villages que lorsque l'hiver les y contraint. Les autres, plus barbares, ne connaissant pas l'agriculture, subsistent uniquement de leurs troupeaux. Ils campent toujours, se répandant l'hiver dans les campagnes arrosées par l'Euphrate, et se retirant Tété dans les vallons que forment les montagnes d'Arménie. Ces peuples se nomment Tm^comans.

Comme il y a des parties de l'Asie où les hommes Nations pon-

^ cée<:, dès lessiv-

ent toujours été barbares, il y en a d'auti'es ou ils JÛ"^]" ?***'""

paraissent déjà policés dans les siècles les plus voisins du déluge ; et ce sont l'Asie mineure , la Syrie, la Perse, les Indes et la Chine. On y trouve des pays riches, où l'agriculture a dû être connue de bonne heure; parce que les productions na-: turelles^ qui ne pouvaient pas manquer de s'observerfindiquaient les moyens de rendre les terres encore plus fertiles. Or de l'agriculture naissent successivement la police, l'abondance, la douceur des mœurs, les arts, l^uxe et la mollesse. L'histoire des Assyriens prouve combien ce progrès est rapide.

De pareilles nations sont aisées à conquérir. cettediff(?rencé

3oO HISTOHIB

ïriVîresn!! ^^ conséquent, s'il s'en trouve une moins amollie tS!^»%7^!n^ que les autres, elle en subjuguera facilement plusieurs. Il ne faut que lui supposer un chef ambitieux qui, pour son siècle, ne soit pas sanstalens. Mais le vainqueur, s'amoUissant à son tour, offrira bientôt une conquête ^ile. Ainsi les As- / syriens ont été subjugués par les ]lf èdes ,les Mèdes par les Perses , les Perses par les Macédoniens, les Macédoniens par les Parthes, les Parthes par les Perses; et de pareilles révolutions ne pouvaient manquer d'être fréquentes, puisqu'il y avait toujours en Asie des nations nées pour* la servitude, et des peuples nés pour l'indépendance.

D« iviendjie Ccs monarchics ont été nécessairement vastes,

des monarcluei

de l'Asie. parce que, les nations étant peu capables de résister , les mers , les déserts et les montagnes sont les seules barrières qui pouvaient arrêter le vainqueur.

Da despotisme • Lc ffouvemement enaétédespotioue tout aussi

de ces monar- <-J r ^ ^

*•*'"• nécessairement ;car,d'un côté, les peuples vaincus

étaient trop faibles pour ne se donner qu'à certaines conditions; de l'autre, le peuple conquérant, aimant à se croire seul libre, croyait ajouter à sa gloire en les assujettissant davantage; et le monarque, profitant de cette disposition des esprits, étendait insensil)leq|ent sur les vainqueurs le pouvoir absolu qu'ils lui avaient laissé prendre sur les vainc^us.

Vous concevez donc pourquoi les monarchies

ANCIENNE. 3oî

dans l'Asie doivent être vastes, despotiques et sujettes à de grandes révolutions. Aucune de celles que vous connaissez n'eût été capable de résister à des voisins tels que les Gaulois et les Germains. Que deviendra donc l'empire dont Artaxerce a été le fondateur, si les barbares qui sont aux fix)ntières font jamais une irruption dans la Perse? Mais passons en Europe, et suivons les peuplades qui s'y sont transportées de proche en proche.

Elles ont eu deux chemins, l'un par l'Helles- f^oaiespeupont, l'autre par les pays qui sont au nord de la °^^***^^"'»mer Caspienne et du Pont-Euxin. Peu auront pris le premier , parce que la partie la plus étroite de l'Heilespont aura été long-temps un obstacle insurmontable, et parce qu'il n'est pas naturel que les peuples de l'Asie mineiure aient quitté des établissemens assurés, pour se hasarder dans des pays qu'ils ne connaissaient pas. Quelques aventuriers auront les premiers tenté ce passage, et se seront répandus le long des côtes de la Tbrace et de la Grèce.

Ils ont trouvé dans ces contrées des montagnes Genre de tie et des bois, des plaines plus petites que celtes de Jj»"* ^« *'e«l'Asie, et quelques-unes sujettes à des inondations qui ne permettaient pas de s'y fixer. Enfin les pâturages étaient rares. Les habitans n'ont donc pas eu la ressource d'y nourrir des troupeaux. Réduits à n'être que chasseurs et pécheurs,

3oa HISTOIRE

ils auront vécu en petites troupes , et auront été plus barbares encore que les Scythes,

Les plus grandes migi^ations se seront faites par le nord, où les peuples, chassés par d'autres, trouvaient toujours des terres devant eux. Us se seront répandus entre le Tanaïs et le Boristhène, de là jusqu'au Danube et ainsi de suite, avançant toujours au midi tant qu'ils ne trouvaient pas d'obstacles , et ne se rejetant au nord que lorsqu'ils y étaient forcés.

Comme ces peuples étaient pasteurs en Scy thie, ils l'auront été dans les nouvelles contrées, partout où ils auront trouvé des pâturages abondans. Ils y auront encore apporté l'amour de l'indépendance; et ils auront eu pour préjugé, qu'il est moins glorieux de labourer la terre que d'être libre et de vivre de butin.

