LE RAISONNEMENT
Un homme vertueux mérite d'être récompensé. Pierre est un homme vertueux ; donc Pierre mérite d'être récompensé. Voilà un raisonnement : il est formé de trois jugemens, qu'on appelle />r<^(9j"/tions.
Or, puisqu'un jugement n'est que l'attention qui compare et qui aperçoit un rapport , il est évident qu'un raisonnement ne peut être que l'attention même , puisqu'il n'est formé que de jugemens. Il nous reste à considérer ce qu'il y a de particulier dans les jugemens dont un raisonnement est composé.
D'après l'exemple que je viens d'apporter, nous voyons que ce qui constitue un raisonnement , c'est que le troisième jugement est renfermé dans les deux premiers ; car lorsque je dis:
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Pierre est un homme vertueux, et un homme vertueuit mérite cVèlre récompensé, c'est dire que Pierre mérite d'être récompensé : la chose est même sensible à l'oeil. Voilà pourquoi celui qui a aperçu la vérité des deux premiers jugemens, ne peut pas ne pas assurer le troisième. 11 infère donc que Pierre mérite d'être récompensé; et, en tirant cette conséquence , il ne fait qu'énoncer explicitement ce qu'il a déjà dit implicitement.
D'après cette explication , je dis qu'un raisonnement n'est que l'attention qui est déterminée à porter un troisième jugement, parce qu'elle le voit renfermé dans deux jugemens qu'elle a faits.
Comme l'oreille entend les sons, l'âme entend les idées; et on dit X entendement de l'âme. Or, comment l'àme entend-elle les idées ? C'est en donnant son attention, en comparant, en jugeant, en réfléchissant , en imaginant , en raisonnant. L'entendement embrasse donc toutes les opérations ; il n'en est que le résultat.
On donne à ces opérations le nom àç; faculté, et alors on ne veut pas dire qu'elles sont actuellement dans l'âme ; on veut dire seulement que l'âme en est capable. Ce nom se donne aussi dans le même sens aux actions du corps. Nous avons la faculté de voir, de marcher, de comparer et de
DES LEÇONS PRÉLJMINAIRES. SlQ
juger, parce que nous sommes capables de voir, de marcher , de comparer et de juger.
D'après ce que nous venons d'exposer dans cet article, on peut conclure que les opérations de l'entendement ne sont que la sensation même, qui se transforme en attention, eii comparaison , en jugement, en réflexion.