CHAPITRE IL
Otbon.
Othon n'était pas encore sorti du camp, lorsque i^ .»*»•» •• l«
•■• . peuple sliniDi-
les sénateurs, les chevaliers et le peuple accouru- îh^n.***''*"* ^' renl avec les démonstrations d'une joie d'autqpt plus vive qu'elle était peu sincère. Ils insultaient à k mémoire de Galb^ ; ils rendaient gr&c* aux gardes prétoriennes, et ils s'humiliaient à Tenvi devant l'aissassin , dont , uii moment auparavant , ils avaient demandé la mort. Othon parut ignorer les outrages qu'on lui ava^àfaits, et depuis il n'en témoi^a auctln ressentiment.
Maître du sénat et du peuple, il ne l'était p'as u.«»waud»*.
* '^ ' ^ ^ posent de font.
également des troupes. Poiu* sauver Marins Celsus , consul désigné , que sa j&délité pour Galba leur rendait odieux , il fut contraint de le foire charger de chaînes, feignant de le réserver à de phis grands supplices. Tout fiit énstfite à la disposition des Soldats. Ils donnèrent la préfecture de Rome à Flavius Sabinus, frère de Vespasien.; et ils choisirent pour préfets du prétoire Motius Firmus et Licinius Procultis.
. Le souvenir des anciens dérèglemens d'Othon cansiemaho»
i. . . 1 1 .1, . , , * ^*» Romain», "
faisait trembler pour lavenir, lorsquune guerre q»»'" »o'«"*
I U HISTOIRK
îi?rîîdvuer ci^il^j fpî se préparait, répandit une consternar tion générale.
Quelques jours avant le meurtre de Galba, les légions de Germanie, dont nous avons vu le mécontentement, avideut donné Fempireii Vitellius, et elles marchaient déjà sous les ordres de deux lieutenans qui les avaient soulevées. Fabius Valens^-avec quarante mille hommes, avait pris sa route par les Gaules et par le mont Cenis : Aliénus Cécina, avec trente mille, s'avançait par les passages qu'on nomme aujourd'hui le grand Sainl^Bernard.
On se rappelait les anciennes guerres civiles, les proscriptions, les provinces dévastées, les plus belles contrées de l'Italie doittiées en ré-
enfin, disait -on, a subsista, sous lAriugustie ; et aujourd'hui il semble que ce soit pour sa ruine qu'Othon et Vitellius prennent les armes. Pour lequel foripera-t-on des vœjix? On sait seulement que le vainqueur, quel qu'il soit, est celui des deux qu'on doit redouter davantage. Quelques-tms tournaient les yeux du côté de l'Orie^it, et présageaient une autre guerre, qu'on ne craignait pas moins, parce que la réputation de Vespafi^en était encore équivoque.
ouion montre Othou ccpeudant, contre l'attente de tout le nMurent pu. moudc, sc dounait uniquement aux soms ou gouvernement; mais il ne rassivait pas. Ses vertus,,
compense aux soldaU. Mais eni l'empire à sùbsité »us César ^ il
AKCIENKï:. ï3
dont les circonstances lui Élisaient ime nécessité , faisaient craindre le retour de ses vices.
Vitellius n'était pas seulement capable de ces viteiiiwn»..
^ -T montre point.
vertus forcées et passagères. Abrutie dans la crapule, son« âme, comme son corps, était, pour ainsi dire, sans action, et il fallait que les soldats prissent sur eux les fonctions du général.
