‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 38 sur 54 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Depuis la mort de Constantin jusqu'à celle de Jovien.

La prospérité et les revers d'un état durent en- l«« di«M>»î. core après le souverain qui le gouverne. Auré- ÎJ.niîem"si«è lien n'était plus; et l'empire, sans troubles qupique sa^fiSîte!* sans chef, se soutint par l'ordre qu'il avait établie Probus le défendit avec gloire tant qu'il vécut ^ et continua de le défendre en quelque sorte après sa mort, parce qu'il laissa pour généraux des hommes de mérite, qu'il sut discerner et qu'il ne craignit pas d'employer. Constantin hâta la décadence de l'empire.

Il laissait dans l'Église des divisions qu'il avait fomentées : et il en sema encore dans l'empire par la manière don|: il en disposa.

A Constantin, l'aîné de ses fils^ il donna les Gaules, l'Espagne et la Grande-Bretagne; à Con^s* tance, le second, l'Asie, la Syrie et l'Egypte; et à Constant, le dernier, l'Illy rie, l'Italie et l'Afrique. Il fit encore un, partage à deux de ses neveux : Delmace eut la Thrace, la Macédoine et TAchaïe, et Annibalien eut l'Arménie mineure,. le Pont et la Cappadoce.

Si Constantin se flatta que sa volonté serak

3ia HISTOmB

respectée après sa mort, il se trompa; et c'est une erreur où tombent les souverains qui aiment à régner avec faste. Accoutumés à voir tout plier devant eux, ils s'imaginent qu'on pliera encore devant leur ombre. Mais le partage de Constantin était trop extraordinaire pour être généralement approuvé. On demandait de quel droit il disposait ainsi de l'empire. On prévoyait des guerres civiles; et tant de souverains, nés dans la pourpre, n'étaient certainement pas d*un heureux présage. Il suffisait de se rappeler G^mmode, qui seul jusqu'alors était né d'un père déjà empereur.

Le sénat eût été en droit de rejeter tous ces princes , et de choisir un Auguste dans une autre famille ; le droit cède à la force, et les trois fils de Constantin furent reconnus et proclamés. Les deux neveux, comme plus faibles, périrent; les soldats leur ôtèrent la vie. Ils égorgèrent encore deux frères de Constantin, Jule-ConstanceetAnnibalien, et cinq autres de ses neveux dont on ignore les noms. Gallus, âgé d'environ douze ans, fut ménagé parce qu'il ne paraissait pas devoir vivre; et Julien, âgé de six, dut son salut à Marc, évêque d'Aréthuse, qui le déroba aux assassins. Ils étaient l'un et l'autre fils de Jule-Constance, mais de deux lits différens. On n'attribue ces massacres qu'à Constance ^eul. Il est au moins certain qu'il ne s'y est pas opposé; et il est très- vraisemblable qu'il a contribué à la fureur des soldats;

ANCIENNE. . 3l3

il y gagna la Thrace et les états d'Annibalien. Constant acquit la Macédoine et l'Achaïe ; et Constantin conserva des prétentions sur l'Italie et sur FAfrique. Les trois frères s'étaient assemblés en Pannonie, pour faire eux-mêmes ce partage , sur lequel il reste d'ailleiu-s beaucoup d'obscurité. s« trois ûisme-

Les écrivains de ce temps, sacrifiant chacun la connue" vérité aux intérêts de sa secte ou de sa religion, paraissent n'avoir voulu faire qufe des panégyriques ou des satires. Les uns ne voient que des vertus où les autres ne voient que des vices ; et , comme ils ont souvent altéré jusqu'aux faits, il est bien difficile d'asseoir tm jugement : on voit seulement qiie les princes qu'ils louent ou qu'ils blâment méritent peu d'être connus.

On dit cependant que les enfans de Constantin avaient eu la meilleure éducation qu'on puisse donner à des princes. Peut-être le croyait-on, parce qu'ils avaient eu un grand nombre de maîtres. Ce nombre néanmoins en devait faire juger différemment. J'avoue d'ailleurs que je ne èonçois pas comment , au milieu de la cour de Constantin , des princes pouvaient être bien élevéSé

Constance, attaqué par Sapor, roi de Perse, ^Guerre de

\ J Constance avie

ne reçut aucun secours de ses fi:*èi^s. Cette guerre , '* **«««• ruineuse pour les deux peuples, dura autant que son règne et au delà. Elle fut seulement suspendue de temps en temps , parce que Sapor avait à se défendre contre les Barbares du Nord. Quoiqu'on

3l4 UISTOIRE

en connaisse peu les détails, on Toit que Constance se fit mépriser , et que Sapor acquit peu de gloire.

Défait* et mort II v avait cnvirou deux ans et denai que Cons-

de Conitaotin, / ^ *

soB^rtre. tautiu était Auguste, lorsqu'il arma contre Com- 34o' tant , passa les Alpes , tomba dans upe embuscade, fut défait et perdit la vie ; Constant se troava maître de tout l'Occident. •

Constantin n'est connu que par son pau^gy* riste. Jamais les panégyristes n'ont été si communs que sous ces derniers règnes ; et cela n'est pas étonnant, puisque les empereurs se piqusûeDt d'être théologiens. Car dans ce siècle où les di^ férentes sectes avaient chacune intérêt de mé^ nager les souverains qui les (H'Otégeaieat, des princes théologiens ne pouvaient manquer de panégyristes.

