‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 45 sur 131 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Par quelle suite d'observations et de raisonnemens on s'est assuré du mouvement de la terre.

Chaque pia- I^cs corps paraisscut en mouvement toutes les

nèle paraît à ses ^ . ,., . I 1 a

habitansiecen- tois OU ils ccsscut (Ic sc conservcr dans la même

tre de tous les *

îTs'lër'"*"' "' situation, soit entre eux, soit par rapport au lieu d'où nous les regardons. Aux yeux de celui qui

vogue dans un vaisseau , tout ce qui est transporté avec lui, quoique mû, paraît immobile; et tout ce qui est au dehors, quoique immobile, paraît mû. La terre est peut-être ce vaisseau : si nous ne sentons point son mouvement, c'est qu'elle est poussée par une force égale et uniforme ; et si nous n'apercevons pas celui des objets qu'elle transporte, c'est qu'ils conservent entre eux et nous les mêmes rapports de situation. Vue d'une autre planète, c'est à elle que nous attribuerions tout le mouvement ; et la planète d'où nous l'observerions nous paraîtrait immobile. Supposons-nous successivement dans Mercure, Vénus, Mars, etc.; chacun de ces astres nous paraîtra ^

comme un centre autour duquel tous les cieux feront leurs révolutions. Toutes ces apparences ne prouvent donc rien.

La» lune présente successivement différentes Lesdifféren.

* tes phases de la

phases. Or, quand elle est pleine, il faut que q^J^eiie^sTmeut

^. 11 1 autour de la

nous nous trouvions directement entre elle et le terre. soleil , ou que le soleil soit directement entre elle et nous. Ce sont les deux seules positions où tout son disque peut se montrer à la fois.

Mais la parallaxe du soleil étant si petite , qu'on a fait des tentatives inutiles pour la déterminer, il est prouvé que cet astre est à une plus grande distance que la lune. D'ailleurs , il suffit d'observer l'ombre que la lune et la terre se renvoient tour à tour , lorsqu'elles s'éclipsent , pour être con- VI. i5

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vaincu que le soleil est au delà de l'orbite que décrit l'une de ces planètes autour de l'autre. Donc, lorsque la lune est pleine, nous sommes entre elle et le soleil.

Une seconde conséquence de ce principe , c'est que la lune n'est nouvelle que parce que, se trouvant entre le soleil et la terre, elle tourne vers nous l'hémisphère qui est dans les ténèbres.

Enfin, vous conclurez qu'elle présente une partie plus ou moins grande de son disque , lorsqu'elle paraît parcourir les arcs compris entre le point où elle est pleine, et cekii où elle est nouvelle. Les différentes phases de la lune sont représentées dans la figure 52.

Or, par la même raison que ces rapports de position démontrent que la lune doit se montrer à la terre sous différentes phases, ils démontrent également que la terre doit se montrer à la lune sous autant de phases différentes ; et les phénomènes seront les mêmes, soit qu'on suppose le mouvement de révolution dans la terre , soit qu'on le suppose dans la lune. Mais les principes établis plus haut prouvent que c'est la lune qui tourne proprement autour de la terre; car le centre commun de gravité est quarante fois plus près de la terre que de la lune.

Si on réfléchit sur ce dernier raisonnement, on reconnaîtra que les propositions démontrées sont

identiques avec les observations; car dire que la lune ou la terre tourne, c'est dire qu'elles changent de situation l'une par rapport à l'autre ; et dire qu'elles changent de situation , c'est dire qu'elles se présentent différentes phases.

En considérant les effets qui doivent résulter lesdifferen-

^ tes phases de

des rapports de position, on reconnaîtra que la qi-X'^Tor^e

■ -, •■,. 1^ 1 , . autour du so-

lune donnerait heu aux mêmes phénomènes, si leii dans une or-

A '' bite plus petite

elle tournait autour du soleil dans une orbite qui J.Tre?"*' *'*' ^^ ne renfermât pas la terre. Tel est le cas de Vénus. Elle offre successivement les mêmes phases que la lune : lorsqu'elle est nouvelle, on la voit quelquefois passer comme une tache sur le disque du soleil : elle est pleine , lorsque le soleil est entre elle et nous; et dans les autres positions, elle ne laisse voir qu'une partie de son disque. Voyez la figure 53.

Si l'orbite d'une planète renfermait tout à la l'observation

I prouve que lor-

fois la terre et le soleil, les phénomènes ne seraient renferme Se

11 V -ri r ■ \ • . . , de la terre.

plus les mêmes. Il est évident que si on consKîere une planète dans les différentes positions où elle serait alcirs par rapport à nous, il n'y en a qu'une où sa rondeur serait un peu altérée. C'est lorsqu'elle serait à 90 degrés (tu soleil. Voyez la figure 54. Dans toute autre son disque, toujours parfaitement rond, paraîtrait seulement plus petit ou plus grand , suivant qu'elle s'éloignerait ou se rapprocherait de nous : tel est Mars. L'évidence de fait et l'évidence de raison concourent donc à

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démontrel^ qu'il tourne autour du soleil dans une orbite qui renferme celle de la terre.

