‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 114 sur 131 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Des conjonctions.

cM^deTon- Nous avons vu que les conjonctions sont moins des élémens du discours que des expressions abrégées, auxquelles on pourrait suppléer par des expressions plus composées.

Deux propositions ne se lient que par les rapports qu'elles ont l'une à l'autre. Or le propre des conjonctions est de prononcer ces rapports. Une proposition se lie-t-elle à une précédente, comme conséquence ? nous avons les conjonc- ^ tions donc, ainsi; comme preuve? car; comme opposée ? mais cependant , pourtant ; affirmentelles ensemble ? nous avons la conjonction et y nient-elles ensemble ? ni ; affirment-elles séparément, en sorte que des deux une seule puisse être vraie ? ou. Mais , Monseigneur , il est inutile de faire l'énumération de toutes les conjonctions. Il le serait encore plus de charger votre mémoire des noms qu'on leur a donnés : car les grammairiens en ont distingué jusqu'à quinze espèces. Bornons-nous à observer la conjonction que, la seule qui puisse souffrir quelques difficultés, ôe la con- Nous avous VU , dans la première partie de

i onction qut. ^ i. l

cette grammaire , quelle est la nature de cette

conjonction , et comment elle a été trouvée ; il nous reste à voir comment on l'emploie.

Nous l'employons quelquefois dans des tours elliptiques , où la proposition principale est supprimée. Nous disons , par exemple , que je meure l c'est-k-dire plût à Dieu que je meure l qu'il se soit oublié jusqu'à ce point-la ! c'est-k-dire je suis étonné qu'il se soit oublié jusqu'à ce point-là. Quelquefois nous laissons à suppléer la conjonction même : qui m'aime me suive; c'est-à-dire je veux que celui qui m' aime me suii^e.

Avec cette conjonction , le verbe de la proposition subordonnée se met, tantôt à l'indicatif, ye sais qu'il est surpris; tantôt au subjonctif, /e doute qu'il SOIT surpris : or ce n'est pas la conjonction que y c'est le verbe de la proposition principale qui détermine le mode du verbe de la proposition subordonnée.

Si le verbe de la proposition principale affirme positivement et avec certitude , celui de la proposition subordonnée doit aussi affirmer positivement et avec certitude ; et nous disons à l'indicatif, je sais qu'il est surpris , parce que le propre de ce mode est l'affirmation. Au contraire nous disons au subjonctif, je doute qu'il soit surpris , parce que ce mode n'étant destiné qu'à marquer le rapport de la proposition subordonnée à la proposition principale, il conserve, dans le second verbe , le doute exprimé dans le premier.

La règle est donc que le verbe de la proposition subordonnée doit être au subjonctif toutes les fois que celui de la proposition principale exprime quelque doute , quelque crainte , quelque incertitude. Vous direz par conséquent : f ignore qu'il VIENNE, y<? sais quil viendra '.je crains qu'il lie réussisse , je crois qu'il réussira : je souhaite qù il parisienne y on dit qu'il est pansenu.

Cette règle s'applique à toutes les expressions composées où nous faisons entrer la conjonction que , et que les grammairiens mettent parmi les conjonctions. Ainsi il faut dire , attendu que cela est , vu que cela est ; parce ^a' attendu et vu affirment positivement ; et il faut dire , pourvu que cela soiT, afin que cela soit , avant que cela soit ; parce que pourvu , afin et avant ^ laissent dans l'esprit quelque incertitude , ou du moins quelque suspension.

Je ne crois pas , Monseigneur, qu'il y ait rien de plus à remarquer sur les conjonctions.

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