‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 37 sur 54 · X. ao · texte numérisé non relu

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nous sera apportée par les nations dn Nord , parce qu'elles seront moins policées que nous. Il est impossible de concilier, surtout dans de grands états, les progrès des arts et l'amour de la ltt)ertë. FiTet dt c*t Mais cet amour de la liberté ne produit chez des barbares qu'un courage aveugle et téméraire; an lieu que chez des peuples qui cultivent les arts sans en connaître encore les abus, il ajoute continuellement des ressources au courte. Les Scythes ne se défendent que par les montagnes et les déserts , qui permettent rai'emcnt de pénétrer jusqu'à eux, et ils ne peuvent vaincre que des nations amollies. Les Européens, au contraire, se défendent moins par la nature des lieux que par la forme du gouvernement, et par une valeur plus éclairée. Voilà pourquoi ils ont été si difficiles à subjuguer.

Lei»ru, pac- Pcndaut loug-tcmps , les Romains oiit été aussi îir.miîi"^ barbares que les autres peuples d'Italie ; et d'abord ils l'ont même été plus que les Toscans. Dans la suite leur empire a frayé le chemin aux arts : les nations vaincues se^sont éclairées : la lumière a pénétré plus ou moins au delà même des provinces romaines.

Telle devait être la route des arts : d'Asie en Grèce, de Grèce en Italie, d'Italie dans les Gaules, en Espagne, etc. Ils ne pouvaient se répandre de proche en proche, qu'en s'établissant chez les peuples fixés et policés jusqu'à un certain point.

««cccMiTement

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Il n'était pas possible que dés hordes errantes les apportassent en Europe*à travers les déserts de la Scythie.

Mais les arts arrivaient avec les abus qu'ils entraînent. Les peuples s'accoutiunaient tout k la fois au joug et à la mollesse; leur courage s'éneryait; ils connaissaient moins la liberté et l'usage des armes. Les Gaulois, par exemple, n'étaient plus, au temps de Constantin, ces mêmes Gaulois qui avaient fait trembler Rome.

Comme les arts suivaient la route des armes des Les Gennaias

ne»*i

Romains, ils n'avaient pas pu s'établir où les Ro- p"mains ne s'étaient pas établis eux-mêmes. C'est pourquoi les Germains conservaient leurs anciennes mœurs : ils n'avaient pas dégénéré comme les Gaulois , parce qu'ils n'avaient pas été conquis: car la Germanie supérieure et la Germanie inférieure, où les Romains ont été maîtres, n'étaient quun démembrement de la Belgique, auquel Auguste avait donné lui-même le nom de Germanie, parce que les habitans en étaient Germains d'origme. La Germanie proprement dite était au delà du Rhin, bornée au midi par le Danube, à l'orient par la Vistule , et au nord par la mer. C'est un pays que les Romains ont ravagé; mais ils n'y ont jamais fait d'établissement considérable et solide.

Je ne m'arrêterai pas sur les Germains, quoiqu'il soit important de les étudier, pour vous pré-

cite.

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parer aux révolutions que l'histoire va mettre sous vos yeux. Je compte que vous serez en état de lire Tacite ; et vous jugerez que je fais bien de ne pas écrire, quand je puis vous donner un pareil maître. Pour le présent, un seul passage de cet historien vous fera connaître combien ces peuples étaient redoutables.

«"J^SÎt" L'an de Rome 64o, dit-il, sous le consulat de Cécilius Métellus et de Papirius Carbo, le bruit de l'armement des Cimbres se fit entendre pour la première ■ fois. Deux cent dix années se sont écoulées depuis jusqu'au dixième consulat de l'empereur Trajan; et les Germains sont si difficiles à dompter, que ce long intervalle n'a été pour eux et pour nous qu'une alternative de revers. Les Samnites, les Carthaginois, les Espagnols, les Gaulois, les Parthes mêmes ne nous ont pas donné de si fréquentes alarmes. Car les Germains défendent tout autrement leur liberté que les Arsacides leur empire. . . . Par la défaite de Carbo, de Cassius, d'Aurélius Scaurus, de Servilius Cepio, de C. Manlius, ils ont enlevé cinq armées consulaires à la république; et depuis, à l'empereur Auguste, Vanis avec trois légions. Ce ne fut pas sans de grandes pertes que Marius les vainquit en Italie, Jules -César dans les Gaules, Drusus, Tibère et Germanicus dans leur [pays.... Pendant nos guerres civiles ils ont chassé nos légions des quartiers d'hiver, et ont osé entre-

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prendre la conquête des Gaules, Nous lés avons repoussés : mais, dans les derniers temps, nous avons plutôt triomphé d'eux que nous ne les avons vaincus.

