‹ Œuvres complétes de Condillac (volume 5)Chapitre 41 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Théodose.

AfM^ès avoir été vaincus par Théodose , les Goths ti^**e^ji,îîîl n'avaient plus de retraite, puisque leur ancien "*' pays était occupé par les Huns. Il fallait par conséquent les exterminer, ou leur céder des terres. Il eût été cruel et dangereux de les réduire au désespoir, et d'ailleurs la Thrace avait besoin d'être repeuplée. On leur abandonna donc une partie de cette province, on leur donna les droits de cité, on fes exempta de tout impôt, et on en fit des soldats pour la défense de l'empire.

Les circonstances, qui sont quelquefois plus ii« «"Tem

* *^ * * dans les armées

fortes que toute autre consiciération, paraissaient v^JÎVtitn!"^* demander qu'on prît ce parti. Cependant cette faveiff accordée aux Goths pouvait armer d'autres Barbares dans l'espérance d'obtenir la même grâce, , et il eût été plus prudent de les distribuer dans différentes provinces. VraiseBoblablement ils ne voulurent pas se séparer, parce qu'ils se seraient livrés à la discrétion des Romains , dont la mauvaise foi leur était connue. Ils obtinrent même de ne servir dans les armées que sous des cheÊ de leur nation. Il en naîtra bien des troubles.

On aurait tort néanmoins de faire des reprofthes

35a HISTOIIIE

à Théodose. Quand le désordre est à un certain point, on ne peut pas tout à la fois coriiger le présent et pourvoir à l'avenir. Il paraît que ce prince fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un courage éclairé. L'empire eût succombé sans lui : il en a retardé la chute.

Mâuxdera- Les maux de l'Église, de nature à n'attendre des remèdes que du temps, étaient grands, surtout dans les provinces orientales, où Valens, persécuteur des catholiques , avait été favorable à toutes les sectes et même à l'idolâtrie. Les ariens, maîtres dans la plupart des grandes villes, s'arrogeaient une espèce de domination : d'autres hérétiques, et il y en avait de bien des espèces , briguaient la faveur de la multitude, et semaient la division parmi les peuples. Enfin l'idolâtrie avait encore des temples célèbres.

t. modération TroD dc sévérité Douvait causer des troubles.

de Tbéodose est ^ ^ '

Théodose le jugea , et se conduisit d'abord avec réserve. Mais sa douceur ne fut pas approuvée par tous les catholiques. Les plus ardens se plaignaient qu'il voulût attirer les âmes à la vérité par la persuasion, au lieu de les forcer , par la terreur, à quitter extérieurement l'hérésie; comme si quitter extérieurement l'hérésie , c'était devenir catholique. Ils ne savaient si cette conduite de l'empereur était de sa part défaut de zèle, timidité ou prudence. C'est ainsi qu'en parlait, remaftjue Tillemont, saint Grégoire de Naziance,

blâmëe.

ANClEîTlfE. 353

tjuoiqu'un des plus modérés; et cela n'est pas étonnant, puisque ce saint blâmait Constance d'avoir laissé la vie à Julien.

Il serait difficile de représenter combien la si- sitnationemtuation de Théodose était embarrassante^ Tout «p"»^*^ lui tendait des pièges^ le zèle des catholiques, comme le fanatisme des hérétiques. Si ceux-ci voulaient le tromper , ceux-là s'aveuglaient quelquefois eux-mêmes. Saint Grégoire de Naziance en est une preuve. Il y a eu des temps ^ dit-il aux païens, que nous avons eu V autorité; mais qu^a- \

vons-nous fait à ceux de votre religion qui approche de ce que vous avez fait souffrir aux chrétiens? Vous avons-nous ôté votre liberté? avonsnous exèité contre vous une populace en fureur ? avons-nous étabU des gouverneurs pour ^ous condamner au suppUce? avons-nous attenté à la vie de quelqu *un ? avons-nous même éloigné personr^e dès magistratures? en un mot^ avons-nous fait contre vous aucune des choses que vous nous avez fait soupir ^ ou dont vous nous avpz menacés ? < Je ne conçois pas, dit du Pin, comment saint Grégoire peut accorder toutes ces maximes avec ce qu'il vient de dire , que Constance avait trèsmal fait de laisser l'empire et la vie à Julien. On x ne conçoit pas non plus comment il faisait toutes ces questions avec tant de confiance, lui qui blâmait la modération de Théodose. Avait-il oublié la loi qui condamnait au dernier supplice ceux

