‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 34 sur 131 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

nestqu lance.

Conclusion des chapitres précédens.

uwba" Q^^ l'homme , Monseigneur , est tout à la fois ignorant et sublime ! Pendant que chaque corps paraît se cacher à lui , l'univers se dévoile à ses yeux, et il saisit le système de ces choses dont la nature lui échappe. Placez en équilibre ce fléau de balance sur la pointe d'une aiguille , vous ferez du bout du doigt tourner autour d'un même centre les corps qui sont aux extrémités : voilà en quelque sorte l'image de l'univers , et c'est ainsi que Newton le soutient et le fait mouvoir.

Pour peu que vous réfléchissiez sur la balance, le levier, la roue, les poulies, le plan incliné €t le pendule , vous verrez que ces machines et d'autres plus composées se réduisent à une seule, la balance ou le levier. L'identité est sensible : elles prennent différentes formes pour produire plus commodément des effets différens ; mais dans le principe, toutes ne sont qu'une même machine.

Or notre univers n'est qu'une grande balance. Le soleil, arrêté au bras le plus court, est en équilibre avec les planètes placées à différentes distances ; et tous ces corps se meuvent sur un

DE RAISONNER. I Sq

point de suspension ou d'appui, qu'on nomme centre commun de gravité ; car point de suspension , point d'appui , et centre de gravité , sont au fond la même chose.

Cette comparaison suffit pour vous faire com- • prendre comment toutes ces masses sont réglées dans leurs cours par cette même force qui fait tomber ce cahier, si vous cessez de le soutenir. La pesanteur est la loi générale : c'est par elle que le soleil emporte autour de lui Mercure , Vénus , la Terre, Mars, Jupiter , Saturne , leurs lunes ou leurs satelUtes , et les comètes.

Or comme toutes les machines , depuis la plus , . Toutes le»

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simple jusqu'à la plus composée , ne sont qu'une une'seuîe"'* * même machine qui prend différentes formes pour produire des effets différens ; de même les propriétés qu'on découvre dans une suite de machines, toutes plus composées les unes que les autres, se réduisent à une première propriété, qui , se transformant , est tout à la fois une et multiple. Car s'il n'y a dans le fond qu'une machine , il n'y a dans le fond qu'une propriété. C'est ce dont vous serez convaincu si vous considérez que nous ne nous sommes élevés de connaissance en connaissance , que parce que nous avons passé de propositions identiques en propositions identiques. Or si nous pouvions découvrir toutes les vérités possibles, et nous en assurer d'une manière évidente , nous ferions une suite de propo-

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sitions identiques égale à la suite des vérités; et par conséquent nous verrions toutes les vérités se réduire à une seule. S'il y a donc des vérités dont l'évidence nous échappe, c'est que nous ne pouvons pas découvrir qu'elles sont identiques avec d'autres vérités que nous connaissons évidemment ; et tout vous prouve que l'identité est, comme je l'ai dit, le seul signe de l'évidence.

Je me suis borné jusqu'à présent aux connaissances que l'évidence de fait et l'évidence de raison nous donnent sur le système du monde. Il reste donc encore bien des choses à étudier. Je vous en enseignerai une partie , en traitant des autres moyens de nous instruire. Ce sera le sujet des livres suivans.

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