Pourquoi les L'Europc, bcaucoup moins grandie que l'Asie, taie» de l'Euro- eu diffèrc encofe par la forme et par le sol. Les

pe se civilisent VF ^ i

•' p'*"'*"»- parties occidentales paraissent comme resserrées parles mers. Plusieurs sont même des presqu'îles. On n'y trouve pas des plaines immenses dont la stérilité fait des déserts. Elles sont toutes propres à la culture. Enfin elles sont séparées par des barrières difficiles à franchir.

Par conséquent, à mesure qu'elles se peupleront davantage , il sera moins facile d'y mener u/ie vie errante. Il arrivera enfin qu'il n'y aura plus de terres qi|i puissent être au premier occupant

AKCTENNE. 3o3

Chaque peuple sera entouré ^d'autres peuples. Aucun n'aura la liberté de changer de lieu pour subsister. Ce sera donc une nécessité de s'appliquer à l'agriculture.

Ces nations se fixent donc peu à peu. Les guerres n yj forme étendent ou resserrent leurs frontières : les rivières et les montagnes en marquent les limites, et TEurope se divise en plusieurs cités, Voussavez que le mot cité comprend tous les citoyens qui vivent sous les mêmes lois et sous les mêmes magistrats.

Ces cités étant voisines, elles apprennent à ^.E^p^'t de ces s'observer. Elles s'occupent des moyens de se défendre : elles cherchent l'occasion d'empiéter les unes sur les autres : elles contractent des alliances; elfes s'appliquent à chercher le gouvernement qui leur convient davantage : et elles se policent mutuellement. C'est ainsi que les mêmes hordes, cpi erraient en Scy thie dans des pâturages , séparées par de vastes déserts , deviennent des corps de citoyens, lorsqu'en Europe elles sont resser-r rées dans des pays fertiles.

Cependant elles conserveront toujours des restes de leur premier caractère. Si elles s'adonnent à l'apiculture, ce ne sera qu'autant qu'elles y seront forcées par le besoin. Elles ne cultiveront qu'une partie de leurs terres , si elles ne sentent pas la nécessité de les cultiver toutes. Il n'y aura pour elles de gloire que dans les armes. Elles aimeront à vivre de butin : elles seront tau-

3o4 HISTOIEE

jours portées à faire de nouveaux établissemens; et elles feront des irruptions fréquentes.

Tous ces peuples auront donc en Europe le même amour pour la liberté, qu'ils avaient dans le nord de l'Asie; et, comme ils auront de plus une patrie à défendre , ils y seront encore meilleurs soldats.

uiH»» àt* Tous les législateurs ont senti que l'égalité seule

Gcnnams pour O ^ o

Jnï*"*' *^' P^^t conserver la liberté , et prévenir le luxe et les abus qui en naissent. Cependant , dès que les citoyens ont des champs en propre, l'inégalité ne peut manquer de s'introduire. Les riches seront jaloux de jouir des avantages qu'ils ont sur les pauvres : l'intérêt particulier sera préféré au bien public; bientôt le luxe et la misère rendront les citoyens peu propres ou peu intéressés à défendre l'état.

Pour prévenir ces inconvéniens, les Germains imaginèrent d'exercer l'agriculture, sans donner des champs en propriété. Dans cette vue, les magistrats faisaient tous les ans une nouvelle distribution des terres. Par-là, celui qui une année avait cultivé un champ, en cultivait un autre l'année suivante. Il ne s'attachait donc à aucun, et cependant tous les citoyens ensemble s'intéressaient également aux terres qui appartenaient à la cité. Ce moyen , qui n'est praticable que dans de petits états, fait voir combien les Germains s'étudiaient à maintenir l'égalité et la liberté.

ANCIENNE. 3o5

Pendant que la Germanie, les Gaules , l'Espagne i^" G^ec«al^ et ritalie se peuplaient , et qu'il s'y formait un mobTilîi'Jïî grand nombre de petites cités, les Grecs commençaient à cultiver les arts qui leur avaient été apportés par des colonies étrangères. Dès qu'il les connurent , ils en sentirent d'autant plus l'utilité, qu'ils habitaient des contrées peu fertiles. Mais, nés libres, ils continuèrent d'être jaloux de leur liberté; et, en prenant des mœui-s plus douces , ils ne prirent pas des chaînes comme les peuples du midi de l'Asie. C'est cet amour de la liberté, concilié avec les arts, qui les rendit si long-temps invincibles. Ils l'avaient puisé dans le premier état où ils avaient vécu , et ils le conservaient , parce que les barrières que la nature et les circonstances avaient mises entre eux, ne laissaient à aucun peuple le pouvoir de^subjuguerles autres , , et donnaient à tous les mêmes droits à Imdépendance.

A peine remarquons-nous les traces de l'amour cht. qneiut de la liberté dan§ les monarchies de l'Asie, parce îe*"*d'.v«!iUM

'- l'amour d» 1*

qu'elles sont déjà pf)licées lorsque l'histoire nous *'^*'*^les fiait connaître.. C'est parmi les hordes errantes que cet amour se trouve dans toute sa force ; il s'afEsûblit aussitôt qu'elles se fixent, et il est éteint lorsque les arts de luxe ont amolli les mœiu's. Vous avez déjà vu quu'à mesure que nous nous sommes policés au midi, nous avons été moiiis libres; -et vous verrez dans la suite que la liberté

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