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CHAPITRE XIII

Des prépositions.

Quand on dit Pierre ressemble à son frère, le on pourrait

^ ' distinguer deux

verbe ressemble exprime le rapport qui est entre ^Slllf! ^"^^°' Pierre et son frère ; et la préposition à se borne à indiquer son frère, comme second terme de ce rapport.

Mais il y a des prépositions qui, en indiquant le second terme d'un rapport , expriment encore le rapport même , et qui par conséquent modifient le premier terme : par exemple, dans le VI. 33

5l4 GRAMMAIRE.

livre de Pierre^ la préposition de^ qui indique le second terme, explique encore le rapport d'appartenance du livre à Pierre. Elle modifie donc le premier terme, le livre, auquel elle ajoute la qualité d'appartenir.

Nous serions par conséquent fondés à distinguer deux espèces de prépositions : mais , comme j'aurai peu besoin de cete distinction , il suffira de de l'avoir remarquée.

Ou ne doit Selon les grammairiens, il v a des prépositions

pas distinguer o ' J 11

cn^7mp?eret simplcs , dttus , pour^ et des prépositions com^ posées , à regard de ^ à la réserve de. Mais pourquoi appeler prépositions des substantifs qui sont précédés d'une préposition et suivis d'une autre. Vous sentez, Monseigneur, que, si on ne veut pas tout confondre , il faut toujours rappeler les expressions aux premiers élémens du discours.

^ Cette distinction est donc tout-à-fait inutile.

Comment les Qn a rcmarQué que les mêmes prépositions

mêmes prepo- A A 11

pioyëesXnsd« sout cmplojécs daus des cas différens, et cela est

cas diffërens. . , , , . . , . . , .

vrai , lorsque les prépositions se bornent a iiiai- ,quer le second terme d'un rapport. En effet, il y a bien de la différence entre aller à Paris et être à Paris; et cependant nous employons, dans l'un et l'autre cas, la même préposition à. C'est que cette préposition indique seulement le second terme Paris ^ et que le rapport est exprimé par les verbes aller et être, prépSnTn* ^ais parcc qu'on a cru voir dans être dans le

GRAMMAIRE. 5l5

royaume^ être en Italie, être à i?o/7i'e , plus de res- T*!^",^'^^^; semblance qu'il n'y en a, on a dit que des pré- s.mbubiM?'"* positions différentes sont employées dans des cas semblables; c'est une erreur. Nous verrons bientôt que , dans ces trois phrases , les rapports exprimés par les mêmes prépositions sont différens ; et que par conséquent les cas ne sont pas semblables.

On a encore imaginé des prépositions qui ne Prépositions

c» 11 1 qui s emploient

le sont pas toujours , et on donne pour exemple, *^" ''"'''"* dedans, dehors^ dessus^ dessous. Ce sont des prépositions, dit -on, lorsqu'on met ensemble les ^ deux opposées : la peste est dedans et dehors la ville ; il j a des animaux dessus et dessous la ^ terre. Ce n'en sont pas lorsqu'on n'emploie que l'un des deux : car on ne dit pas dessus la terre, dedans la ville ; il faut dire , sur la terre, dans la ville.

Lorsqu'on raisonne ainsi , on ne paraît s'occuper que du matériel du discours ; ce qui arrive quelquefois aux grammairiens. En effet, quand on répond à est-il sur la table? il est dessus; voilà dessus sans son opposé , et cependant il est préposition , puisqu'il indique le second terme du rapport, la table. Il est vrai qu'on ne prononce pas ces mots la table; mais ils sont sous-entendus, et la raison veut qu'on les supplée. Il fallait donc se borner à remarquer que les prépositions dedans , dehors , dessus, dessous, s'emploient d'ordinaire

GRAMMA^IRE*

avec ellipse, c'est-à-dire sans prononcer le second terme qu'elles indiquent. Remarquons, en passant , que l'exemple , ilj a des animaux dessus et dessous la terre , est mal choisi : car il n'y a des animaux que sur la terre , et on serait bien embarrassé de dire où sont ceux qu'on suppose dessous.

