CHAPITRE V
Titus.
Élevé à la cour de Claude et de Néron, avec ^.J««»«*«« ^«
• ' Titus.
Britannicus, Titus eut la même éducation et les mêmes maîtres ; il montra de bonne heure des dispositions à tout. Bien fait, fort adroit, il se formait sans efforts à tous les exercices de son âge ; mie intelligence prompte et ime grande mémoire le rendaient également propre à tous les genres d'étude; et il acquit une connaissance profonde* des lettres grecques et latines. Dès ses premières armes, il se distingua : on voyait en Germaoie et en Bretagne les moniunens que ces provinces avaient élevés à sa valeur et à sa modération. Ce fut lui qui acheva de soumettre la Judée.
Tout paraissait donc devoir prévenir en sa fa- w^nuonde
Romaiiu, qai veuT. Attcuii Driiice néanmoins n'est parvenu à
le croient on se- .
coii4 Néron, l'empire avec une plus mauvaise réputation. On le jugeait cruel, jparce qu'il avait en effet donné^ des preuves de violence ; débauché , parce qu'il passait souvent les nuits avec des jeunes gens dissolus; avalée, parce qu^on le soupçonnait d'avoir &it un trafic de son crédit : en un mot , on disait publiquement que ce serait un second Néron.
miliîVnSJdJ' Quelque asservis que soient les peuples, il y a î'nmakT. **■" dcs préjugés que le despote même est forcé de respecter. A Rome, si un prince eût épousé une étrangère , il se fut rendu odieux ; et voilà ce qu'on craignait de la part de Titus. C'est peut-être aussi ce qui prévint contre lui. En effet il aimait Bérénice , fille d' Agrippa , dernier roi de Judée ; il en était aimé : elle logeait dans le'palais , et elle se conduisait déjà comme si elle eût été la femme de l'empereur. Titus la renvoya; il écarta les jeunes gens qui manquaient de mœurs; il s'attacha lès citoyens éclairés et vertueux; sa conduite dissipa jusqu'à Tapparence du vice : il ne montra plus* que des vertus , et il devint l'amour et les délices •du genre humain.
Il confirme les Sous Tlbèrc, il fallut solliciter de nouveau pour Sf rÎTanîTou être confirmé dans les grâces qu'on avait obtenues sotis Auguste, et, depuis, chaque empereur avait eu pour maxime de regarder comme nulles toutes les concessions qu'il n'avait pas ratifiées. Titus abolit cet usage, et confirma par un édit tout ce
qui avait été accordé avant lui. Cet exemple ne serait pas bon à suivre, si on succédait à un fnrince dissipateur qui aurait distribué les grâces sans cfiscernement. *
La bien&isance faisait le caractère de Titus; s» bienuielle se montrait dans tous ses régleniens,etretnpire attendait ses ordres comme autant de bienfeflts; vous savez ce mot, Monseigneur : Mes aniis^ foi perdu unjouri Mot admirable, mais ce ne serait pas assez de le répéter : ce ne serait pas même assez de marquer par des bienfaits chaque jour de soflr^e. Un prince serait inhumain si, pour être généreux envers ses courtisans , il surchargeait ses peuples, qui doivent être le principal objet de sa bienfaisance. Titus diminua les impôts. Il refusait même les présens que l'usage autorisait : c'est son économie qui fournissait des fonds à sa générosité.
En recevant le souverain pontificat ^ il déclark un*» u\t qu'il ne l'acceptait que pour conserver ses mains "*»y*' pures ; en effet il ne versa jamais le sang d'aucun citoyen. Deux patriciens finrent convaincus d's^oir conspiré contre lui : il leur fit grâce, les admit à sa table, leur donna une place à côté de lui dans on spectacle de gladiateurs, et leur présenta les épées des combattans, qu'on lui avait apportées suivant l'usage ; il dépêcha même un courrier à la mère de l'un des deux, pour la rassurer sur le sort de son fils. Quoique Domitien se déclarât duver-
monnr ««eu»
teraent son ennemi , il le traita toujours avec les mêmes égards et la même considération. Il défendit aux magistrats de prendre connaissance des accusations de lèse-majesté, aimant mieux^aisser de pareils crimes impunis que d'exposer les meilleurs citoyens à être persécutés sous ce prétexte: il ordonna, saï contraire, de sévir contre les délateurs.
Villes abîmas Cc fut la première année de son rèene , qu'Her-
par une erup- * O ' *
vëîuTe?TTtïïI culanum , Pompeïa et d'autres villes , furent enoccupé du «ou- . r • 1 ^T f -r
ugement de u glouties oar uuc éruption du mont Vésuve. Les
Lampante, o ^ x r .
cendres volèrent en Afrique, en Egypte, en Syrie ; le ciel en fat couyert à Rome , et le soleil obscurci pendant plusieurs jours. Titus , occupé des moyens de soulager la Campanie, assigna des fonds à cet effet ; il envoya dans cette province deux consulaires pour réparer les dommages, autant qu'il était possible, et l'année suivante' il s'y transporta lui-même.
saçéuércité , Il y était encore lorsqu'un incendie, qui dura
lors d'un incea- **., i.n«ii
<ii«. trois jours , consuma le Capitole, lé Panthéon, la
bil^othéque d'Auguste^ le théâtre de Pompée et quantité d'autres édifices. Il déclara qu'il réparerait à ses frais toutes ces pertes; et, pour remplir cet engagement, il vendit tout ce qu'il y avait de plus précieux dans ses palais.
Ses soins pa- Si jamais prince n'eut plus d'humanité, aucun
tcrnels pendant , .
«lie peste. n eut aussi, dans un si court espace, autant d'occasions d'exercer cette vertu. L'incendie fat suivi
d'une peste si cruelle, qu'à peme en avait-on vu de semblable. L'empereur, présent partout, se montra commç le père du peuple , donnant des secours aux uns, consolant les autres|Pveillant sur tous.
Peu de temps après il acheva un amphithéâtre u do«ne âtt que son père avait commencé, et qui aujourd'hui subsiste en partie : à l'occasion de la dédicace de cet édifice , il donna des jeux pendant trois mois. Il les jugeait nécessaires pour faire oublier les calamités passées.
C'est ainsi qu'il s'occupait du bonheur des s. «on. peuples lorsqu'il fut enlevé à l'empire : nouvelle 81. calamité, qui répandit une consternation générale et que rien ne pouvait faire oubher. Le sénat lui donna plus d'éloges après sa mort qu'il n'avait prodigué de flatteries à aucun prince vivant. Titus mourut dans sa maison de Riéti , âgé de quarante et un ans, après avoir régné deux ans , deux mois et vingt jours.