Comme le peu de confiance qu'on avait aux LeiRoiMii»
'*■ ■■■ n'osent se «-
talens militaires de l'un et de l'autre, ne permet- îl'eîTt' îr^îlîîr tsût pas de prévoir de quel côté se|*ait la victoire , vïûiw ."* ^' on n'osait prendre ouvertement un parti : on ait- ^ nit craint de s'être déclaré contre le vainqueur. Dans le sénat v où c'était ime nécessité d'ouvrir nn ayis, et où il n'était gas possible de ménager àlafqis Othon et Vitellius, chacun eût voulu parler, et personne n'eût voulu être entendu : ce n'était que dans les momens de tumulte que les isénateurs montraient quelque assurance.' Sur ces entrefaites, une sédition, qui s'éleva s^uion q«i
' * «épand l'aUrme
tout à coup, répandît de vives alarmes dans la ^«"«ï^»»»*» ville. Varius Crispinus, chargé de faire porter des armes à tuie cohorte qu'Ôthon faisait venir d'Ostie , crut devoir choisir la nuit pour exécuter cet ordre avec plus de tranquillité. Cette précaution même oécasiona la sédition; un transport d'armes, à pareille heure, parut suspect à des soldats ivres. Us jugest qu'Othon est trahi par le sénat ; ils se saisissent des armes; ils tuent les tribuns et les centurions qui les veulent contenir; ils demandent
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que les séiiateiirs leur soient livrés*, et ils mar* chent au palais.
Ce jour même, Othon avait 4 souper chez lui les citoyens les plus distingués. Effrayés* au bruU: que font les soldats , les soupçons qui s'offrent tout à coup à leur esprit redoublent leur effroi. Ils ne savent s'ils doivent s'enfuir, et ils observent 1% contenance d'Othon^ qui craint lui-même, et qui se hâte de les congédier. Us se sauvent à la fsiveur des ténèbres. Cependant les soldats forcent les portes, pénètrent jusqa'à l'empereur, se laissent à peine fléchir, et se reftirent à regret. DiKoursd'o- Le lendemain Othon se rendit' au camp, "trop
fhon aux sédi— * . , , ,
tieux. de sévérité pouvait aliéner les soldats , trop d'in-
dulgence* pouvait les enhardir à tqjut oser ; la conjoncture étilt délicate. Le discours que Tacite fait tenir à l'empereui* la peint trop bien pour le passer sous silence.
Je ne viens point , dit Othon , animer votre zèle et votre eourage ; vous avez assez prouvé l'un et l'autre ; je viens, au contraire , vous demander d'y mettre^ des bornes. Ce- sont ces sentimens qui, peur n'être pas réglés, produisent parmi vous ces désordres qui sont, da^s les autres am^ées^ l'effet de la haine , de la cupidité , de la désobéissance ou de la crainte ; car les meilleurs motifs ont des suites funestes, lorsque Ifi prudence ne dirige pas nos démarches. Nous allons commencer la guerre. Faudra-t-il donc délibérer toujours en public , et
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ne rien entreprendre que chacun n'^t donné son avis ? Foccasion qui passe rapidement le permetr elle ? n'e$tH:e pas une nécessité de tmiter bien des dioses dans le secret? et y aura-t-il quelque subordination dans une arnlée , si tous sont en droit de demander compte des ordb*es qu'on Jeur donne? Un ou deux séditieux tremperont les mains dans le ^ng de leurs officiers , et ils porteront le tu* muTO jusque dans la tente de leur général. Je di^ un ou deux, car je ne crois pas que la dernière sédition ait eu un plus grand nombre de chefs. Cest en ma faveur, à la vérité , qu'elle a été excitée ; mais , dans les ténèbres et dans le tumulte, ne pouvait-elle pas tourner contre moi*méme ? Que pourrait nous souhaiter Yitellius , sinon que l'esprit de discorde soulevât le soldat contre le c^iturion , et le centurion contre le tribun ? C'est l'obéissance des troupes qui assure le succès d'une guerre ; et Varmée la plus soumise est la plus redoQita^e. Laides-moi le soin de vous conduire ; ne soyez jaloux que de montrer votre courage. Peu sont coupables : deux porteront la peine du crime ; que les autres oublient les désordres honteux de la nuit dernière ; qu'aucune armée n'apprenne qu( vous tenez contre le sénat, l'âme, r<»*nement de l'empire, des discours mentçans, que les ^Qermains, armés pour Vitellius, n'oseraient tenir eux-i^émes. Faut-il que des Romains aient demandé la ruine d'un ordre dont la gloire
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nous donne tout l'avantage sur cette horde que Vitellius a formée d'un ramas de nations ? Car enfin , le sénut étant pour npus, la république est où nous sommes , et nos ennemis sont les siens ; de son salut dépendent l'éternité de l'empire, la paix de l'univers , votre conservation et la mienne. Conservons-le à nos de^endans avec tout l'éclat qu'il a reçu de nos ancêtres , et songez qu'onxboi- §it les sénateurs parmi vous, comme on choisit les princes parmi les sénateurs.
