LE DÉSIR
La privâtiôii d'une chose que vous jugez Vous étrfe nécessaire , produit en vous un malaise ou une inquiétude, en sorte que vous souffrez plus ou moins : c'est ce qu'on nomme besoin.
Le malaise détermine vos yeux, votre toucher, tous vos sens, sur l'objet dont vous êtes privé. Il détermine encore votre âme à s'occuper de toutes les idées qu'elle a de cet objet, et du plaisir qu'elle pourrait en recevoir. Il détermine donc l'action de toutes les facultés du corps et de l'âme.
Cette détermination des facultés sur l'objet dont on est privé, est ce qu'on appelle désir. Le désir n'est donc que la direction des facultés de Tâme , si l'objet est absent; et il enveloppe encore la direction des facultés du corps , si l'objet est présent.
Les désirs sont plus ou moins vifs, à proportion que l'inquiétude, causée par la privation, est plus ou moins grande; car plus nous souffrons de la privation d'une chose, plus il y a de viva-
cité dans la direction des facultés du corps et de l'âme.
Les désirs prennent le nom de passions, lorsqu'ils sont vifs et continus, c'est-à-dire lorsque nos facultés se dirigent avec force , et continuent sur le même objet.
Si au désir de la chose dont on est privé on ajoute ce jugement je V obtiendrai, alors naît l'espérance. Ainsi l'espérance suppose la privation de la chose, le jugement qu'elle nous est nécessaire , et le jugement qu'on l'obtiendra.
Si à ce jugement je Vchtiendrai, on substitue
je ne dois point troiwer d'obstacle, rien ne peut me
résister^ le désir est alors ce qu'on nomme volonté.
Je veux signifie donc je désire et je pense que
rien ne peut contrarier mon désir,