354 HISTCWM

qui sacrifierftieot aux idoks ? et ignorait^il ce qm s'était passé sous Constance et sous Constantin? Par ce discours de saint Grégoire, on peut juger du langage que tenaient aux empereurs les catholiques que le zèle aveuglait, uis ao-.i fcit Théodose ne tarda pas à porter des lois contre

l'iqvel les hérétiques, ha. première est de la seconde

année de son règne, l'an 38o. Elle ordonne à tous les peuples de son obéissance de suivre b foi du concile de Nicée, déclarant que ceoxqui n'obéiront pas seront traités comme infâmes^ et subiront les peines qui leur seront iufligéea pir la justice divine et par l'autc^rité impériale.

Une autre loi, portée l'année siûvante,^^fei^ à ceux qyi ne suivent pas la foi du Concile de Nicée , de tenir des assemblées^ dans les viUes, sous quelque prétexte que ce soit. £Ue ordonne que toutes les églises de l'empûre soient remises aux évéques catholiques ^ et qu'on chasse des vilks tous les hérétiques qui feront quelque céststanoe* » Les ariens , qu'on entreprit de chasser , excitèrent des séditions parmi le peuple. Cependant cette même loi fut renouvelée quelques mois apd^ avec deux nouvelles clauses : une défense au^

^ ariens de bâtir des églises, soit dans ks vilks,

soit dans les campagnes, et une cyclai-ation que tous les lieux où ik auraient fait qmelquelbnO' tion seraient acquis aux fi»c. Ënân, par une i» de 388, Théodose défend aux hérétiques ck d^

meurer dans leû villçç y et ordonne die les chasser dans les- déseirt^

L'idolâtrie , relevée par Julien , avait pris sous .j-^ii^j^f*"*** Valens de nouvelles £broes« Théodose tenta de la ' détruire par des loî«. En 38i , il défendit les sacrifices, sous peine de pix)scription , soit dans les temples, soit ailleurs. En 385, il menaça des plus grands supplices ceux qui chercherment Vavenif dans les entrailles des victimes. En Sqq, il publia une loi qui défendait toute immolation , sons peine de mort , et tous les autres actes d'idolâtrie sou* peine de confiscation des lieux où ils auraient été foîts. EûOT il ordonna de fermer, ou même de démolir les temples ; et Ginège, undes préfets du prétoire, fut entre autres chargé de cette commission.

De pareils ordres ne pouvaient pas être exé* DefMt». ^t»

* ^ ^ ^ lois d« Tlié»-

cutés sans quelque résistatice de la part des païens. **^" Alexandrie fut pendant plusieurs jours le théâtre d'une guerre qui coûta la vie à beaucoup de chrétiens, et le sang coula dans plusieurs provinces. Il faut, ditron, qu'il n'y ait qu'une religion dans r^at. Il le faudrait ssûis doute ; rien ne serait plus à désirer. Mais, quand il y en a plu* sieurs, est-ce une raison de chasser une grande . partie des suj ets, parce qu'ils ne pensent pas comme te prince ; de les égorger ou d'en faire des hypocrites et des sacrilèges? car enfin c'est tout ce que peut la violence. Elle démolit les temples, elle

ôte les églises : l'hérésie et ridoUtrie restent. Si les lois de Théodose eussent été exécutées, on eut peuplé les déserts et dépeuplé bien des villes.

Au reste on se ferait une fausse idée de la conduite de cet empereur , sii on en jugeait par les lois qu'il a portées. Il espérait , dit Tillemont , jae, S€ms qu'il fût besoin de pumr ^' la foi orthodoxe se répandrait assez d'eUe*méme , quand f Église aurait la liberté entière de prêcher la vérité. Il avait sans doute plus de compassion que dHnàgnation pour ceux qui aimaient leur av€ÛglerMvi\ et il paui^ait Juger que moins les hér^ques se.' raient persécutés , plus ils se diviseraiemei se persécuteraient eux-mêmes, ee qui ne manqua pas d'arrii^er. Les lois mêmes , ajoute cet écrivain , dont il ne pressait pas l'exécution ^ les retenaient dam la crainte^ parce que V Église pouvait s'en servir^ et sen servait effectivement lorsqu'elle le jugeai. nécessaire pour arrêter leur audace.

