CHAPITRE VII
De révidence de fait.
Vous remarquez que vous éprouvez différentes comment oa
A ■•- l connaît qu il y
impressions que vous ne produisez pas vous-même. * ^" "'^^'* Or tout effet suppose une cause. Il y a donc quelque chose qui agit sur vous.
Vous apercevez en vous des organes sur lesquels agissent des êtres qui vous environnent de toutes parts, et vous apercevez que vos sensations sont un effet de cette action sur vos organes. Vous ne sauriez douter que vous apercevez ces choses : le sentiment vous le démontre.
Or on nomme corps tous les êtres auxquels nous attribuons cette action.
Réfléchissez sur vous-même , vous reconnaîtrez que les corps ne viennent à votre connaissance , qu'autant qu'ils agissent sur vos sens. Ceux qui n'agissent point sur vous sont à votre égard comme s'ils n'étaient pas. Vos organes mêmes ne se font connaître à vous, que parce qu'ils agissent mutuellement les uns sur les autres. Si vous étiez borné à la vue , vous vous sentiriez d'une certaine manière, et vous ne sauriez pas même que vous avez des yeux.
Mais comment connaissez-vous les corps? Com*
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ment connaissez-vous ceux dont vos organes sont formés, et ceux qui sont extérieurs à vos organes? Vous voyez des surfaces, vous les touchez : la mcrae évidence de sentiment qui vous prouve que vous les voyez , que vous les touchez , vous prouve aussi que vous ne sauriez pénétrer plus avant. Vous ne connaissez donc pas la nature des corps , c'est-à-dire que vous ne savez pas pourquoi ils vous paraissent tels qu'ils vous paraissent.
Cependant l'évidence de sentiment vous démontre l'existence de ces apparences ; et l'évidence de raison vous démontre l'existence de quelque chose qui les produit. Car dire qu'il y a des apparences , c'est dire qu'il y a des effets ; et dire qu'il a des effets, c'est dire qu'il y a des causes. Ce qu'on en- J'appcllc fuit toutcs Ics choscs aue nous aper-
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cevons, soit que ces choses existent telles qu'elles nous paraissent, soit qu'il n'y ait rien de semblable, et que nous n'apercevions que des apparences produites par des propriétés que nous ne connaissons pas. C'est un fait que les corps sont étendus, c'en est un autre qu'ils sont colorés; quoique nous ne sachions pas pourquoi ils nous paraissent étendus et colorés.
L'évidence doit exclure toute sorte de doute. Donc l'évidence de fait ne saurait avoir pour objet les propriétés absolues des corps : elle ne peut nous faire connaître ce qu'ils sont en eux-mêmes, puisque nous en ignorons tout-à-fait la nature.
DE RAISONNER. Sj
Mais quels qu'ils soient en eux-mêmes, je ne saurais clouter des rapports qu'ils ont à moi. C'est sur de pareils rapports que l'évidence de fait nous éclaire , et elle ne saurait avoir d'autre objet. C'est une évidence de fait que le soleil se lève , qu'il se couche, et qu'il m'éclaire tout le temps qu'il est sur l'horizon. Il faut donc vous souvenir que je ne parlerai que des propriétés relatives , toutes les fois que je dirai qu'une chose est évidente de fait. Mais itiatrt^vous souvenir aussi que ces propriétés relatives prouvent des propriétés absolues , comme l'effet prouve la cause. L'évidence de fait suppose donc ces propriétés , bien loin de les exclure; et si elle n'en fait pas son objet, c'est qu'il nous est impossible de les connaître.