ponrqoo.coM. L^s sourccs OU CCS docteurs puisaient n'étaient

tance est favora- . , . ^

bieauxaneos. pas toujours Dicn pures. Souvent, en croyaoï prendre un parti avec connaissance, ik ne fif saient que suivre les impressions de quelque hy^ pocrite, ou les scrupules de quelque dévote. Uj avait alors à Constantinpple un prêtre arien qui) / s'étant introduit auprès de Cpnstantia, sœur de Constantin le Grand, gagna peu à peu la confiance de cette princesse, et lui persuada que la persécution d'Arius était une injustice criante. Constantia, au lit de la mort, communiqua se$ scrupules à son frère, en lui pecommandajat ^

AKGI£NK£. 3l5

prêtre par qui elle croyait avoir été éclairée. Aussitôt le grand Constantin se crut éclairé luimême; et, quoiqu'il eut en horreur de se donn* pour juge en matière de religion, il ne balança pas entre l'autorité du concile de Nicée et les scrupules d'une femme trompée par un prêtre.

Ce fat alors qu'il rappela d'exil Arius , et qu'il persécuta les catholiques.

Le prêtre arien conserva sur l'esprit de Cons- \ tantin le mépie crédit qu'il avait eu sur celui de Constantia. Il fut màne le dépositaire du testament de cet empereur, avec ordre de ne le remettre qu'entre les mains de Constance. Cette confiance lui ayant donné beaucoup de considération, il entraîna dans son parti tous ceux qui gouvernaient le prince, c'est-à-dire les femmes et les eunuques. Vous voyez que Constantin le Grand, pour avoir partagé les faiblesses de sa seetxr ^ sera la première cause des progrès de l'a- ^^anisme.

Constance favorisa donc les ariens; mais Cons- coastam protantprit avec zèle la défense des catholiques, et v*^ menaça de rétablir par les armes les évêques déposés; c'eût été la première guerre de religion. L'Église cependant, qui ne fait pas les évêques par lesaitnes, n'autorisait pas à ks rétaJblir par oette voie. Quoi qu'il en soit, la crainte eut plus de pouvoir sur l'âme de Constance que lareligion , et même que les intrigues de la cour. Il consentit

3ï6 HISTOIRE

donc au rappel de saint Athanase et des autres évéques exilés, Magnenceini Constaut néanmoins n'était pas à redouter. Il

dte l'enpire et , *

u.Tie. y j^yaîj à peine deux ans qu'il avait effrayé spn

frère, lorsque Magnence fiit proclamé Auguste dans la ville d'Autun. A cette nouvelle, généralement abandonné, il prit la fiiite, et perdit la vie dans les Pyrénées , lorsqu'il était sur le point de passer en Espagne. Il était âgé de trente ans, et en avait régné douze. • ♦

- On doit sans doute des éloges à la protection qu'il a donnée à l'Église. Cependant, s'il a pensé comme bien des princes que cette protection tient lieu de toute vertu, il ne mérite certainement pas le titre de bienheureux que 1^ pères lui ont donné. On sait qu'il préférait ses plaisirs à ses devoirs , ce qui seul suffit pour déshonorer un prince. Ainsi, sans se donner la peine de démêler ce qu'il était, c'est aôsez de considérer la manière dont il a perdu l'empire et la vie , pour juger combien il était haï et méprisé. •

Magnence , né au delà du Rhin , avait été fait captif et transporté dans les Gaules. Avec beaucoup de vices, peu dé talens, point de vertus, il s'éleva par la faveur de Constantin le Grand. Son règne, 4qui fut court, dévoila son avarice et sa cruauté. Maître des Gaules et de l'Espagne par la mort de Constant, il le fiit bientôt de l'Italie, de la Sicile et de l'Afrique. L'Illyrie cependant se

ANCIENNE.' 3l7

déclara pour Vétranion, qui commandait Finfan-

terie dans la Pannonie. On dit même que ce fut constanune,

* saur de Cons-

CoDstantine, sœur de Constance, qui revêtit ce J^urV^Tvi-

général de la pourpre, afin de l'opposer à Ma-

gnence. On ajoute qu'elle croyait avoir le droit de

faire un empereur, parce que Constantin, son

père, lui avait donné à elle-même le diadème et

le titre d'Auguste. Cette prétention , de la part

d'une femme, paraît fort singulière quand on se

rappelle les siècles précédens. Il fallait |en effet

que les enfans de Constantin eussent des idées

bien étf:*anges. Vous voyez avec quelle facilité le

despotisme fait disparaître les droits des peuples.

Vétranion, né dans les pays incultes cje la haute Mœsie, était im vieux soldat si ignorant, qu'il ne sentit le^besoin d'apprjendre à lire que lorsqu'il • fiit empereur. Quoique grossier, il ne manquait m de probité ni d'expérience. Il était même généralement aimé. Il écrivit à Constance qu'il ne se regardait que comme son lieutenant, et qu'il n'avait pris la pourpre que pour arrêter les progrès' de Magnence : il était bien simple s'il croyait que Constance voulût pour lieutenant un second empereur.

Sur ces entrefaites, Népotien, proclamé Auguste J^^i»"*;*/» p""^^ parune troupe de bandits ramassés de toutes parts, ^"'^' se rendit maître de Rome, et livra cette ville au pillage. Il prit alors le nom de Constantin. Quelques jours après, vaincu par Marcellin, général

3l8 HISTOIBB

de Magnence, il le perdit avec la vie. Fils d'Ëutropie, sœur de Constance, il avait échappé, on ne sait comment, au massacre de sa famille.