Cette •«itîon Je mc suis arrêté, Monseieneur, sur cette sé-
f«il voir VitH ' O '
c?piiïi*«iîiiuî: dition, afin de vous faire connaître l'état où était ^^lors la discipline miUtaire. Vous voyez que leà généraux n'avaient plus d'aikorité , et que les soldats, s^ns subordination, s'armaient contre la fortune et la vie des citoyens. Voilà* principalement ce qui caractérise la guerre qui va commencer.
si'^SSinnt Otbon apprit que les légions de Dalmatie, de p^î vuema?. Pannopie et de Mœsie lui avaient j^rêté seiment ;
^uivallt qu'elle» i • • ^ -i ht^
c^jfwnt *'"° ^^ ' P^^- "^ jours après, il sut que 1 Espagne, l'Aquitaine et la Gaule narbonnaise s'étaient déclarées pour son ennemi. Ce n'est pas que ces provinces fussent plus attachées à l'un ou'à l'autre; mais elles craignaient davantage celui qui les menaçait de plus près. L'Afrique et l'Orient paraissaient recoiinaître Othon,soit par respect pour lejsénat, spit parce qu'on y avait appris sa proclamation avec celle de Vitellius.
AsroiEirirE. fj
Cependant Cécina et Valens avancement, laîs- Modération
■ d'Othon aTênt
sant sur toute leur route des traces de leur ;f"„e1^*'* /*' avarice et ^e la licence des soldats. Othon , qui avait £ait ses préparati& , harangua le peuple avant de partir. Il établit ses droits sur le consentement des deux ordres ; il parla avfec circonspection des légions qui s'étaient déclarées contre lui, ne les accusant que d'erreur; et il ne fit aucune mention de Vitellius, soit modération de sa part, soit politique de la part de Galerius, qui avait £siit \a harangue^ Il laissa Salvius Titianus, son frère, pourgouverner Rome avec Flavius Sabinus; et il emmena les principaux citoyens, moins pour en tirer des secours que parce qu'il craignait de les laisser : de ce nombre était L. yitelUus , qu'il ne traita ni comme son ennemi, ni comme frère d'un empereiu*.
Sa flotte fit voile vers la Gaule narbonnaise, iipartài.têt* et u partit à la tête de son armée de terre, mar- ««"•• dkaûoX à pied, couvert d'une cuirasse^ et aussi peu recherché qu'im simple soldat. Il avait sous lui, pour lieutenans, Suétonius Paullinus, Marins Celsus et Annius Gallus, trois capitaines estimés : mais Licinius Procu^us, préfet du prétoire, avait toute sa confiance, et c'est celui qui la méritait le moins.
Si la flotte eut d'abord quelques avantages, ce iiuv. point
. - de sabordina-
fat $ans fruit, parce que les généraux ne conser- jjj» ^^»» w* vèrent aucune autorité. Les sodats en mirent un
dans les fers, et ils pillèrent les provinces métne^ qui s'étaient déclarées pour Othon.
Quoique l'armée de terre n'offrît pas absolu-* ment les mêmes désordres, il n'y avait cependant ni discipline, ni subordination : les soldats se portaient pour juges des généraux, et, à chaque mouvement qu'ils n'approuvaient pas, ils croyaient qu'ils étaient ti*ahis. Les meurtriers de Galba, qui craignaient d'être punis, si tout autre qu'Othon avait l'empire, étaient les premiers à former des soupçons, et à les répandre. Les choses vinrent au point que l'empereur, ne sachant plus à qui donner sa confiance, écrivit à son ftère de venir prendre le commandement des troupes.