Aprts avoir Lc prcmicr emploi des prépositions a été de

servi pour ex- il. -i i

^olTren'reTel Hiarqucr des rapports entre les objets sensibles. î*.^'prlpos?.ôns Mais parce que les idées abstraites, exprimées

ont M em- i T i

'''"L'erderrr' P^^ ^^^ uoms substautiis, prennent, dans notre rdëeîabSi" imagination, presque autant de réalité que les choses en ont au-dehors, elles peuvent être considérées comme ayant entre elles des rapports à peu près semblables à ceux qui sont entre les objets sensibles , c'est pourquoi on dit , de la vertu au vice , comme de la ville à la cam pagne.

On n'est pas dans la jeunjesse comme on est dans la maison ; mais l'analogie qui est entre ces deux noms, comme substantifs, a fait employer la même préposition devant l'un et l'autre. Quelquefois Par-là uuc même préposition est usitée dans des cas différens; et quelquefois les dernières ac-

les dernières ceplions d'une préposition ressemblent fort . 1 1 * * ^

peu aux pre- ccptious ressemblcnt si peu aux premières, que

niières.

si on ne saisit pas le fil de l'analogie , il ne sera pas possible de rendre raison de l'usage. Je me bornerai à vous en donner quelques exemples : car vous jugez bien , Monseigneur, que je ne me

GRAMMAIRE. 5lJ

propose pas d'analiser les acceptions de toutes les prépositions.

De la préposition à.

On dit je suis à Paris, je vais à Paris; et cette Premîerusag«

«/ ' J ^ de la préposition

préposition , dans l'une et l'autre phrase , se borne "' à indiquer un lieu comme terme d'un rapport. "

Il y a beaucoup d'analogie entre la manière p»; queiie

'' 1 D analogie elle a

d'être dans un lieu et celle d'être dans le temps : îond/ "" "" on dira donc, à une heure ^ à midi^ à F avenir.

Il y en a encore entre les lieux et les circons- a an troisième, tances où l'on se trouve , et l'on dira , à ce sujet, à cette occasion.

Ce que nous appelons substance^ ne se montre AunquairiènK^ à nous que par les manières d'être qui paraissent l'envelopper : c'est une chose qui existe comme au milieu d'elles. Il y a donc de l'analogie entre être dans un lieu, et exister ou agir d'une certaine manière, être à pied ^ à cheval ^ prier Dieu à mains jointes ^ recevoir à bras ouverts.

Dès-lors on dira, par analogie à ces derniers Aundnquième^ tours , peindre à Vhuile, travailler à V aiguille , parce que ce sont là des manières de peindre et de travailler.

Tout terme, auquel une chose tend, est ana- Aunsixième^ logue au lieu où l'on va. Donner à son ami , ôter à son ami ^ parler à son ami. Son ami est le terme des actions de donner, d'ôter et de parler. Cette

5l8 GRAMMAIRE.

analogie est encore plus sensible dans en venir à des injures , à des reproches.

Aunsepiifeme, Table à manger^ maison à vendre, action à raconter, homme à nasardes, psirce que la fin^ ainsi que l'usage qu'on fait d'une chose, est comme le terme auquel elle tend.

Aunhuitièmo. Par la même raison on emploiera cette préposition, lorsqu'on parlera des dispositions d'une personne : homme à réussir, à ne pas pardonner. Ces exemples suffisent pour vous faire comprendre que les usages de cette préposition sont tous analogues, quoiqu'ils paraissent d'abord avoir peu de rapport les uns aux autres.

De la préposition de.

Quelles sont Ccttc prépositiou marque le lieu d'où l'on vient ,

les premières

acceptions (le la gj p^^j. aualogie , tout tcrmc d'où une chose com-

preposihon de , r u '

anaiojie "^"elle meucc \ du matUi au soir , d'un bout à Vautre •*

passe à d'autres. ^ .17 >

du commencement a la fin , de Corneille a Racine, On dit , près , loin de Paris , parce que Paris est un terme sur lequel l'esprit se porte pour revenir de là à la chose dont on parle , et en marquer la situation.