Conduit de Magnence, qm avait proscrit tous ceux qu'il soupçonnait avou* été attachés à Constant , fit de nouvelles proscriptions après la victoire de M»cellin. Il ordonna, sous peine de mort, à tous les Romains d'auppcrter au trésor la valeur de la moitié de leur bien . et il offrit des récompenses aux esclaves qui dénonceraient leurs maîtres. On lui jnrodigua cependant les titres de libérateur de l'effipire, de réparateiu» de la liberté, de conservateur de la république. Plus la servitude est grande, plus elle cherche de nouveaux moyens pour flatter le despote ; et ils sont quelquefois si grossiers, qu'oa les prendrait pour une satire. Magnencei^ se pré^ parant à la guerre, appela les Barbares d'au delà du Rhin , auxquels il offrit l'empire à piller. conitance Coustauce était alors en Asie , où la guerre avec

»e prépare il*- , ,

guerrt. [es Pcrscs l'avait retenu. Heureusement pour lui,

Sapor se retira, ne sachant ou ne pouvant pas profiter d'une circonstance qui lui était si favorable. Il se prépara donc à passer en Occident. £0 dix mois, dit Justin , il équipa une flotte plus cousidérsJ3le que celle que Xerxès avait équipée en dix années. Il exhorta les idolâtres qui étaient dans ses troupes à se convertir ; il permit de se retirer à ceux qui ne voulurent pas recevoir le baptême. Cependant, quoiqu'il ne voulût a»»-

AirCIENNK. 3 19

battre qu'avec des soldats chrétiens, il ne s'était pas lui-même fait baptiser encore.

Il venait d'arriver dans la Thrace, lorsque Vé-- n arrire da» tranion et Magnence, qui se préparaient à réunir J[* «i»«"»*i'«yleurs ferces, lui firent des propositions de paix qui l'ébranlèrent. Il paraissait disposé à les accepter, quand son père, qui lui apparut en songe, lai promit la victoire et le rassura. Ayant donc continué de marcher, il passa le pas de Sucques, défilé étroit qui est entre les monts Hémus et R&odope, et par lequel la Thrace communique avec FlUyrie.

Vétranion, qui n'était pas arrivé à temps pour TAranionMi défendre ce passage, lut obhgé d entrer en négo- «»>y««ciation. Mais, pendant qu'il traitait, on débaucha ses troupes, et il tomba entre les mains de l'empereur, qui le relégua à Pruse, en Bithynie. Heureux d*étre redevenu particulier, il ne concevait pas pourquoi Constance ne partageait pas un bonheur qu'il savait jwocurer aux autres.

Ma^nence traversa les Alpes îuliennes, et Cons- Magn^nce p*rd tance s'occupait d'un concile, qu'il faisait tenir *^"'"* à Sirmich. Cependant les deux armées arrivèrent dans la haute Pannonie. Après avoir eu tour à tour des avantages l'une sur l'autre, elles engagèrent une action générale dans les campagnes de Mursc, sur la Drave. On prétend que ^lus de einquante mille hommes y périrent.

Constance , loin du danger, était dans une église.

320 HISTOUIE

lorsque Valens, évêque de Murse et arien, qiii avait prisses mesures pour être des premiers instruit de révénement^ s'écria tout à coup que l'ennemi était en fuite, et qu'un ange venait de lui en apporter la nouvelle. L'empereur conçut la plus grande idée de la sainteté de cet évéque, et crut lui devoir la victoire.

Magnence se retira en Italie. Forcé de reculer

353. encore , il se réfugia dans les Gaules ; il perdit ime seconde bataille dans les Alpes cottiennes, et il s'enfuit à Lyon, oq, voyant ses soldats prêts à le livrer, il se donna la mort. Il a régné trois ans et demi.

Constance Naturellement soupçonneux et sanfi[uinaire ,

donne »a con- * * O '

utêurs .*" ^^' Constance le devint encore davantage lorsqu'il fut seul maître de l'empire; et sa puissance ne parut s'accroître que pour donner à ses vices un libre cours. Jaloux de prosa*ire tous ceux qui avaient suivi le parti de son ennemi, il répandit ses délateurs dans tout l'empire. JJn d'eux, Paul, surnommé la Chaine, parce qu'il tramait mieux qu'un autre des accusations, parcourait les provinces, et entrait d'autant plus dans la confiance de l'empereur, qu'il enveloppait dans ses calomniesun plus grand nombre d'innocens. Cependant, parce qu'une vengeance soutenue demande une fermeté que Constance n'avait pas, il pardonnait quelquefois aux plus coupables; et, parce que la fl«itterie saisissait cette occasion d'applaudir à sa

ANCIElfNB. 3lll

sa démence, il croyait^avoir acquis le droit de ne plus pardonner. £n général , c'était assez d'être accusé pour être puni. *

Le caractèresoupçonneux de ce prince le rMulit » «st. le jonet

* deceuz qui l'en-

le jouet de tous ceux qui l'entouraient. En fei^ *•"""** gnant de trembler pour ses joules, on exagérait les moindres fautes, ont envenimait les actions les plus indifférentes, oh diminualit, on tournait en ridicule les succès des uns, on supposait une ambkion criminelle, aux autres, et on lui reprochait continuellement à lui-même *de n'être pas assez en garde ou d'être trop indulgent. Mais, afin que vons puissiez mieux juger des intrigues qui, faisaient asir Constance 9 il faot vous fitipe connaître ce que c'était que sa maison et. sa cour. .