Elle prouve Lcs méines observatious et le même raisounc-

la même cliuse

Jîu/"t'dîcd"ë ment sont applicables à Jupiter et Saturne. Mais tandis que les inégalités du diamètre apparent sont fort sensibles dans Mars , elles le sont beaucoup moins clans Jupiter, et moins encore dans Saturne ; preuve évidente que Jupiter fait sa révolution au delà de l'orbite de Mars, et que Saturne fait la sienne au delà de l'orbite de Jupiter. Raisons qui Mcrcurc cst trop près du soleil pour être ob-

prouveiit que 11 *.

rlvoîui?on''Lu- servé comme les autres planètes; mais ce qui prouve qu'il fait sa révolution , c'est qu'il faut le supposer pour trouver dans son cours la même régularité que dans celui des autres planètes. Si l'évidence de fait et l'évidence de raison nous manquent à cette occasion , il ne faut pas croire que la révolution de Mercure autour du soleil soit une supposition gratuite ; elle est suffisamment indiquée ; et pour n'être pas évidente , elle n'en est pas moins hors de doute ; elle est prouvée d'ailleurs par les lois de la gravitation. s«périeî!ef a P^rmi Ics planètes, les unes décrivent des orbites fërieures "font autour dc la tcrrc et du soleil ; on les nomme supé-

leurs révolu- -*

îempslr/gauî! ncures , parce qu'elles sont en effet plus élevées que nous, par rapport à cet astre, qui est véritablement en bas , puisque c'est le centre vers lequel tout pèse. Les autres parcourent des orbites au delà desquelles nous nous trouvons , et on les nomme

iriférieures, parce qu'étant plus près du soleil, elles sont en effet plus bas que nous.

Toutes les planètes, comme nous l'avons remarqué, font leurs révolutions clans des temps inégaux , et elles précipitent ou retardent leurs cours , suivant qu'elles sont dans leur aphélie ou dans leur périhélie.

Si nous nous placions au centre de ces révo- Queis seraient

^ pour nous les

lutions, nous verrions tous ces corps avancer itsTouTpia-

, I - \ .1 I -1 • cions au centre

reguherement chacun dans son orbite , et nous de ces révoiu-

^ lions.

ne remarquerions d'autre variation, sinon que le mouvement en serait plus lent ou plus rapide.

Mais supposons -nous dans Vénus, que nous phénomènos

que nous ver-

savons être transportée autour du soleil , et voyons ''"''« ^« ^«™*quels seraient les phénomènes.

Supposons le soleil en S, que ABCD soit l'or- Fig. 55. bite de Mercure, planète inférieure, par rapport à Vénus, et que MON soit une portion de la sphère des étoiles fixes.

Ces deux planètes, ainsi que toutes les autres, sont transportées d'occident en orient; mais Mercure, ayant un mouvement plus rapide , passe et repasse par les mêmes points , avant que Vénus ait achevé sa révolution.

Lorsqu'il se meut de G par D en A, il doit paraître aux habitans de Vénus, aller de M par O en N, c'est-à-dire qu'il doit paraître se mouvoir, suivant l'ordre des signes , d'occident en orient , et son mouvement est direct.

a3o DE l'art

Lorsqu'il va de A en F, il tend vers Vénus dans la direction d'une ligne droite. Il devrait donc paraître s'arrêter dans le même point du ciel. Mais parce que Vénus se meut , il paraîtra se mouvoir avec le soleil d'occident en orient. Il sera donc , encore ^direct.

Depuisy jusqu'en ^, Mercure va d'un mouvement plus rapide que Vénus. Il paraîtra donc se mouvoir de N en O, contre l'ordre des signes,, d'orient en occident; c'est-à-dire qu'il paraîtra rétrograder.

Enfin , si Mercure , étant en F au moment que Vénus est en u, parcourt la courbe F f dans le même temps que Vénus parcourt la courbe u V, la ligne qui passe par le centre des deux planètes sera transportée d'un mouvement parallèle : en ce cas Mercure ne paraîtra pas changer de lieu , par rapport à Vénus; il sera donc jugé stationnaire. L'observation sera encore la même , si Mercure va de ^ en G, lorsque Vénus va de V en u.

Les mêmes phénomènes auront encore lieu de

Vénus à une planète supérieure, telle que Mars.

Fi«. 56. Soit Mars en M , et Vénus en A ; Mars paraîtra

Planche vî. ' 7 F

stationnaire , tant que les lignes droites que vous concevez tirées de l'une à l'autre planète, resteront parallèles.

Lorsque Vénus va de A en G par B , Mars paraîtra se mouvoir dans l'ordre des signes, soit par le mouvement qui lui est propre , soit par

celui de Vénus , transportée dans la partie du cercle qui est au delà du soleil. Mars sera donc direct.

Enfin, lorsque Vénus passe de C en A par D, elle laisse Mars derrière elle , parce qu elle se meut plus rapidement. Mars paraîtra donc avancer contre l'ordre des signes, et il sera rétrograde.

Tels sont les phénomènes qui seraient vus de <^«s phéno-

l A menés prouvent

Vénus. Or nous les apercevons nous-mêmes ces ^"ut'auiourdu * phénomènes. Notre terre fait donc, comme'""* toutes planètes, une révolution autour du soleil : et tout prouve que nous ne sommes pas le centre de notre système.

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