Les premiers empereurs chrétiens s'imaginèrent qu'il suffirait de menacer pour ramener à l'Église les hérétiques et les idolâtres, et ils portèrent des lois sanglantes. Ils se trompèrent; l'événement le prouva : mais ik ne voulurent pas avouer qu'ils s'étaient trompés. Ils continuèrent donc de porter lesmêmes lois, et cependantilsn'en pressaient pas l'exécution , parce qu'ils voyaient l'impassibilité où ils étaient de les faire exécuter. Cette contradiction sauvait la dignité du prince.

' Cette conduite de» empereurs accoutunta peu à peu à penser que les peines portées paires lois ^ n'étaient que comminatoires, et il en résulta deux înconvéniens. D'un côté^ ces lois ne pouvaient être un frein pour les peuples, qui s'accoutumaient à regarder comme de simples formules les peines dont elles menaçaient; de l'autre, Texécution de ces lois devenait une chose arbitraire qu'on abandonnait au Ëinatisme, au faux zèle et aux intérêts particuliers de tous ceux qui avaient quelque autorité dans les provinces : car si les empereurs te la pressaient pas, il est certain qu'ils ne l'empêchaient pas. Les lois mêmes de Théodose permettaient les voies de fait contre les hérétiques; elles armaient donc «les uns contre les autres tous les citoyens qui voudraient se servir du prétexte de la religion. Depuis Constantin, il y a bien peu de sagesse dans la législation ; et il y en aura*encore moins^ parce que l'ignorance se répand tous les jours davantage.

Les désordres,, au commencement du règne conciumui.«-

* , 1 A 1 nique d« Cou«-

de Théodose , n étaient pas les mêmes dans toute t'n»i«»op»»l'Église. En Occident, s'il* s'élevait quelques trou- 38i. blés , elle jouissait en général de la paix. En Orient , au contraire , déchirée pas une multitude de sectes, ■elle était encore troublée par les divisions même des catholiques. Un concile paraissait l'unique moyen de rétablir l'union : on le crut au mioiifê, et Théodose çn convoqua un à Constantinopl^,

358 nsYonuB

où cent dnquaititç évéqiies de ses provinces se rasseipblèrent ; l'Occident n'y prit point de part. Saint Mélèoe, évéque d'Antioche, y présida.

Ije concite commença par déposer Maxime le Cynique, qui s^étatt établi iiir le siège de Constantinople, et dont l'ordination était nulle : cette plaça fut donnée à saint Grégoire de Naziance.

Sur ces entrefaites, saint Méîèce étant mort, il s'éleva dans le concile des dissensions au sujet de l'élection A l'évéché d'Antioche. Les esprits s'échanf£èrent : on se souleva contre saint Grégoire, dont l'avis n'était pas celui dugrand nombre; et on parla de le déposer, sous prétexte que son intronisation était contraire aux canfons. Ce saint aima mieux se démettre que d'être l'occasion d'un schisme.

Il était beftu de renoncer à un siège qui était le second de l'Église, et qui paraissait le disputer au premier; il eût élé plus beau de le quitter sam regret , et on est iaché de voir saint Grégoire se plaindre durement des évéques qui Ta vaient forcé à cette démarcbe. Il les représente comme (les gens ignorans et grossiers , comme des superbes et des ambitieux, comme des avares qui ne songent qu'à amasser par toutes sortes de voies, comme des hypocrites qui, %Qi\è l'apparence des vertus, cachent de grands déréglcmens. C'est, dît-il, une assemblée d'oisons et de grues, qui se battent et se déchirent sans discrétion ; une troupe de geais,

uo €S6aim lie guêpes qui sautqit au TÛage. Il pa^ nit fin efFet que les pères de ce coticiU montrèrent beaucoup de passkm, et que saiat Grégoire » avait raison d'en être scandalisé.

Après aToir fait des règlemens mr la diseiptine et sur la juridiction des églises , le concile fit des oanons sur le dogme. Les Macédoniens, qui niaient la divinité ttu Saint-Esprit, et les apollinaristes, qui avaient différentes enreurs sur l'incarnation, forent anathématisés, ainsi que les ariens; et, connue il importait de s'expliquer sur la divinité du Saint-Esprit avec pdus de précision qu'on u'41» vait hit jusqu'alors, on ajouta au symbole de Nicée, que le Saint-Esprit pin^cèdedn père. Cta* ajoutera dans la suite ^^^&i^(?, ce qurserale sujet d'une longue dissension.