Comment elle II v a quelouc analofiie entre le rapport de

«xpriraelcsrap- J i. y O IX

t'e°nlnc«^.'*^^*" sîtuation et le rapport d'appartenance ; car on est comme différemment situé , suivant les choses auxquelles on appartient : le palais du roi, les mouvemens du corps , les /acuités de Vâme.

GRAMMAIBE, 5ïg

Les rapports de dépendance sont analogues pendanif ^" aux rapports d'appartenance , et il y en a de plusieurs espèces ; de l'effet à la cause , les tableaux de Raphaël; au moyen, saluer de la main; à la manière , parler d'un ton bas ; à la matière , vase d'or.

Nous dépendons des qualités dont nous sommes doués : homme d'esprit , de sens , de cœur.

Des principes qui nous changent ou qui nous affectent ; accablé de douleur y comblé de bonheur ^ mort de chagrin.

Le genre dépend de l'espèce qui le détermine : faculté de la vue , de l'ouïe , de l'odorat ; cai* la signification du mot faculté est déterminé par les mots vue, ouïe , odorat., et par conséquent elle en dépend.

Les parties appartiennent à leur tout , moitié de., quart de. C'est pourquoi on emploie cette préposition lorsqu'on ne veut parler que d'une partie, et on la retranche lorsqu'on parle du tout. Perdre l'esprit , c'est perdre tout ce qu'on a ; ai^oir de l'esprit, c'est avoir une partie de ce qu'on nomme esprit; et il y a ellipse , car le premier terme du rapport est sous-entendu. On dit également '- fai de la raison, pour /'ai une partie de la raison; oXj'ai raison , poury'a^ toute la raison ♦

qu'on peut avoir dans le cas dont il s'agit.

Une chose peut être regardée comme appar- [~,f^,,^2f, ^f^ll tenant à la collection d'où elle est tirée. D'ailleurs "âvL/f 'e/i"i

hommes les plus il y a bcaucoiip d'analogic entre être tiré de et venir de. On doit donc dire : c'est un homme des plus savans ; car le sens est , cet homme est tiré d'entre les plus savans. Au contraire , on dira r cest V opinion des hommes les plus savans ; parce qu'alors homme n'est pas pris comme une partie des plus savans , mais comme tous les plus savans ensemble.

1» y a ellipse II faut remarqucr qu'il y a ellipse toutes les

lorsque a vt de i X v' 1

ensemble?'''"' ^^^^ ^^e Ics prépositious à^et de se construisent ensemble. Puisqu'elles indiquent des termes différens , elles ne peuvent se réunir que parce qu'on sou§-entend les mots qui devraient les séparer. // est occupé à des ouvrages utiles , signifie donc à quelques-uns des ouvrages.

cesdeuxprc- Daus Ics cxcmplcs que j'ai rapportés, l'analogie quefor/pouvoir ^larque suffisamment les différentes acceptions pourSire!" de ces prépositions ; mais , dans d'autres , le fil en devient si délié, qu'il échappe tout-à-fait. C'est pourquoi il semble qu'on puisse alors les employer indifféremment l'une pour l'autre. Je ne crois pas cependant qu'il leur arrive jamais d'être tôut-à-fait synonymes , et je pense qu'il y a quelque différence entre continuer de parler et continuer à parler. Il en est de même des tours où nous paraissons pouvoir, à notre choix, employer ou retrancher la préposition. Tel est, // espère de réussir, il espère réussir.

L'ellipse pent IS^us cmployous souvcut la préposition de avec

ellipse , d'où il arrive que nous apercevons moins "^lll^^lfl^ '*;; facilement l'espèce de rapport qu'elle exprime. Par J^epSiT de. exemple , on ne verra pas que , dans marcher de jour y de nuit, de marque le rapport de la partie au tout , si on ne sait pas que cette expression revient à celle-ci : marcher en temps de jour, en temps de nuit.