Depuis Tacite , la Germanie a montré aux Ro- D.p„uTaci-

j I , te, les nations

mains de nouveaux peuples et de nouveaux en- «ermamques se

* * * font connaître

nemis, ou plutôt des nations germaniques avec JeaMi^om"?' des noms auparavant inconnus: carlesAUemandsi, les Goths, les Francs, etc., étaient Germains. Des savans ont tenté de découvrir la première origine de ces peuples : quelques-uns même sont remontés de génération en génération jusqu'à Noé. Pour nous , ^ous remarquercms seulement que les Allemands, les Goths , les Francs et d'autres , sont sortis de la Germanie. Je joins en note une réflexion de M. Freret '.

* Les plus grandes difficultés qui arrêtent les critiques lorsqu'ils traitent des migrati}>ns des anciens peuples , viennent de ce qu'ils n'ont pas fait assez de réflexions aux ligues dans lesquelles plusieurs peuples différens prenaient un nom comrnmn , qui faisait disparaître les noms particuliers. Lorsque la %ae Tenait à se détruire , le nom général cessait d'être employé; et les différens peuples paraissaient sous des noms particuliers , ou prenaient celui de la nouvelle ligue lorsqu'il s'en fonnait une. C'était cependant toujours la même nation qui occupait le même pays. C'est ainsi que les noms des Marconians et des Quades s'éteignirent, lorsqu'ils entrèrent dans la ligue des Goths; et que ceux des Gépides , des Vandales et des Lombards commencèrent à devenir célèbres lorsque , la ligne des Goths ayant été détruite par l'invasion des Huns, les peuples qui en avaient fait partie formèrent des cités particulières, et se firent connaître sous leurs propres noms* Ces

3lO HISTOIRJS

iï>i«"r ^ résultat de ce que j'ai dit dans ce diapitre»

6m Con>luitin,

JXïri"i'™J c'est que pendant que l'empire romain et celui ^oi^i^iraienuir. dcs Pcrses se craignent réciproquement, et qu us îï!u*M 'tîli- ont l'ambition de se détruire sans en avoir la force, «•aient p». ^^ pcuplcs baibares qui les environnent se préparent à les envahir, et les envahiront. Ces révolutions font un tableau dont je dois vous montrer les principales parties; car mon dessein n'est pas d'entrer dans les détails dcmt les lûstoires particulières vous instruiront»

Vous prévoyez que la barbarie va peu à peu couvrir la surface de la terre : mais les lettres re^ naîtront en Europe , et se répandront chez les principales nations, où elles feront des progrès surpcenans. Quant à l'Asie, elle restera dans l'ignorance , ou ne fera que de vains efforts pour en sortir. Vous en sentirez la raison lorsque vous connaîtrez les peuples qui l'auront subjuguée.

Oépides restèrent dans la Hon^e an Bord du Danube , et aux enyirons du Sirmium et de B^grade ; au temps de fm^asten des Avares, ou de la seconde colonie des Huns, ils se retirèrent dans la Transylvanie y où ils sont encore anjourdiraL L'extmction d'un ancien nom n'est potirt une marque de la. destruction du peuple qui le portait ; elle montre seulement qu'il a été forcé de se joindre avec un autre peuple plus p«DS> sant, et de faire partie d'une nouvelle cîlé. Par une raison semblable , de ce qu'on trouve un nouveau nom de pei^le dans l'histoire d'un pays , il ne faut pas conclure qu'une nouvelle nadon est venue l'habiter, à moins qu'on n'en ait des preuves ; car il a pu se faire que ce soit seulement le nomy 4'une nouvelle, ligue qui s'était formée dam le pays,.

AirciEirNÈ. 3if

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