Ce conctie, le second œcuménique, n'a été r^ connu en Occident que long^mps après ; et , quoique reçu en Orient sans obstacle de la paît des évéques catholiques, il' ne fit pas cesser les disputes. Â Constantinople swtout elles dégéné* raient en manie : on dogmatisak dans les places publiques comme à 1^ cour, et il n'y avait point d'artisan qui ne se donnèt pom* théologien. Si vous voulez ime pièce de monnaierait saint Gi^« goire de Nysse, on vous /ait de grands discaux sur la différence du fils engendré et ^ père non engendré : si vous demandes combéenvmalepiuH^

36Ô Hi«Toni£

on vous répond qup le^père est plus grande et que

lefUs lui est soumis; et si vous demandez quand

le bain sera chaud ^ on nous assure bien sériôU"

sèment que le fils a été créé.

Th^odoM f«ît Théodose invita les chefs des différentes sectes à

»»>«.»" «V'j^* conférer ensemble, et il les rassembla à Constan-

'"'• Si.*'*''^ tinople. Use flattait qu'ils s'expHqueraient, qu'ils

s'entendraient 9 et qu'ils se xapprochétaient. lise

trompa : la dispute les aigrit , et ils en devinrent

plus opiniâtres : c'est ce qu'on devait attendre des

passions, de la mauvaise foi et du Êmateiaae qui

divisaient les partis.

Il est pardonnable de se tromper, quand on *fait le premier une tentative : on pf ut donc excuser Théodose. Mais cette faute sera souvent ré- •. pétée. On dirait que les souverains sont con-

damnés à ne pas s'instruire par l'expérience. 6râiîti..d«ve- En Occident, Gratien publiait les lofô deThéoiwptre «t u dosç, et quelquefois il en pressait 1 exécution, w fit abattre dans le sénat l'autel de la Victoire, momiment auquel la superstition attachait le sort de l'empire : il confisqua les revenus des pontifes: il suj^rima les privilèges des prêtres païens et des vestales; et il refusa le titre de souverain pontife (pie les empereurs même chrétiens avaient porté jusqu'alors ;• ce refus, qui parut aux catholiques un acte de' piété, offensa les Romains, qui le regardèrent comme une marque de mépris. H

AlfClENHf. 36 1

eût été plus prudent de le garder : car ce titre lui donnait le droit de réformer la religion païçnne; et, en la réformant, il.ea avançait la ruine.

Pendant qu'il aliénait ses sujets, il attii^it à la cour les Baléares, dont les hommages flattaient sa vanité : il ruinait son épargne par des profusions^ et il négligeait tous les soins du gouvernement. Sa conduire lui fit perdre l'estime des troupes et l'amour des peuples.

Maxime, qui avait été valet dans la maison de Théodose , et qui pour lors commandait en Bretagne, profita de ce mécontentemait, §e fit proclamer Auguste, et passa dans les Gaules. G;*atien marche contre lui : mais son armée l'ahandonna; les villes même s'opposent à sa fuite : elles lui ferment les portes; et, lorsqu'il croit échapper à la faveur d'un déguisement, il est arrêté et perd la vie. '

Valentinien II, alors âgé de douze ans, reconnut Maxîmt,5rt.îa Maxime, qui promit de ne pas passer les Alpes, et Jj^Vauïîinitr Théodose dissimula. Les Huns c|t les Pers^es, qui chle*******'*^ étaient entrés dans la Mésopotamie, lui faisaient 387. une nécessité de porter s*es forces en Orient, et ne lui permettaient pas de s'engager dans une guerre civile. Il parut donc aussi reconnaître Maxime : il songea néanmoins à le repousser, s'il formait quelque nouvelle entreprise , et il saisît la pren:iiére occasion de -faire la paix a^|c.la Perse.

Quelques années après, valentinien uleutque

362 HiSToun

le temps de s'enfuir et de se jeter entre les bras de Théodose, qui arma, et qui vainquit Maxime. Cet usurpateur eut la tétc tranchée; d'ailleurs on ne fit aucune recherche de ceux qui avaient smyi son parti Théodose publia même une amnistie pour les rassurer; et il rétablit Yalentinien dam l'empire d'Occident.

