‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 111 sur 131 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De l'emploi des adjectifs conjonctifs.

On ne dit point, V homme est .animal qui rai- Lesadiedif.

1 ' ■* conjonctifs ne

sonne j vous avez été reçu ai^ec politesse qui il foril?quV%s

noms pris dé-

faut dire , V homme est un animal qui raisonne^ vous tenninémenu avez été reçu avec v'N'e politesse ou avec la politesse qui En examinant ces exemples, nous trouverons la règle qu'on doit suivre.

Les mots animal et politesse sont pris indéterminément dans Yhomme est animal et dans vous avez été reçu avec politesse. Au contraire, ils sont déterminés et restreints lorsqu'on dit , un animal ,

une ou la politesse La règle est donc qu'un

adjectif conjonctif ne doit se rapporter qu'à un nom pris dans un sens déterminé.

Un nom est sensiblement déterminé , toutes les fois qu'il est précédé de l'article ou des adjectifs, un, tout^ quelque, et autres semblables. Mais il peut l'être encore , quoiqu'il ne soit précédé d'aucun de ces adjectifs ; et on y sera trompé , si on ne saisit pas le sens de la phrase. Tous les tours suivans, par exemple, sont très-corrects. Il na voint de livre qu'il riait lu, est -il ville dans le royaume qui soit plus obéissante? il nj a homme qui sache , il se conduit en père qui Livre ,

5Go GRAMMAIRE.

ville y homme ^ père sont évidemment déterminés;

car le sens est : // n'a pas un livre quil est -il

dans le royaume une ville qui, il n'y a pas un

homme qui* Use conduit comme un père qui

on dira de même , // est accablé de maux, de dettes qui parce qu'on sous - entend certains, plusieurs ou quelque chose d'équivalent : il est accablé de certains maux, de plusieurs dettes, on dira encore : une sorte de fruit qui ne mûrit point dans nos climats, parce que sorte restreint le mot Jruit : enfin on dira , il n'y a point d'injustice qu'il ne commette, parce que le sens est, il n'y a pas une sorte d'injustice, Tousiescon- Uuc obscrvatiou que nous avons déjà faite sur

]onctiis se ai- 1 J

(éremment del d'autrcs uoms a cucorc lieu ici : c'est que , parmi choses. les adjectifs conjonctifs, les uns ne se disent que

des personnes, et les autres se disent des personnes et des choses. Il s'agit d'observer ce que l'usage prescrit à ce sujet. faiï k'ce*iref. ^ ^^^^ d'abord distinguer si l'adjectif cônjonctif est le sujet de la proposition incidente , TiGjîjet du verbe ou le terme d'un rapport. Il est le sujet dans la science qui plaît le plus, l'objet dans la science que j'aime, et le terme d'un rapport , toutes les fois qu'il peut être précédé d'une préposition. joncuronTh Lorsquc le cônjonctif est le sujet de la propo- IxpHmér le^su- sitiou iucidentc , qui doit être préféré à lequel et

îet de lapropo- . ^

sit-ion incidente, laquelle, soit qu'ou parle des choses, soit qu on parle des personnes. Les écri^^ains qui sachent penser,

savent écrire : les talens qui font le philosophe et ceux qui font Vhomme sociable ne sont pas toujours les mêmes : la philosophie qui cabale^ qui déclame et qui crie , est un fanatisme qui veut paraître ce qu 'il n'est pas. Il ne serait pas permis de substituer ici lequel ou laquelle. Cependant ces adjectifs, susceptibles de genre et de nombre, sont très-propres à prévenir des équivoques ; et il y a des écrivains qui les emploient souvent dans ce dessein : mais il faut, autant qu'il est possible, préférer\tout autre moyen.

Lorsque le conionctif est l'objet du verbe , c'est Pojir espn-

1 J J 7 mer l'objet du

encore une règle générale de préférer que à lequel ^"^*'* et laquelle. Les arts que vous étudiez : les ennemis qu'il a vaincus : la grammaire que je fais. Jamais les arts lesquels , etc.

Lorsque le conionctif est le terme d'un rapport Pour expH-

-•• •' Ai mer le terme

qu'on pourrait exprimer par la préposition de, ferair^ffiquedont s'emploie en parlant des choses comme en tion de: parlant des personnes : il est même préférable à tous les autres. César dont la valeur : les biens dont vous jouissez : la maladie dont vous êtes menacé.

Si on voulait faire usage des autres conjonctifs, il faudrait distinguer s'ils se rapportent à une chose ou à une personne. Dans le premier cas , le plus sûr serait d'employer duquel ou de laquelle, ^t jamais de qui. Un arbre duquel le fruit : Une chose de laquelle. Sur quoi il faut remarquer que dont serait préfét-able.

vr. 36

56 a GRA.MMAIRE

Si le conjonctif se rapporte à des personnes , vous préférerei de qui k duquel ^i de laquelle; César de qui la valeur.

