CHAPITRE XXI
Des participes du présent.
Je VOUS ai déjà rappelé plusieurs fois, Monsei- Les participes
J L i. l ' du présent ne
gneur, que les verbes adjectifs sont des exprès- bie''sniX§?nrë
A r r r • A > 1 ' 1 ' . j ni dc nombrc
sions abrégées , équivalentes a deux elemens du discours , à un nom adjectif et au verbe être. Aimer est équivalent (^être aimant; lire y à' être lisant; faire, ^ être faisant. Ces adjectifs sont les participes du présent dont nous avons à traiter.
Ces participes, faciles à reconnaître, se terminent tous de la même manière, et leur terminaison ne souffre jamais aucune variation. D'ailleurs ils n'ont ni genre ni nombre, ou, si vous voulez , ils sont tout à la fois du masculin et du féminin , du singulier et du pluriel ; car , sans aucun égard pour le genre et pour le nombre des noms qu'ils modifient , on les prononce et on les écrit toujours de la même manière : les hommes préférant , les femmes préférant , un homme préférant. C'est en cela qu'on les distingue des autres adjectifs que nous terminons en am\, et qui sont susceptibles de genre et de nombre. Quand on dit, une vue riante; des personnes obligeantes; riantes et obligeantes rentrent dans la classe des autres adjectifs, et ce ne sont pas des participes.
566 GRAMMA-IRE.
Comment , Vous remarqucrez , Monseigneur , que les par* pr'len'uièvicn" ticipcs clu préscnt sont souvent précédés de la
nent substan- , . . r 7> •
tifs. préposition en. Je lai vu en passant ; en riant on
peut dire la véiité.
Or vous savez qu'une préposition indique le second terme d*un rapport , et vous concevez qu'il ne peut y avoir de rapport qu'entre deux choses qui existent, ou qui, étant considérées comme existantes, sont distinguées par des noms substantifs. La préposition en vous fait donc apercevoir deux substantifs dans les participes/^^jj-a/z/et riant.
Il n'est pas étonnant que ces noms, qui sont originairement des adjectifs, deviennent des substantifs , puisqu'ils participent du verbe qui , à l'intinitif, est un vrai substantif, et que d'ailleurs nous avons remarqué que les adjectifs se prennent souvent substantivement. Faisons actuellement l'analise de ces participes , lorsqu'on les emploie comme substantifs, et lorsqu'on les emploie comme adjectifs. La chose ne sera pas difficile. Anaiiscdeces En Hant , on peut dire la vérité . signifie, lors-
participes , em- -* *-'
[ïcSànTifs ^'^'^'^ ^^l oii quoiqu'on rie, on peut dire la vérité,.
joit comme
actifs. En riant est donc l'équivalent d'une proposition
subordonnée, et il exprime une action qui peut n'être pas un accessoire de la proposition principale, et qui n'en est un que par occasion.
Les courtisans , préférant leur avantage particulier au bien général^ ne donnent que des conseUs
GRAMMAIflE. S6']
!;, intéressés. Les courtisans préférant est ici la même chose que les courtisans qui préfèrent. Préférant est donc l'équivalent d'une proposition incidente ; /
il exprime une habitude qui paraît devoir être toujours un accessoire du substantif qui est modifié. La pensée est la même que si on disait : cest le caractère des courtisans de préférer leur avantage particulier au bien général, et c'est pourquoi ils ne donnent que des conseils intéressés.
Vous voyez , par l'analise de ces exemples , en quoi l'acception de ces participes employés comme substantifs, diffère de l'acception de ces mêmes participes employés comme adjectifs.
Quelquefois on supprime la préposition en , et i^^J^^ffinalors on ne sait plus si le participe doit être pris iau/^vUen*^"'' substantivement ou adjectivement. Les hommes jugeant sur l'apparence, sont sujets a se tromper.
Si dans cette phrase, jugeant est adjectif, il signifie les hommes qui jugent , et il les représente comme s'étant fait une habitude de juger sur l'apparence.
Si , au contraire ^ ce participe est un substantif, il signifie les hommes lorsqu'ils jugent, et alors il ne représente pas les jugemens qu'ils font sur l'apparence comme une habitude, mais seule- ^ ment comme une circonstance qui peut quelquefois les jeter dans l'erreur. C'est à un écrivain à savoir laquelle de ces deux choses il veut dire, et à la dire clairement.
L'équivoque peut être plus grande encore : je Vai rencontré allant a la campagne. On ne sait si la préposition doit être suppléée devant le participe allant^ ou si elle ne doit pas l'être ; et , par conséquent, on ne voit pas si c'est celui qui a rencontré ou celui qui a été rencontré , qui allait à la campagne.
Dans le cas où la préposition devrait être sup- -pléée, allant sev^it un substantif, et le sens serait : je rai rencontré en allant , c'est-à-dire lorsque j allais a la campagne. Dans le cas où la préposition ne devrait pas être suppléée , allant serait un adjectif, et le sens serait , je Vai rencontré qui allait a la campagne ^ Ces sortes de phrases sont incorrectes , et il les faut éviter.
* Quelques grammairiens voient un gérondif dans cette expression, en liant ^ en passant. Il serait plus exact de dire que nous n'avons point de gérondif. Si une langue n'avait, pour tout verbe , que le verbe être , la grammaire en serait fort simple. Mais combien ne la compliquerait-on pas , si on voulait trouver, dans cette langue, des verbes substantifs, adjectifs, actifs , passifs , neutres , déponens, réfléchis, réciproques, impersonnels, des participes, des gérondifs, des supins, etc. C'est ainsi que nous avons compliqué notre grammaire , parce que nous l'avons voulu faire d'après les grammaires latines. Nous ne la simplifierons qu'autant que nous rappellerons les expressions aux élémçns du discours.
GRAMMAIRE. S6g