Il semble que depuis Constantin les emj)e- ^***\|;J****' reurs ne se crussent grands que par la multitude des valets qui remplissaient le palais» Or parce que, sous les princes faibles, les valets ont toujours du crédit, on reçhei'cha l'honneur de l'être, ^u point qu'on l'acheta; et il arriva qu'an heu d'en régler le nonlbre sur les besoins du service, on en reçut autant quUl s'en ^ésenta avec de l'argent ou avec de la protection. Il jr avait dans la maison, de Constance -mille officiers de cuisine, autunt de barbiers, beaucoup plus d'échansons, et les eunuques étaient en si gsand nombre qu'on ue les comptait pas.

Ces Ames intéressées n'avaient donné que poui* »^ ^^'^^^

Saa fitôToiRE

reprendre avec usure. Cuvent le concours leiff avait &it acheter cher un emploi qui -rapportait peu; pour M dédommager^ ils*. prirent loi*squ'ik euiiMt occasion de prendre; et, dès qu'ils eurent pris une fois, ils se crurent autorisés à reprendre toutes les fois que les mêmes, occasions se présentaient. Ils se firent donc un d^oit de chaque irbus qu'on toléra: Enhardis par des protecteurs qui ne leur nrianquaâent^ jamais, ils eurent continuellement de nouvelles prétentions; et ils les firent si bien valoir, que les plus gros gages n'étaient rien , comparés à ce qu'ils aj^laient les profils -de leur place. Un barbier, par exemple, avait f/ar jour vingt rations de pain, de quoi nourrir vingt chevaux, une grosse pension et des gratifications fréquentes. On a jugé, qu'il en coûtait plus pour les domestiques du palais, que pour la subsistunoedes armées; et ce n'est pastme exagération.

Les grands ÎLcs mémcs abus régnaient parmi ceux qui oc-

avaient la même o m. ^ ^

avidité. cupaient les grandes charges : ils avaient -aussi leurs profits. Ces<vslets, qu'on prenait ^our les grands seigneurs de l'état; ne permettaient à leurs inftrie^irs tle se faire des droits que parce qu'ils voulaient s'en faire eux-mêmes; et ils s'en feisaient d'énormes. On n'imagine donc pas ce que coûtait la maison du prince.

Leseonaques Quand Ic souvcraincst vain^ fcdble , ignorant,

soucènstanc'e, Icsdemiers de ses valets sont cevçs. qui lui plaisent

ANOIENITE. 323

davantage; parce qu'il n'est jamais plus à sop aise ^/^'•''•w*" qu'avec eux. Aussi les eunuques, qui jusqu'alors avaient été la partie la plus Vile da la maison des CBûipereurs, coinmencèrent, sous Constance, à^s'élever aux premiers emplois. Un d'eux nommé Eusèbje, arien, faui^ avare ,,Gruçl, ^ait so]> grand chambellan,, et gouvçmait l'empire. Je remar^ querai enqore que- les femmes- avajient ^eamvottp de cap^it ûatp& sa cour, et:.qu'elles prenaient toujours" quelque part au gouvernement.

Des millierssde valets désœuvrés, des fevx>ris saift Lintrigue fai-

tftit tout.

v^tQs, des ministres sai;i« talens , des femmes qai affichaient la coquetterie, l'esprit ou la dévotion, voilà donc ce qui entourait l'emperecM*. L'argeat était l'unique mobile de ces ^'nes qui ne s'occu* paient qu'à tramer- des intrigues. Tout, ^e ' vendait, les plus grandes^ charges et les plus b^ ^fnplois; on s^onrichissait à forcî^ de bassesses, (mi se niinait à force de dissip£|^tioris. Qn s'élevait rapidement, on tombait ^lus rapidement encQre; et l'état était gouverné par l^ti^me esprit qui faisait et défaisait ks fortunes des particHlieï^ : les entreposes du gouvernement n'étaient souvenJ: qçe l'effet d'une intrigue de coui*; . • .

Constance, au milieu de cettetfoule qui te pous- otavué rîdi-

' ^ * » cule de Con»-

M^t en «ens contraires, ne jouait le soaverain ""''*• (ju'en ^feotant une gravité .ridicule. En pi|^lip, umnobile comme une statue^ il n'osait ni tour^ ner la tête, ni faille un geste, ni se mouchei:^ ni

cracher. C'est ainsi qu'il croyait conserver toute sa dignité.

Telle était k cour de Gonstantinople ; il y en ayait une autre en Orient, où Gallus, neveu de Constantin le Grand, avait été envoyé lors de la guerrû de Ma^ence. *

G.ii«. tjMi- Ce prince, à qui Constance avait donné le titre "*"*• de CésAr ^t une de ses soeurs, cette même Cons-

tantine dont nous avQi»parlé , se regardait comme rhSritier de l'empire, et gouvernait en maître absiblu. On voyait daûs sa cour les mêmes abus que dans celle de son beau-&ère. La flatterie surtout s'y montrait, s'il est possible, avec plus d'impudence encore. Comme il forçait les sophistes à foire son panégyrique , et à le prononcer devant lui, la manie d« le louer devint si contagieuse , que quoiqu'il fut ^rien , le^ écrivains catholiques lui prodiguaient des éloges. Il est vrai qu^il paraissait avoir quelque zèle pour le christianisme; mais il . était gouverné par Aëtius, son théologien, homme sans principes et saps moeurs, qui, après avoir ùà% toutes- sortes de métiers^ s'était arrêté à celui d*hypocrite, comme le" plus lucratif dans son siècle, et iqut était en horreur aux ariens, quoiqu'il professât l'arianiame.

Constantine, haute et;imhitieuse, entretenait la qpnfiance de son mari , lui donnait des conseils periiicieiqt, et l'enhardissait au crime. Ce n'était pa& assez pour Gallus de répandre des délateurs

dans les provinces cpi'il gouvernait ; il se déguisait pour déboùvrir lui-même deux qui parlaient mal de lui. Je ne parlerai pa^ denses- cruautés : je me lasse d'entrer dans de pareils détails; et je vous cacherais volontiers les vices des mauvais princes, si c'était assez de vous les cacher pour vous en garantir.