L'arma de Son aTméc était presque toute composée de pretqor loall HuHS, d'Alaius ct de Goths; c'est qu'il eût eu peu Bartare,. j^ troupcs , s'il n'cût pas soudoyé des Bwlwres. Il était même nécessaire de s'en servir, parce que, incapables de goûter la paix, ils auraient attaqué l'empire s'ils ne l'avaient pas défeadu. Cependaut cette politique avait l'inconvénient de leur apprendre -Fart de la guerre, et de leur Cure ape^ cevoir toute kt faiblesse des Romains^ Saint AmbroiM Théodosc, qui s'arrêta quelques années en ItS' n" lesjn'cïn- Hc, était à Milau lorsqu'il apprit que les chrétieiis n»iogut. uvaient brûlé une synagogue k Callinîque en Mésopotamie; il ordonna de punir les incendiaires, et de réparer les dommages faits aux Jtnb. Cet ordre, quoique juste, ftit im tojet de «candalt pour saint Ambroise, éveque de Milan : il écrivil à l'empereur, que l'évéquc de Callinîqae serait prévaricateur s'il lui obéissait : il lui représenta que les Jui^js avaient souvent brMé des églises, ' sans qu'on les eût punis, ni condamnés à les ré* tablir; et il ajouta qii^il était indigne d'un ]wnce chrétien de prendre le parti d'une sync^jogue

AÏTCIETCNIi:. 363

contre FÉglise. Sa lettre , comme le remarque du Pin , tenait plus de la déclamation que du raisonnement ; et cependant il menaçait ^empereur de le priver de la communion s'il ne révoquait ses ordres. Théodose les révoqua, et eut lieu de s'en repentir : car les chrétiens, impunb, se portèrent dans la suite à de tels excès, qu'il fut rj^ligé de sévir, et de porter une loi pour réprimer leurs violences.

Il me semble que, sans manquer au respect qu'on doit au zèle de saint Ambroise, on peut dire que les noms de juifs et de chrétiens lui ont fait .prendre pour une affaire de religion une affaire de pure police; qu'il a eu tort par conséquent de se porter pour juge de la conduite de Ven^peretu', et encore plus de le menacer d'excommunication.

Pendant le séjour que Théodose fit en Italie , conduite a*

.- . • , . 11 1 . Théodose avec

il prit, en quelque sorte, sous sa tutelle le leune »« , idourr..,

1 * * J pendant son »e-

Valentinien , et ii gouverna l'Occident. C'est alors •""' *" "'''* surtout qu'il parut se flatter de pouvoir porter les derniers cdups à l'idolâtrie : c'est alofs aussi que ses lois occasionèrent plus dé soulèvemens. Il vint à Rome, où, quoique ferme dans ses principes, il parut se conduira avec plus de modération. Il exhorta les sénateurs à embrasser la religion chrétienne : il n'accorda rien à leurs instances pour le maintien de l'ancien culte : au contraire il supprimia les fonds destinés pour les sacrifices; mais ^

364 HISTOIKE

il témoigna de la coosidération aux païens qm avaient servi l'état, et il donna des dignités à plusieurs.

piniteiieapii. Il uc mauquait plus au zèle de Théodose que

bitqae de TUo. , * *■

***'**'3qo. d'édifier l'Eglise par une pénitence publique.

Comme on préparait des jeux à Thessalonique, le peuple de cette ville demanda un cocher ducff^ que qui avait été mis en prison, te souleva contre le commandant qui le lui refusait, l'assomma, et plusieurs autres personnes' périrent encore dans cette sédition. L'empereur, qui avait d'abord ordonné de punir les coupables, se laissa presque ausr sitôt- fléchir aux prières de;saint Ambroise,f1: promit de pardonner. Cependant onlui représenta que Pimpunitéest, en pareil cas, d'une extrême conséquence ; et on ne manqua pas de raisons d'état assez apparentes, dit Tillemont, pour le lui pe^ suader. Assez apparentes me paraît étrange : sans doute cet écrivain parle ainsi parce qu'il ne con" çoit pas que les meilleures raisons puissent balaucer l'autorité d'un saint ; mais saint Âmbroise, aujourd'hui exempt d'erreur dans le ciel ,-n'approuve oertainement pas ceux qui pensent qu'il a été iu' faillible sur la terre.

