CHAPITRE VIII
De l'objet de l'évidence de fait, et comment on doit la faire concourir avec l'évidence de raison.
L'évidence de fait, Monseigneur, fournit tous Levidencede
' o ' faitetl evidenc«
les matériaux de cette science qu'on nomme phy- JeJlrcotrir sique , et dont l'objet est de traiter des corps. Mais il ne suffit pas de recueillir des faits; il faut, autant qu'il est possible , les disposer dans un ordre qui, montrant le rapport des effets aux causes, forme un système d'une suite d'observations.
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Vous comprenez donc que l'évidence de fait doit toujours être accompagnée de l'évidence de raison. Celle-là donne les choses qui ont été observées , celle-ci fait voir par quelles lois elles naissent les unes des autres. Il serait donc bien inutile d'entreprendre de considérer l'évidence de fait séparément de toute autre.
Mais quoique assurés par l'évidence de fait des choses que nous observons, nous ne le sommes pas toujours de n'avoir pas laissé échapper quelques considérations essentielles. Lors donc que nous tirons une conséquence d'une observation , l'évidence de raison a besoin d'être confirmée par de nouvelles observations.Toutes les conditions étant données , l'évidence de raison est certaine : mais c'est à l'évidence de fait à prouver que nous n'avons oublié aucune des conditions. C'est ainsi qu'elles doivent concourir l'une et l'autre à la formation d'un système. Il ne s'agit donc pas de considérer absolument l'évidence de fait toute seule; il faut que l'évidence de raison vienne à son secours , et qu'elle nous conduise dans nos observations.
Il y a des faits qui ont pour cause immédiate la volonté d'un être intelligent; tel est le mouvement de votre bras. Il y en a d'autres qui sont l'effet immédiat des lois auxquelles les corps sont assujettis, et qui arrivent de la même manière toutes les fois que les circonstances sont les mêmes. C'est ainsi qu'un corps suspendu tombe , si vous cou*
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pez la corde qui le soutient. Tous les faits de cette espèce se nomment phénomènes, et les lois dont ils dépendent se nomment lois naturelles. L'objet de la physique est de connaître ces phénomènes et ces lois.
Pour y parvenir, il faut donner une attention t^n^y^^Xcrr particulière à chaque chose, et comparer avec soin les faits et les circonstances : c'est ce qu'on entend par observer, et les phénomènes découverts s'appellent obsen^ations.
Mais pour découvrir des phénomènes, il ne ce qu'on en-
1 * tend par expe-
suffit pas toujours d'observer; il faut encore em- ''*"*''' ployer des moyens propres à les rapprocher, à les dégager de tout ce qui les cache , à les mettre à portée de notre vue. C'est ce qu'on nomme des expériences. Il a fallu , par exemple , faire des expériences pour observer la pesanteur de l'air. Telle est la différence que vous devez mettre entre phénomène , observation et expérience ; mots qui sont assez souvent confondus.
C'est aux bons physiciens à nous apprendre objet que ie
* «^ ' * me propose dans
comment on doit faire concourir l'évidence de oy^age.*^' "' raison avec l'évidence de fait. Étudions-les. Mon dessein néanmoins n'est pas devons présenter un cours de physique. Je veux seulement vous faire connaître comment on doit raisonner dans cette science, et vous mettre en état de l'approfondir à proportion que des affaires plus importantes vous permettront de vous prêter à cette étude.
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Vous ne devez être, Monseigneur, ni physicien , ni géomètre , ni astronome , ni même métaphysicien , quoique votre précepteur le soit. Mais vous devez savoir raisonner, et vous le devez d'autant plus , qu'un faux raisonnement de la part d'un prince peut faire sa perte et celle de son peuple.
D'ailleurs vous conviendrez qu'il serait bien humiliant pour vous de n'être jamais à portée d'entendre les personnes instruites , de craindre leur abord , de n'admettre à votre cour que des sots ou des demi-savans, qui sont de tous les sots les plus importuns aux yeux d'un homme sensé. Voulezvous n'avoir pas peur des gens d'esprit? Acquérez des lumières : rendez-vous capable de dispenser ces marques de considération qui ne sont flatteuses , même de la part d'un prince , que lorsqu'elles sont éclairées. Ayez l'âme assez grande pour respecter la science et la vertu, quelque part qu'elles se trouvent réunies ; et rougissez , si vous n'avez d'avantages que par votre naissance.
Dans le livre suivant nous raisonnerons sur les principes du mouvement, et nous essayerons de découvrir les premiers principes des mécaniques.
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