Gallus, ainsi que Julien, ayait d'abord -été la Éaacationdc victime desr défiances de Constance , q^i les avait *'•"• fiait conduire l'un ef l'atftre au château de Macelle , près de Cé^arée en Cappadece. Là ces deux princes, toujours observés comme des prisonniers, et privés de tout commerce ayec les personnes*qui pouvaient leur être attachées , furent d'ailleurs entretenus avec magnificence. On les éfevait daûsla^religîon chrétiei!me*,-ou, pcJur p2û:ler avec plus de précision, dafhs l'arianisme. On les ordonna mêjncï lecteurs, et ils en firent les fpnc- ' tions : nmis lés exercices pieux auxquels an les forçait ne leur donnaient» que. du dégoût pouj* la vraie piété. Cefte contrainte irritait surtout Gallus, qui ^^it dans' un âge où les fassions font désirer, la liberté. Il ne squpirait danc qu'après" le moment qu'il nfi sentirait plus le poids des chaînes ; et, quand il eut été fait César, il ne connût plus deirein. * '

II. gouvernait l'Orient depuis près de quatre MondeGaians, lorsque l'empereur, qui' prit de l'ombragé, 354. lui ôta, sous différens prétextes, une partie des

3ll6 HISTOIRE

troupes, et l'invita, par des lettres d'amitié, à venir à Milan , afin de traiter ensemble des affaires de l'empire, Gkllnç hésita. Cependant, soit qn'il osât se flatter, soit qu'il Jie lui fut pas possible de désobéir, il partit d'Antioche : ce fut sa perte. Constance le fit mourir dans une ville de Dalmatie, jon il l'avait fait conduire.

siiftui, £bfc< Silvain, fils d'un Franc qui avait servi sous

k te touleTer, ' *

jfs11'â*ijMidîr Constantin, commandait alors dans les Gaules. Ce général, qui avait doiiné des preuves de capacité et de fidélité, excita la jalousie des courtisans , qui l'accusèrent de penser à l'empire. Forcé d'y penser en effet , ou d'être condamné sansavoir été «entendu , il se fit proclamer.

Ursicin, qui avait commandé la cavalerie en Orient, et qui, sous de fausses accuçatiom, venait d'être rappelé avec Gallus, était %' Milan^ où les coiA*tisans , qui lui faisaient un O'ime de sa répatation, tentaient de lé perdre; il eûtété «ans doute immolé à leur jalbusie, si la révolté de Silvafa ne ^ l'eût pas rendu nécessaire, il fiif donc envoyé xlans les Gaules. Ce^«ndantil ne liéussit qte par une trahison. 11 fit assassiner^ Silvain.

Leiq«ui«so«. Constance, à qui les moindres talens faisaient

Tertes aux Bar- * .

*»•«»• .ombrage , retira les troupes qu'il avait dans les

Gaules; et ne laissa à Ursicin que le titre dégénérai. Les Francs néanmoins, les Allemands çtks Saxons avaient ruiné quarsoite-qinq villes le long du Rhin. Maîtres d'une grande étendue de pays?

ANCIENNX. 3^7

ils portaient €fncore le ravage au delà. Pliisieurs villes de l'intérieur étaient abandonnées, et il y en avait d'autres dont les habitans n'osaient sem<er que dans l'enceinte desmixrs. £usébie, femme de l'empereur, saisit cette occasion pour lui persuader d'envoyer dans les Gaules Julien avec le titre de César.

Agé de vingt-quatre ans, Julien ne paraissait j^„„,^/""'^"" pas devoir être suspect. Jusqu'alors il n'avait eu dêroîdeV""* que la passion des lettres, recherchant les sophistes^de réputation? et allapt k toutes les écoles qui avaient de la célébrité. Appelé à la cour, il y parut avec la barjbe et le manteau de philosophe. 0|i en plaisanta, et on plaisanta encore davantage quand on le vit avec tout l'attirail de *

sa nouvelle dignité; son embarras fit juger aux courtisans qu'il serait , àia tâte d'une ^mée , plus ridicule. que redoutable. Ils se trompèrent. Il est vrai que Julien- n'avait jamais vu la guerre , mais il en ayait fait une étude ; et les courtisans ne Tétudient pa& ni^me lorsqu'ils la voient. Il lui était néamnoins difficile de réussir, parce qu'il ne pouvait qu'étte traversé par ceux dont on l'avait entoura : ^'étaient des espions gui devaient l'observer, et des capitaines qui devaient moins lui <d>éir que le conduire lui-même. Çn un mot, on voulait que .les/ troupes nô vissent en lui qu'un fantôme , choisi seulement pour représenter l'em- • pereur.

Il en\r«tieiit Cofistance , qui se piquail; d'être théologien.

les difpatet â* ... . P

reiifitoa. lisait OU fciguait de lire tout ce qu'on écrivait sur lareligion. C'était un malheur pour Tétat comme pour l'Église; car, par la confiance avec laquelle il jugeait de ce qu'il n'entendait pas, il ne produisait que des scandales et des troubles. Sa cour suivait son exemple; le mot consubstantiel était le sujet de toutes les conversations : les eunuques, les femmes, les gardes, les valets, tout le monde enfin dissertait sur le dogme. Les ariens entretenaient cette manie par des brigues qui tendaient à ruiner les catholiques. Mais, à force de disputer, ils ne s'entendirent plus eux-mêmes : ils se divisèrent, et formèrent plusieurs sectes.