Théodose devait donc sévir : mais ceux qu'il

chargea de ses ordres abusèrent étrangement de

I sa confiance. Ce princje avait fait grâce à plusieurs

personnes qui avaient confire contre lui; il avait

fait grâce^à la ville d'Antioche , où ily avait eu UP«

anciejtne/ 365

sédition violente. Est -il vraisemblable que ses ordres aient été d'as&erabler au cirque le peuple de Thessalonique , de l'envelopper de soldats, et d*égorger indistinctement tout ce qui s'offrirait?' C'est néanmoins ce qui fut exécuté. ^

Un piince répond de, ceux à qui il confie ses ordres : Théodose était donc coupable. Saint-Ambroise eut le courage de lui reprocher son crime. Cependant il sortit de Milan, parce que, dit Tillemont, l'empereur y trompant mauvais qu'Usât les résolutions de son conseil^ il était de la pmd&ice qu 'il s'éloignât de la cour ^ pour ne point apprendre des choses qu'il ne pourrcUt ni dire de peur d'exposer ses amis, ni taire parce qu'un éyeque ne peut taire la vérité sans blesser sa conscience. J'avoue qu'il y a dans la conduite de l'évêque de Milan des choses que j'ai de la peine à comprendre» Car de quel droit avait-il des espions dans le conseil du prince? et comment alliait-il avec la religion, avec la probité, les trahisons qu'il faisait commettre à ses amis? Quoi qu'il en soit y l'empereur reconnut $on crime, et se sounfit à la pénitence publique , alors le seul moyen de se réconcilier à rÉglise. Il ne fut absbus qu'après huit mois d'humiliation. Telle était encore dans ce siècle la discipline : elle se relà^Jiera dans la suite. Cependant les évéques continueront de fiilnfiner des excommunications coQtre les souverains : v(his verrez les abus qui en naîtront. Théodose, pen-

36£ jaisproiRE

daot sa péail^nce, se dépouilla des ornemens unpériaux : un jour vieacka où rexcomnmnication * dépouillera les princes de toute autorités PaûMnced» Sous.ce rèime, les oooines commençaient à d€-

MioilttS. . . / *

venir puis&ains : répandus dans, les yilles, noir seulement ils £ûsatent tme guerre ouverte aux païens, ils s'ingéraient encore d^s toutes les af* faires : ils suscitaient des disputes, ils commel' taient des violences^ et ils excitaient des séditions parmi le peuple. Théodose publia une loi qui leur enjoignait de se retirer dans tes déserts, (Mokftznément à l'esprit de leur état. Quelques années après, ils eurent assez de crédit auprès de lui pour la lui faire révoquer ; et depuis cette époque, leur puissance s'est toujours accrue.

v*]«iiiiienii Après un séjour de trois ans em Italie, Théo*

perd rcmpire et

»*^i«. dose repassa en Orient, et l'année suivante Va-

39«. lentinien eut le sort de son frère. Un de ses généraux, le comte Arbogaste, Franc -d'origine, le fit assassiner , et revêtit de la pourpre Eugène, ^ qui avait enseigné la rhétorique y et qui était s^ crétajre de Yalentinien. Il comptait gouverner sous le nom de cet empereur.

Eugène, qui PouT sc faîrc Un parti, Eugène rouvrit les tero- ^a^cWe** *^'* P^^* ^^* idoles, où la foule se précipita. Théo- 394. dose , à qui il avait envoyé une députation, diS' simulait, etÊtisak ses préparati&. Deux ansaprè^i vainqueur près d'Aquilée, il fit .trancher la tête à Eugène, Arboga&le se tua , ot il n'y eut plus de

AicciEKsrs. . ' 367

sang versé. Il survécut peu à sa vî^Btcûpe. Il mourut Mon de Th^ ^u commepcement de l'année suivaij^te , la cin- 395. quantième de son âge et la seizième de soxi règne. On lui a donné le surnom de Grand. Il sarait difficile de l'apprécier. Dans ce siècle, l'ignorance commençait, à tout confondre; et l'esprit qui dominait n'était qu'un ramas d'idées contradictoires. C'était l'effet des disputes qui s'élevaient entre les sectes, et de la conduite inconsidérée des princes qui les avaient fomentées. Théodose ne paraît pas avoir eu assez de lumières pour se conduire à travers ce chaos; et, quoi qu'on puisse dire pour le justifier, il a quelquefois montré plus de cruauté que de prudence. Il semble que dans ees temps )>arbares les sectjes qui, au nom du Seigneur, demandaient à l'envi le sajig les uns des autres, devaient étouffer tout sentiment d'humanité dans l'âme des peuples, et surtout dans celle des souverains^ qui, étant portés à croire que tout doit fléchir devant eux , s'offensent de la moindre résistance.

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