CHAPITRE XII
Observations sur les temps.
Le présent n'est, à la rigueur, que le moment /,f*°3i,°3; où Ton parle ; mais si nous voulions le borner à se"ni.'""''*' ^'^' cet instant , il nous échapperait à mesure que nous en parlons. ISTous sommes donc forcés à l'étendre dans le passé et dans l'avenir, et à regarder comme parties du présent, des momens qui ne sont plus, et des momens qui ne sont pas ; encore.
Or dès qu'une fois nous lui donnons de l'extension , nous pouvons lui en donner toujours davantage , et nous n'avons plus de raisons pour nous arrêter. Ce jour sera donc un temps présent , ce mois , cette année , ce siècle , toute pér riode quelle qu'en soit la durée , enfin l'éternité même.
Il ne faut donc pas s'étonner si la forme du pré- , pourquoi i»
1 A forme du pre-
sent a été choisie pour exprimer les vérités néces- sie°pour*expr!~
mer les vërilé*
saires ; c'est que ce présent. Dieu est juste y a une nécessaire,. extension indéterminée , qui fait de tous les
5l2 GRA.MMAIRE.
siècles une seule période, et cette période, qui est Téternité , est , en quelque sorte , présente comme l'instant où je parle.
Comment Vous avez pu remarquer, Monseigneur, qu'on
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H>ut en
lei autres.'
on emploie les
ieTune»"iïîr cmploic souvcnt les formes des temps les une»
pour les autres. Racine a dit :
J'ai vu votre malheureux fils Traîné par les chevaux que sa main a nourris. Il veut les rappeler, et sa voix les effraie. Ils courent. Tout son corps viest bientôt qu'une plaie.
Racine substitue dans ces vers la forme du présent à celle du passé. S'il eût dit , il a voulu les rappeler, et sa voix les a effrayés, la pensée eût été la même quant au fond; mais ce n'eût été qu'un récit, au lieu que la forme du présent fait un tableau qu'elle met sous les yeux.
En substituant les unes aux autres les formes des temps , on change donc les accessoires d'une pensée. Lorsque je dis, je partirai demain, je ne fais qu'indiquer le jour de mon départ ; et je fais voir que je suis bien décidé à partir, si je dis ,je pars demain : cette {ovinQ , je pars , semble rdi^- ^rocher demain du moment présent : ce rapprochement fait juger combien je suis déterminé à partir , parce qu'il me présente déjà comme partant.
Finissez-vous bientôt? Finirez-vous bientôt? Le premier de ces tours est l'expression d'une per-
GRAMMAIRE. 5l3
sonne qui est impatiente de voir finir. Le second peut n'être qu'une question.
Au lieu de répondre 2i finissez-vous bientôt? je finirai dans le moment, on répondra ^f ai fini dans le moment; parce qu'en substituant la forme du passé à celle du futur, on représente comme déjà fait ce qui va l'être ; et que par conséquent on marque mieux la promptitude avec laquelle on promet de finir. En voilà assez , Monseigneur, pour vous faire comprendre comment on emploie la forme d'un temps pour celle d'un autre. Je dis la forme , car il ne serait pas exact de dire , avec les grammairiens , qu'on emploie le présent pour le passé , et le passé pour le futur.