Les conciles leur devenant aussi nécessaires pour se concilier que pour porter de nouveaux coups aux catholiques. Constance leur en accorda ^ autant qu'ils iei^ demandèrent. Il en fit tenir un

si grand nombre , qu'il ruina le» voitures publiques. Dans ces voyages, les ëvêques étaient défrayés^ et les voitures qu'on avait établies pour le service de l'état n^y pouvaient plus suffire. Il fait «n for. Ccpcndant l'jirianisme, cpii avatt infecté tout l'Orient, commençait à peine à se répandre dans les provinces occidentale^ lorsque l'empereur fit tenir à Milan un nouveau concil^^ la même année que Julien partit pour les Gaulas. Il y vint. Il déclara qu'il voulait rétablir la paix de l'Eglise : il assura que Dieu lui en avait révélé les moyens:

mulaire 353,

il rappela les succès dont le Ciel l'avait comblé ; et , les regardant comme un gage sûr de ses lumières et de sa foi, il proposa lui-même un formulaire rempli des erreurs de Tarianisme. Les évéques catholiques, qui étaient en plus grand nombre dans ce concile, l'ayant rejeté, ils les menaça de l'exil, et l'effet suivit les menaces.

La persécution fat générale. Les ariens em- « p«r.^c«i»

* ^ poar le taire re-

ployèrent les intrigues, les calomnies, les séduc- îJoHÎiiîr ""

tiens, la violence; et l'empereur ordonna aux magistrats dé toutes les provinces de bannir tous les évéques qui refuseraient designer son fermulaire. Les ariens, qu'on établissait dans les sièges vacans, faisaient naître de nouveaux désordres : car lorsque les peuples qui n'en voulaient pas se soulevaient, ce qui arrivait spuvent, il fallait égorger une partie des brebis pour donner des pasteurs à l'autre. * .

On employait auprès des catholiques exilés, les caresses, les protaesses ; et, lorsqu'on ne pouvait pas les séduire, on leur faisait souffrir les plus cruels traitemens. Plusieurs succombèrent; l'Église gémit surtout de là chute d'Osius , évêque de Cordoue, et de celle du pape Libère. Tous deux jusc|Li'alors avaient soutenu la foi avec beaucoup -de- couragç : le premier, âgé. de cent ans, avait été L'âme de plusieurs conciles.

I^es violences don% on usait, dit M. de Tîllemont, pouvaient faire des hypocrites qui, par la-

33o HISTOIRE

cheté, déguisaient leurs sentimens pour plaire aux puissances du siècle : mais elles étaient aussi peu capables de convaincre les esprits que de gagner les cœurs. Car on ne persuade point quand on fait retentir partout les menaces du prince ; et on ne laisse point lieu à la raison, lorsque le refus est suivi du bannissement et de la mort. Telles ont été les maximes des chrétiens tant qu'ils, ont été persécutés ; et il serait bien à souhaiter qu'ils ne les eussent jamais oubliées, lorsqu'ils ont: été dans le cas de pouvoir persécuter eux-mêmes '.

Comme la vraie religion n'a pas d'autres armes que la persuasion , elle ne doit pas avoir d'autres boucliers que la douceur et la patience. Souffrir et prier pour ses persécuteurs, voilà l'esprit de Tévangile. Ce fat aussi, en général, la conduite des catholiques. Mais quelques-uns oublièrent ce qu'ils se devaient à eux-mêmeô et à l'Église. Ils se permirent les invçcttves les plus fortes dans une cause qui pouvait se défendre par la raison seule;

' Dieu , disait ^int Hilaire à Foccasion des persécutions de Constance , nous a enseigné à le connaître. Il ne nous y a pas contraints. Il a donné de Tautorit^ ses préceptes, en nous faisant admirer ses opérations divines^, Il ne vent point d'un consentement >foTCé. Si Ton employait la violence pour établir la vraie foi, les évêques s'élèveraient contre cet abus, et ils V écrieraient : Dieu est le dieu de tous les hommes;, il n'a pas besoin d'ime obéissance sans liberté; il ne reçoit pas une profession que le cœur désavoue; il «lie s'agit pas de le tromper, niaU de le servir.-

ANCIENÏ^E. 33 1

et ils parurent autoriser les violences du tyran qu'ils irritaient.

Les catholiques ont néanmoins donné quelque- c«p*pd«ni us m

* ■■■ * catholiques lui

fois des louazxges à Constajice; c'est qu'il a accordé ?;* J""»"^ ^" de nouvelles exemptions au clergé, et qu'il a sévi contre l'idolâtrie. Il fit fermer des temples , il en fit abattre plusieurs, il condamna au dernier supplice ceux qui sacrifieraient aux^ idoles. Cepen* dant la crainte de causer des soulèvemctis fut cause qu'on n'exécuta pas toujours ses ordres. Il y avait des villes où l'on professait publiquement Tidolâtrie : l'empereur en était témoin luimême dans Antioefae, où il faisait souvent son séjour ; et il ne cessa pas d'élever aux emplois des païens déclarés. Si un prince chrétien rie A>it pas employer contre l'idolâtrie lès mêmes armes que les idolâtres avaient employées contre l'Église, il doit encore» moins, en contradiction avec luimaxie, condamner à mort les païens, et les tolérer tout à la fois. Avant de publier des lois, il Ésiut être sûr de pouvoir les faire observer. , Cette conduite , peu conséquente , rendait l'em- ui anew u

* * raipHsaicnt , et

pereursi ràéprisable aux yetix des ariens mêmes, Ô^JveruîîSîu"* qu'ils osaient souvent li^i résister en face. Il pro^ posait un jour des rè^emens eccléisiastiques , et quelques évêqites applaudissaient déjà, lorsque Léonce , évêque de Tripoli en Lydie, Hnterrompit tout à coup. Je m* ék)nne y lui dit-il, que^ chargé des affaires de Vétat^ vous vous mêliez encore de

faire des règlemens sur des objets qui sont uniquement de notre compétence.

