‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 65 sur 131 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

Que rame est une substance différente du corps.

Lorsque nous touchons, nous ne pouvons remarquer, dans les organes du tact, que des monvemens qui varient comme les impressions qui se font sur les fibres; et ces mouvemens occasionnent en nous des sensations de solidité ou de fluidité , de dureté ou de mollesse , de chaleur ou de froid , etc.

Lorsque nous voyons des couleurs, les rayons de lumière qui réfléchissent de dessus les objets viennent frapper les fibres d'une membrane qui est au fond de l'œil, et y causent un ébranlement.

Lorsque nous entendons des sons, les vibrations du corps sonore se communiquent à l'air, et de l'air au timpan.

En un mot , il ne peut y avoir que du mouvement dans les organes; et cependant une sensation,

quoique produite à l'occasion du mouvement, n'est pas ce mouvement même. Les sensations ne sont donc pas dans les organes.

Elles sont par conséquent.dans quelque chose , qui est différent de tout ce qui est corps ; c^est-à-dire dans une substance où il y a autre chose que du mouvement. C'est ce qu'on nomme âme, esprit y ou substance spirituelle. Plus nous réfléchirons sur les propriétés de cette substance , plus nous nous convaincrons qu'elle est tout-à-fait différente du corps.

L'âme compare les sensations qui lui sont transmise par différens organes. Toutes les sensations se réunissent donc en elle, comme dans une seule substance. Car si les cinq espèces de sensations appartenaient à cinq substances , comme les mouvemens qui les occasionnent appartiennent à cinq organes différens , aucune de ces substances ne les poujrrait comparer.

En quoi donc consiste l'unité de Tâme ? Est-elle une dans le même sens que nous disons qu'un corps est un? Mais un corps est composé de deux moitiés, et chaque moitié l'est de deux autres; en sorte que , pour arriver à une substance qui soit une , il faudrait arriver à une substance qui n'eût pas deux moitiés, qui n'eût pas plusieurs parties , qui ne fût point composée; c'est-à-dire à une substance simple.

Si l'âme est une dans le même sens que le corps ,

DES LEÇONS PRÉLOimA^IRES. 3^7

elle n'est pas une projDtement; elle est au contraire une collection de plusieurs substances.

Dans ce cas , ou les sensations se partageraient eiîtt^ les substances , en sorte que l'une en aurait qiife l'autre n^àiirait pas , ou chaque sensation appartiendrait également à toutes les substances et à chacune. Si les sensations se partageaient entre toutes lés substances , il n'y en aurait auculie en nous qui pût les cotiipater. Cette sUj3position ne peut donc pas avoir lieu. -^

Si toutes les sensrîtibns Se ï^ëtlhîfesent danî^ chacune également, c'est une conséquence que chaque substance soit une, proprement et absolument, sans composition. Voudra-t-oti supposer qu'elles sont composées? Je répéterai le même raisonnement; et je dirai : ou les sensations se partagent enli'e lés substances, ou elles se rassemblent toutes dans chacune. On sera donc obligé de reconnaître enfin qu'elles tie peuvent Se ttoûvéf ensetnble^ que dahS une substance qui n'est pas composée de plusieurs autres , que dans Une substance simple. L'âme est donc simple et sans composition ^

Noiis voyotis la substance étendue, nous la touchons, c'est-à-dire que nous éti apercèvbtià les qualités, telles que la solidité, la figure, le mouvement. Nôils voyons également, et nous

Vbans le Traité sur V Art de Raisonner, on donnera un tlônveati jour à cette démonstration.

SaS PRicis

touchons en quelque sorte la substance inétendue ou l'âme ; car nous apercevons des observations qui n'appartiennent qu'à elle, et que nous avons comprises sous le nom général (\e pensée. Mais, comme nous n'apercevons pas ce qui est dans le corps le sujet de la solidité, de la figure et du mouvement, nous n'apercevons pas non plus ce qui est dans l'âme le sujet des opérations de l'entendement et de la volonté. En un mot, soit que nous observions la substance étendue, soit que nous observions la substance simple , nous ne pouvons apercevoir que les qualités qui leur appartiennent; et, dans l'un et l'autre cas, que ce que 'nous nommons substance, c'est-à-dire sujet ou soutien des qualités, nous est également inconnu, ^.-a »;> : jir.^ > u; ;v : ;«t^m'>i|â*<

Les corps ne sont figurés, mobiles, etc., que parce qu'ils sont étendus. L'étendue est donc la propriété qui les distingue. Toutes les autres qualités supposent cette propriété , et elles n'en sont que des modifications. ^ .r^ijH«>#*(

De même , Fâme ne juge et ne raisonne, que parce qu'elle a des sensations. La faculté de sentir est donc la propriété qui la distingue; et toutes ses opérations ne sont que dçs différentes manières de sentir. ? . :l; ;i .î*->il5i»*fiï

, : On peut donc définir le corps une substance étendue, et l'âme une substance qui sent. Or il suffit de considérer que l'étendue et ta sensation

sont deux propriétés incompatibles , pour être couvaincu que la substance de l'âme et la substance du corps sont deux substances absolument différentes.

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