CHAPITRE IL
Observations sur le mouvement.
Un corps en i'* Uu corps pcrsévèrc dans son état de repos, à moins que quelque cause ne l'oblige à changer de lieu, c'est-à-dire à avoir d'autres relations avec les corps environnans, à en être plus ou moins distant : car le lieu ne doit être considéré que sous ce rapport, et jamais absolument.
C'est là un fait dont nous ne pouvons pas douter : car nous voyons qu'un corps en repos n'est mis en mouvement, qu'autant qu'une cause étrangère agit sur lui : il faut s'arrêter là. Les philosophes vous diront qu'il est de la nature d'un corps en repos de rester en repos, -et qu'il y a en lui une force par laquelle il résiste au mouvement : ils le diront, parce qu'ils sentent l'effort qu'ils sont obligés de faire toutes les fois qu'ils veulent transporter quelque chose. Mais quelle idée faut-il se faire de cette nature et de cette force résistante? c'est à quoi ils n'ont rien à répondre.
DE RA.ISOIVNE11. 67
2^ Un corps mû persévère à se mouvoir uni- un corps tai
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fermement et en ligne droite. C'est encore un f'^mAienuri^
P , , 15 /■ • 1 '•S''* droite,
tait prouve par i expérience , car le mouvement ne change de direction, n'est accéléré, retardé ou anéanti , que lorsque de nouvelles causes , agissent sur le corps mû. Les philosophes, qui rendent raison de tout, ne manqueront pas de vous dire , que comme il y a dans le corps en repos une force par laquelle il résiste au mouvement, il y a dans le corps en mouvement, une force par laquelle il résiste au repos.
Cette force par laquelle un corps persévère , Nousnecon-
••A ^ » naissons pas la
selon eux, dans son état de repos ou de mou- nomènes.""^'''' vement, ils VsippeWent/brce d'inertie; et dès qu'ils lui ont donné un nom , ils croient en avoir une idée. Voyons s'il serait possible de mieux concevoir la chose.
Quoique j'ignore la nature du mouvement , je ne puis douter que le mouvement ne soit autre chose que le repos. Pour mouvoir il faut donc produire un effet. Or tout effet demande une cause, et quoique cette cause soit d'une nature dont je n'ai point d'idée, je puis lui donner le nom à^/brce ; il suffit pour cela que je sois assuré de son existence.
Si donc une force est nécessaire pour mouvoir un corps , ce n'est pas qu'il y ait dans ce corps une force qui résiste, mais c'est que le mouvement est un effet à produire.
68 DE l'art
D'ailleurs qu'est-ce que cette force d'inertie qui résisterait au mouvement? Est-elle moindre que la force motrice , ou lui est-elle égale ? Si elle est moindre , la quantité par laquelle la force motrice lui est supérieure , est une force qui ne trouve point de résistance. Si elle lui est égale , nous ne concevons plus qu'un corps puisse être mù ; car deux forces opposées ne sauraient rien produire qu'autant que l'une surpasse l'autre ; et dans les cas d'égalité , il y aurait nécessairement équilibre. Pour rendre le repos à un corps en mouvement^ c'est un effet à détruire; et si ce corps persévère dans son mouvement, ce n'est pas par une force d'inertie, c'est par une force motrice qui lui a été communiquée. Aussi voyons-nous que le mouvement n'est retardé ou anéanti que lorsqu'un corps rencontre des obstacles. Si les forces qui agissent dans des directions opposées sont égales , il n'y a plus de mouvement ; si la première force communiquée continue d'être supérieure , le mouvement ne cesse pas , il se fait seulement avec moins de vitesse.
Nous ne sa- On dcmaudc si la force motrice est instantanée,
vons pas cora-
qu'on mime ^t u'agit qu'au premier instant , ou si son action
force niolrice. . , r ^ \ i • ^^»
est contmuee et se répète a chaque instant. C est une question à laquelle nous ne saurions répondre. Si la force n'agit qu'au premier instant , pourquoi le corps se meut-il encore le second , le troisième , etc. ? Nous ne concevons point de liai-
son entre le mouvement du second instant , du troisième , etc. , et la force qui n'agit qu'au premier. Il semble au contraire qu'à chaque instant le corps est comme s'il commençait à se mouvoir, et que ce qui lui arrive dans un instant quelconque , ne dépend point de ce qui lui est arrivé dans les précédens, et n'influe point sur ce qui lui arrivera dans les autres.
L'action de la force se répète-t-elle donc à chaque instant? Mais si elle a besoin de se répéter dans le second, qu'a-t-elle donc produit dans le premier ? N'a-t-elle pas mû le corps ? Elle se répétera dans le second, dans le troisième et dans tous pendant une éternité , que le corps n'en sera pas mû davantage. L'a-t-elle mû ? Elle lui a donc fait parcourir un espace. Mais un espace ne peut être parcouru qu'en plusieurs instans ; ce qui est contraire à la supposition que la force qui a mû un corps dans le premier instant a besoin d'être répétée pour le mouvoir dans les suivans. Nous ne saurions sortir de cette difficulté. Si la force est instantanée , nous ne concevons pas que le mouvement puisse durer au delà d'un instant : et s'il faut qu'elle se répète, nous tombons en contradiction; nous supposons qu'au premier instant un corps a parcouru un espace, et cependant un espace ne peut être parcouru qu'en plusieurs instans.
Laissons donc toutes ces questions, et bornons-
nouF. à dire : il y a du mouvement et une force, c'est-à-dire une cause qui le produit , mais dont nous n'avons point d'idée.
Ce commencement. Monseigneur, ne vous promet pas de grands succès : vous voyez toute notre ignorance, et vous avez de la peine à comprendre que nous puissions jamais savoir quelque chose. Vous en admirerez davantage l'édifice qui va s'élever à vos yeux.
Ce n'est pas seulement pour vous étonner que je vous ai montré combien nous sommes ignorans ; c'est que je veux vous conduire à des connaissances par la voie la plus courte et la plus sûre. Or rien n'était plus propre à ce dessein que d'écarter toutes fausses idées qu'on se fait sur le corps, la matière, l'espace, le temps, le mouvement, la force, etc.