♦ tBtoiciiced'iin Une autrefois que les évêques d'un concHe s'empressaient de faire la cour à l'impératrice Eusébie, ce même Léonce fut le seul qui s'en dispensa. Eusébie lui en fit faire des reproches, l'invita à la venir voir, offrit de le combler de présens, et promit de lui bâtir une basilique. Dites à r impératrice^ répondit-il, qu'en exécutant ce qii' elle promet^ elle ne ferait rien pour moi : ses bienfaits tourne- • raient à l'avantage de son âme. Si elle veut une visite de ma part, qu'elle la reçoii^e avec les égards dus aux évéquès. Quand j'entrerai, quelle se lève aussitôt^ qu'elle vienne au-devant de moi, quelle s'incline profondément pour recevoir ma bénédiction; et, lorsque je me serai assis, elle se tiendra debout dans une contenance modeste, jusqu'à ce que je lui aie fait signe de s'asseoir.' A ces conditions je rirai voir: autrement, elle n'^est ni assez puissante, ni assez riche pour me faire trahir la majesté du caractère épiscopal.

Eiieestapwou- L'impératrice porta ses plaintes à Constance , une*. q^j^ jjjçjj IqJjj d'oser blâmer Léonce, donna le

nom de liberté apostolique à l'orgueil de cet évéque. Les ariens ne lui avaient pas appris que le véritable e^rit apostolique est éloigné de la vanité comme de là flatterie. Aussi étaient-ils avec lui insolens, et flatteurs tout à la fois.. On voit par le langage de ces hérétiques j qu'on pensait déji

qu'enrichir les églises, c'est travailler pour le salut de son âme : opinion qui se répand avec l'ignorance , et qut fera de nouveaux progrès.

Toujours Miu au gré des eunuques, des femmes ehâogeaif co»! et des évêques de sa cour. Constance changeait l'jjj;"^"*"***' d'opinion , suivant que les différens partis ariens prévalaient tour à tour par leurs intrigues. Il persécutait la secte qu'il avait favorisée , et bientôt après il la favorisait pour persécuter celle qu'il avait £siit triompher. Les sectes s'excommuniaient réciproquement; aucune ne cherchait la vérité; toutes briguaient la faveur : elles ne tendaient qu'à se détruire.

Ces divisions détermiinèrent l'empereur à con- ^ Grand tnîm-

*■ blement de ter-

voquer un concile général. Nicomédie avait été "* choisie, lorsque cette ville fut détruite par un 35«. tremblement de terre qui s'étendit dam l'Asie, dans le Pont, dans la Macédoine, et qui ébranla cent cinquante villes et plusieurs oiontagnes. Les fléaux de cetteespçce furent fréquenssousce règnes

Alors les ariens, qui n'ignoraient^ pas que, si ^^^^^^^^^j" toute l'Église se réunissait ils ne feraient pas le ^^'"'' p\9& grand nombre , proposèrent de tenir, deux ^ conciles, l'un en Orient, f autre en Occident, persuadés qu^il leur serait facile de prévaloir dans l'un des defix. On choisit Rimipi et Séleucie, capitale de l'Isaurie. Les ordreside l'eippereur étaient qu'api^ les séances les conciles lai enverraient ebacua dix députés pour lui rendre compte des

décrets; et, en attendant leurs décisions, il fit luimême un formulaire avec huit évêques qu'il avait assemblés à Sirmick. ^

t,, .v,,«»s Le concile de Rimini, composé de quatre cents

^.«.ii^tiw. évequesydont quatre- vingts seulement étaient ariens, confirma la foi de Nicée, et fit partir ses députés, dix jeunes évêques sans expérience, qui, intimidés ou séduits, signèrent le contraire des décisions qu'ils avaient apportées: Ce qui est plus surprenant encore, c'est^que le condle qui les dé* sapprouva succomba lui-même bientôt après. Soit faiblesse, soit surprise, tous les pères sans exception signèrent une profession de foi qui cachait l'arianisme sous des expressions équivoques. Le monde chréiien ydit à cette occasion saint Jérôme, fut étonné de ye voir arien.

Les évéques catholiques étaient simples et peu exercés aiuc subtilités. Il n'en était pas de même des £unen&, qui avaient fréquenté les écoles trop ^l^resde l'Orient. Les artifices de c«ix-ci trompèreitt tes plus :^és pour la foi, tandis, que les Autres, intimidés par lea menaces de Constance, se ci*urent heureux -d'avoir trouvé un moyeiWe conctliation.

Il, reviennent Les aricus triomofaerent : mais leur triomphe

ëe la surprise * *

qu'on leur a fai. Quvrit Ics jcux aux cathoUqucs. Ils reconnurent leur faute, ils la désavouèrent; et l'erreur se dissipa d'autant plus rapidement, qu'elle n'a^riôt pas été volontaire.