Des deux généraux de Vitellius, Cécina avait vîuiiiîr^*^' ïe premier passé les Alpes, et il était maître de tout le pays jusqu'au Pô, Il y avait la même licence dans ses troupes : mais quelques revers pa«^ raissatent avoir râ:abli la subordination quand Valens arriva.
Eii»i de cette Ces dcux géuéraux ayant réuni leurs forces, i{ ne pouvait plus leur venir de secours, ni de Germanie, ni des Gaulés, ni d'Espagne, ni de Bretagne.^ Ils avaient déjà ruiné les provinces qu'ils occupaient. Ils commençaient même à manquer de vivres; et on prévoyait que les Gennains ne résisteraient pas au changement de climat, si La guerre continuait jusque dans les chaleurs de l'été*^
Même licence
Armée,
AJfCIEinfE.
11 impoidtait donc à Gécina et à Vsdens d'^ ve- Fam.» a oùir promptement à une action décisive , et ^hoa ** * par conséqaent devait temporiser : c'est le conseil que lui donnaient Paullinus, Celsus et Gallus. Mais Proculus et Titianus furent d'un avis contraire ; ils persuadèrent même à l'empereur de ne ^ pas se trouver à la bataille qu'on allait livrer. On ne pouvait pas lui faire faire une plus grande £uite : en e£fet les soldats^ qui mettaient en lui toute \eur confiance, s'abandonnèrent à leurs ]^reiniers soupçons. Il n'y eut plus de discipline ; ies^érauK perdirent toute autorité; et Tarmé^ ht défaite à Bédriac , entre Oémone et Mantoué.
Quoique vaincu , Othon n!était pas sans res- s„ .^wm^ sources, il lui restait assez de force pour se flatter uraêrusn^^' encore de pouvoir vaincre. Scfs soldats lui montraient un zèle et une ardeur qui l'invitaient à con* tiniier la guerre. Mais son parti était pris, et il répondit auK instances de ses troupes.
Nous nous sommes éprouvés , la fertune et moi , f^^^^ ,„.{( peu de t^»ps , il est vrai : mais j'aurai usé avec modération d'un bonheur dont je prévoyais le peu de durée. Vitellius a commencé la guerre, je la finirai, et la postérité nous jugera. Qu^il jouisse de son frère, de sa femme, de ses enfans; il ne me faut à moi ni vengeance, ni consolation. D'autres auront conservé l'empire plus longtemps, aucun ne l'aura quitté avec plus de courage. Quoi , je pourrais enlever à la république
une ^^elle armée ! Non : ce serait mettre im trop grancFprix à ma vie. C'est assez que. j'emporte l'idée que vous étiez prêts à vous immoler pour moi. Vivez : souffrez que je ne sois plus un obstacle à votre corser vation, et cessez devons opposer à la résolution que j'ai prise.
Sa mon. Après ce discours, il les invita à ne pas aigrir 69. le vainqueur par un plus long retardement; parlant avec autorité au^ plus jeunes, employant les prières avec les plus âgés, les consolant tous, et ne montrant ni crainte, ni trouble , ni altération. Il brûla les écrits trop flatteurs pour lui, ou trop injurieux pour Vitellius ; il distribua de l'argent avec économie, et non comme un homme qui va cesser de vivre. Enfin , assuré du départ de ses amis, il passa une nuit tranquille : on assure même qu'il dormit , et à la pointe du jour il se perça le cœur.
Ainsi finit Othon, après trois mois de règne. Il était dans sa trente-huitième année. Sa mort l'a rendu célèbre; elle fait voir au moins qu'il aurait été capable de vertus dans im sciècle où il y aurait eu des mœurs. Tacite assure qu'il gouverna la Lusitanie avec intégrité.
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