‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 16 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la pesanteur.

Si vous cessez de soutenir un corps que vous AfiracUon,

canse inconnue

avez à la main , il tombe , et vous pouvez remar- de la pesanteur. quer ce phénomène dans tous les corps qui sont près de la terre. Tous descendent , si aucun obstacle ne les arrête. Or , cette direction est ce qu'on nomme pesanteur. Cet effet a pour cause une force que nous ne connaissons pas , et à laquelle nous donnerons le nom d'attraction^ parce que nous supposons qu'un corps ne descend que parce qu'il est attiré vers le centre de la terre.

Nous entendons par poids la quantité de force c* «pion en-

• ■* ■»■ tend par poids.

avec laquelle un corps descend.

Le poids total d'un corps n'est que la réunion des poids de toutes les particules qui le composent. Ces particules , réunies ou séparées , ont chacune le même poids; et ce corps ne peut descendre que comme elles descendraient chacune séparément.

74 DE l'art

L« poids Donc les poids de deux corps sont entre eux

sont comme Icj *■ ■

masses.

comme leurs masses, c'est-à-dire en raison de la quantité de matière qu'ils contiennent.

Les corps De là il s'cnsuit que tous les corps tomberaient

devraient donc A l

mCirvûe«e.'' avcc la mémc vitesse, s'ils ne trouvaient point de résistance ; et l'expérience le prouve. Dans la machine du vide , une pièce d'or et une plume arrivent en bas au même instant. Qu'on laisse entrer l'air dans le cylindre, la plume descend plus lentement, parce qu'elle trouve plus de résistance. Maîsiarésis- j^a pcsantcur de l'air est la cause de ce phéno-

tance de j air l l

"ace*dans"îâ mènc; car l'air étant pesant, comme on vous le

vitesse de leur

chute. prouvera , vous comprenez que la plume ne peut

descendre qu'autant qu'elle chasse l'air qui est au-dessous, et qu'elle le fait monter tout autour d'elle.

Or un corps qui tombe doit chasser plus d'air à proportion qu'il a un plus gros volume, ^^ c'est-à-dire à proportion qu'il occupe un plus grand espace.

La plume a donc une plus grande résistance à vaincre qu'une pièce d'or. Elle doit donc tomber plus lentement.

Comment L'attraction , que vous regarderez toujours

agit l'attraction 'T. O J

3an?toutïs"n comme la cause inconnue de la pesanteur , s'ob-

parties de la ma- , • i 1 1 • ^

tière. scrvc (lans toutes les particules de la matière.

Pourquoi, par exemple, une goutte d'eau est-elle sphérique? C'est que toutes les parties s attirant

DE RA^ISONNER. 75

également et mutuellement, il faut nécessairement quelles s'arrangent dans Tordre où elles sont à la moindre distance les unes des autres. Or cela ne peut arriver qu'autant que tous les points de la superficie , se plaçant à la même distance d'un centre , tendent tous vers ce centre commun.

Vous remarquerez sensiblement cette attraction , si vous approchez deux gouttes d'eau l'une de l'autre ; car à peine elles se toucheront , qu'elles n'en formeront qu'une.

Vous observerez la même chose dans les gouttes des métaux en fusion, et vous conclurez de là que toutes leurs parties s'attirent mutuellement.

Si ces gouttes s'aplatissent lorsqu'elles touchent une surface plane , c'est un effet de l'attraction de cette surface.

Représentez-vous la terre et les planètes comme autant de gouttes d'eau, et vous comprendrez comment tous les corps dont elles sont formées , et tous ceux qui sont à une certaine distance de , leur superficie , gravitent vers un même centre. Vous conjecturerez que si deux gouttes d'eau ont besoin de se toucher pour s'attirer, les planètes, ayant une masse infiniment plus grande, doivent s'attirer à une plus grande distance.

Vous reconnaîtrez donc dans tous les corps une attraction réciproque , comme vous la connaissez dans toutes les parties d'un seul. Ainsi

76 DE l'art

VOUS jugerez que tous les corps et corpuscules répandus dans Tunivers gravitent les uns vers les autres; et c'est là ce qu'on nomme grantation universelle.

Si vous n'apercevez pas toujours cette attraction entre tous les corps qui sont sur la surface de la terre , c'est que la terre , ayant infiniment plus de matière , les attire avec tant de force, que leur tendance réciproque devient insensible.

Il y a des philosophes qui rejettent cette attraction : ce sont les cartésiens. La raison sur laquelle ils se fondent, est qu'on ne saurait s'en faire une idée. Ils tâchent donc d'expliquer les phénomènes par l'impulsion , et ils ne s'aperçoivent pas que l'impulsion est une cause tout aussi inconnue. Les newtoniens au contraire ne rejettent pas absolument l'impulsion : ils disent seulement qu'ils ne comprennent pas comment elle produirait les phénomènes. Mais il n'est pas nécessaire d'entrer dans cette dispute : il vous suffira de remarquer les observations qu'on a faites, et de juger si elles concourent toutes à prouver l'attraction.

Page 1