AKCIEKNE. 335

Quant aux évéques de Séleucie, ils ne purent J^;„*',i;^J"r! ^ s'accorder. Les ariens -et les demi-ariens se sépa- **"" rèrent, firent deux professions différentes, et s'anathématisèrent mutuellement. Pour les rapprocher malgré eux, Constance fit signer la formule arienne de Rimini aux députés des deux partis, et il envoya des ordres dans toutes les pro vinces poiur forcer les évéques à la recevoir. Ce fat'le sujet d'une nouvelle persécution. Telles étaient les occupations de ce prince, pendant que Saper menaçait l'empire, et que Julien le défendait contre les Barbares.

Le jeune César, par les victoires et par la sa- ^suc^sdeJngesse de son gouvernement , avait rétabli la sûreté et l'abondance dans les Gaules. Les ennemis, eu ftiite au delà du Rhin , n'étaient plu* pour lui qu'une occasion d'élever de nouveaux trophées ; chaque campagne avait ajouté .k sa réputation. Enfin respecté des soldats, chéri des peuples, il était devenu, pour achever son éloge, l'Ajet de la jalousie de Constance et des railleries des cour* tisans. Ils l'appelaient f^ictorin^ froide allusion à un tyran qui , du temps de Gallien , avait usutpé dans les Gaule» le titre d'Auguste. L'empereur, par une contradiction bien digne de lui, applaudissait au mépris cpie sa cour affectait pour Julien , et s'appropriait en même temps tous les succès de ce général. Il ne le nommait seulement pan lorsqu'il en publiait les victoires; mais il se re-

présentait lui-même rangeant les troupes, cornbattant aux premiers rangs, donnant tous les ordres , renversant les ennemis/ Il parlait , en un mot , comme s'il eût été à la tête de l'armée , et que Julien eût présidé à un concile.

iiestprocun* Les préparatife qu'il Élisait contre les Perses furent un prétexte qu'il saisit pour enlever à Julien l'élite des troupes. Il ne daigna pas seulement adresser ses ordres à ce général : il në"lui écrivit que pour lui dire qu'il eût à ne pas s'opposer à ses volontés. Julien ne s'y opposa pas : ce furent les soldats qui refusèrent d'obéir; et, malgré toutes ses résistances, ils le proclamèrent Auguste à Paris.

ccAstaoe* Il passa les Alpes après avoir repoussé les Al-

menrt, et Julien .,,. , , i#-,i

est reconnu. Icmauds qui S etaicnt jetés sur les Gaules, a la sollicitation de l'empereur. L'Italie, l'Illyrie, la Macédoine , la Grèce , se déclarèrent aussitôt pour lui, et il n'eut pas besoin de combattre, Constance, qui était parti d'Antioche, étant mort sur ces entrefaites en Cilicie, dans sa quarante-cinquième année. Reconnu dans tout l'empire, Julien continua sa marche, et fut reçu à Constantiuople au milieu des acclamations.

u vit m^riif La vie de Julien mérite d'être étudiée , Monseigïieur. Elle vous apprendra combien il est dangerenîi. pour les princes de se prévenir et de s'aveugler; et vous verrez qu'ils font alors d'autant plus de maux, qu'ils veulent davantage le bien,

▲srci£irN£. 337

et qu'ils ont plus de taleos pour le produire. Je ne ferai pas néanmoins l'histoire de ce règne. La vie de Julien écrite par M. Tabbé de la Bletterie m'en dispense , et je vous la ferai lire.

Je remarquerai seulement que son éducation c»"«« <*• »«

^ * errenrs.

fat la principale cau^e de ses erreurs. Séduit par des sophistes^ il se prévint contre l'Église, parce qu'il jugea de tous les chrétiens par la secte des ariens, dans laquelle il avait été él,evé. Il vit les travers de Constance, il vit les ipaux que les hérésies avaient produits; et, confondant le mensonge et la vérité, il ne pensa plus. qu'à d^uire la religion chrétienne. Il se rendit odieux aux catholiques, il mérita surtout d'être plaint.

Pendant un an «t huit mois que dura son règne , sa mort. il s'ocx^pa des moyens d'abolir le christianisme. 363. II employa à cet effet la politique, et il fit plus de mal à l'Église que s'il l'eût persécutée ouvertement. La guerre qu'il fit aux Perses mit fin à ce projet. Il fut blessé dans un combat qu'il livra au delà du Tigre; et il mourut âgé de trente-deux ans. En lui finit la maison de Constance Chlore, si florissante sous Constantin. •

Jovien, qui lui succéda, fit une paix honteuse, coun règne 4« repassa le Tigre, et perdit dans sa retraite une partie de ses troupes. Quoique jeune encore et qu'il eût des défauts, il avait des vertus que l'âge aurait pu mûrir : mais il n'a régné que sept à huit mois. Arrivé à Antioche, il donna de§ preuves de

règne dt

CoMUlBC*.

338 insToiRK

sagesse par la conduite qu'il tint pour r^abtir la ^* paix dans TÉglise. Il mourut en Galatie lorsqu'il

allait à Constantinople. M. Tabbé de la Bletterie

a encore écrit sa vie.

B«rb»ret Pendant le règne de Constance , les Francs , les

aai onl •tt«<pi4 ni» i #•

dlni'îi'îècES Allemands, les Saxons et les Perses ne furent pas les seuls enneYnisde l'empire : les Romains eurent encore à se défendre contre les Quades, les Sarmates et d'autres peuples du Nord. Les Isaures, qui se retiraient dans les rochers du mont Taurus, firent de grands ravages en Asie ; et les Sarrazins, dont les Romains n'avaient appris le nom <jue du temps de Marc-Aurèle, pillèrent plus d'une fois la Mésopotamie. Tant que ces Barbares ne ferment point d'établissemens , ife ne méritent pas de nous arrêter.

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