Au reste, Monseigneur, il peut se faire que je ne découvre pas l'analogie que l'usage a suivie ; mais il suffit que j'en saisisse une pour vous faire connaître comment les mêmes prépositions ont pu servir à exprimer des rapports qui , au premier coup-d'œil , ne paraissent pas se ressembler.

Des prépositions àdiH?» et en.

On dit : dans une maison, dans ce temps , dans Acceptions de

-'■ la préposition

cette année ; et par analogie : da/is le désordre , '^''^'• dans le plaisir, dans la prospérité.

A désigne seulement le lieu où est une chose : En auoi eiie

^ ^ diffère delà pré-

dans le désigne avec un rapport du contenu au portion à. contenant. Je partirai dans le mois d'as^ril signifie avant la fin, ou dans le courant du mois. Au contraire , je ferais entendre que je partirai dès le commencement, si je disais \ je partirai au mois d'ami, ou^en supprimant la préposition , ye /?â:rtirai le mois d' avril.

En diffère de dans , parce que le terme qu'il e» qu indique se reprend toujours d'une manière indé-

01 en dans

5tl*k GRAMMAIRK.

terminée. J* étais en ville signifie je n étais pas chez moi; et je n'ajoute pas au mot ville l'adjectif la parce qu'en pareil cas il n'est pas nécessaire de le déterminer : il me suffit de faire entendre que j'étais quelque part dans la ville. Si, au contraire, je veux dire que je n'étais par sorti hors des portes, je détermine ce mot, et je dis : j'étais dans la ville.

Dans s'emploie donc avec un substantif précédé d^|i'adjectif le ou la; et on supprime cet adjectif, toutes les fois qu'on fait usage de la préposition en. On dit en été , dans Vété, en temps de guerre , dans le temps de la guerre ; être en santé , en doute , dans la santé dont il jouit, dans le doute où il est; en charge , dans la charge quil remplit; en posture de suppliant, dans la posture d'un suppliant.

Ces exemples vous font voir sensiblement comment le substantif, toujours indéterminé avec la préposition en , est toujours déterminé avec la préposition dans.

En exprime II v a des occasious où la préposition en ren-

des accessoires »^ * A

dTceus^dlsprT- fcrmc des accessoires qu'à et dans n'expriment pas.

positions à et td • • •/ »7

dans. 21 est en prison se dit d un prisonnier : il est a la

prison se dit de quelqu'un qui y est allé, comme on va tout autre part : et // est dans la prison se dit de quelquSin qui y a été mis, ou qui y est allé , et qui n'en est pas encore sorti.

GRAMMAIRE. ' ' SsS

De la préposition par^.

Comme préposition de lieu , par indique l'en- Premières ac-

A -l ' L 1 replions de la

droit par où une chose passe ; aller par les rues , p"p«5"'0"p"^ par monts et par vaux ^ passer par la ville; et, par analogie , passer par Vétamine , par de rudes épreuves ^ par le plaisir^ par les peines.

Un effet peut être en quelque sorte considéré Autres accep-

* *- *■ lions,

comme passant par la cause qui le produit : ta- ^ bleaufait par Bubens , tragédie faite par Racine,

Mais dès que par indique le rapport de l'effet à la cause , il indiquera encore les rapports qui sont à peu près dans la même analogie : celui de l'effet au moyen , élevé par ses intrigues , connaître par la raison ; au motif, se refuser tout par avarice , agir par intérêt , par ressentiment ; à la manière , parler par énigmes , se conduire par coutume , rire par intervalles.

En voilà assez , Monseigneur, pour vous faire connaître comment l'analogie a étendu chaque préposition à des usages différens. Vous pouvez vous amuser à chercher vous-mêmes d'autres exemples. Souvenez- vous seulement de commencer toujours par observer comment les prépositions ont d'abord été employées avec des idées sensibles ; vous chercherez ensuite par quelle analogie on en a fait usage avec des idées abstraites.

5a4 GRAMMAIRE.

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