AUTRES QUESTIONS
Personne ne peut dire , il m'est évident que je me exem^k?"""^ suis senti, loisque mon âme n'avait encore reçu aucune sensation; comme il peut dire^ il m' est évident que je me sens actuellement que f en reçois. On ne serait pas plus fondé à dire , il m'est évident que je ne me sentais pa^ , lorsque mon corps n'avait encore fait aucune impression sur mon âme. L'évidence de sentiment ne saurait remonter aussi haut. Mais dans la supposition où une âme ne se sentirait que parce qu'elle aurait des sensations, on pourrait
54 i>E l'abt
demander quelles seraient ses facultés, si elle aurait des idées, si elle en aurait de toute espèce, comment elle les acquerrait , quel en serait le progrès? Vous savez la réponse à toutes ces questions.
Il semble que l'évidence de sentiment est la plus sure de toutes ; car de quoi sera- 1- on sûr si on ne l'est pas de ce qu'on sent? Cependant , Monseigneur, vous le voyez, c'est cette évidence-là dont il est le plus difficile de s'assurer. Toujours portés à juger d'après les préjugés, nous confondons rhabitude avec la nature, et nous croyons avoir senti dès les premiers instans comme nous sentons aujourd'hui. Nous ne sommes qu'habitudes; mais parce que nous ne savons pas comment les habitudes se contractent, nous jugeons que la nature seule nous a faits ce que nous sommes.
Il faut vous garantir de ce préjugé. Monseigneur, et ne pas vous imaginer que la nature a tout fait pour vous , et qu'il ne vous reste rien à faire.
Si dans ce chapitre j'ai mis en question des choses que vous saviez déjà, c'est que, pour connaître comment on s'assure de l'évidence de sentiment, rien n'est plus simple que d'observer comment on a acquis des connaissances par cette voie.