Mais il y a une exception à faire sur ces deux dernières règles. Pour cela j'observe que de qui peut être le terme auquel se rapporte le substantif de la proposition incidente , ou le terme auquel se rapporte le verbe.

Dans César de qui la valeur ^ de qui est le terme auqiïel se rapporte le substantif la valeur^ et il le détermine , comme de César le déterminerait. Mais dans V homme de qui vous m'aidez parlé, de qui est le terme auquel on rapporte le verbe.

Or, toutes les fois que le conjonctif est le terme auquel on rapporte le verbe , on peut se servir de de qui, ou de dojit, qui est encore mieux.

Mais s'il est le terme auquel se rapporte le substantif de la proposition^ncidente , il faut distinguer : ou il est suivi de ce substantif, ou il en est précédé.

S'il en est suivi, dont pout-ra se dire des personnes et des choses , et de qui ne se dira que des personnes. La Seine dont le lit, et non pas de qui. Le prince dont ou de qui la protection.

S'il en est précédé , il faudra toujours préférer duquel ou de laquelle. La Seine dans le lit de laquelle : le prince a la protection duquel : de qui ne serait pas si bien , même en parlant des personnes. tiPon S em- Avcc la prépositiou a on emploie les conjonctifs

lequel et laquelle , en parlant des choses : la for- pioyer avec la

-* •' * préposition à.

tune a laquelle je ne m'attendais pas. En parlant des personnes , on a le choix entre qui et lequel : les amis a qui ou auxquels je me suis confié.

A quoi ne se dit que des choses absohiment ,^y^^lf ^\ inanimées, et encore peut-on toujours substituer si^llonsioucTe' auquel ou a laquelle : c'est une objection a quoi ou a laquelle on ne peut satisfaire. On ne dira pas , c'est un cheval a quoi je me suisse, mais auquel, A quoi et de quoi ne s'emploient proprement que lorsqu'on les rapporte à des choses plutôt qu'à des noms : cest de quoi je me plains : c'est à quoi je ne m'attendais pas.

Il y a des occasions où que se met pour à qui: çu^ employé

*/ Â L J. ponr à qui et

c'est a VOUS que je parle; et d'autres où il s'emploie p*""" '^°"'* pour dont, c'est de lui que je parle : on ne doit pas même s'exprimer autrement.

Oîi et d'oh ne se disent iamais que des choses : oà et doit ne

•^ A sedisenlquedes

voilà le point où je m'arrête; voilà le principe d'oh ''""'"• je conclus.

Avec toute autre préposition an' à et de. le con- ^-"^^f ^*'

11 i. ' conjotictitsavec

jonctif /e^we/et laquelle peut se dire des personnes posu;on'q7J!t

de.

et des choses : mais qui ne s'emploie qu'en parlant des personnes. Les revenus sur lesquels vous comptez; les accidens contre lesquels vous êtes en garde : l'homme chez qui ou chez lequel vous êtes allé : la personne avec qui ou avec laquelle vous m'avez compromis.

S'il s'agit de choses inanimées, on emploiera

564 GilA.MMAIRÈ.

quoi ou lequel : le principe sur quoi ou sur lequel

je me /onde : la chose en quoi ou dans laquelle il a

manqué.

nëcLsairê' ''de La grammaire , Monseigneur , serait bien longue

temp"'"sur"Ts cl bieu difficile , s'il fallait retenir toutes les règles

règles de grain-

maire. q^g jç yQ^jg doune dans ce chapitre et dans d'au-

tres. Mais mon dessein n'est pas de vous arrêter long-temps ^r ces choses ; je ne veux vous les faire observer qu'une fois : cela suffira pour vous préparer à étudier l'usage. Finissons ce chapitre par une question qui souffre quelques difficultés. Question. Pourquoi dit-on : votre ami est un des hommes

qui manquèrent périr dans la sédition ; quoiqu'on dise , votre ami est un des hommes qui doit le moins compter sur moi; pourquoi le pluriel qui manquèrent ^ dans l'une de ce phrases , et pourquoi, dans l'autre , le singulier qui doit ?

C'est que les vues de l'esprit ne sont pas les mêmes. On se sert de la première phrase quand on veut mettre votre ami parmi ceux qui manquèrent périr; et on se sert au contraire de la seconde , quand on veut le mettre à part ; et le sens est , votre ami est un homme qui doit, le moins de tous les hommes , compter sur moi.

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