‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 68 sur 131 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du langage d'action.

Ljes gestes , les mouvemens du visage et les accens inarticulés, voilà, Monseigneur, les premiers moyens que les hommes ont eus pour se communiquer leurs pensées. Le langage qui se forme avec ces signes se nomme langage d'action.

Par les gestes, j'entends les mouvemens du bras , de la tête , du corps entier , qui s'éloigne ou s'approche d'un objet , et toutes les attitudes que nous prenons, suivant les impressions qui passent jusqu'à l'âme.

Le désir, le refus, le dégoiit, l'aversion, etc., sont exprimés par les mouvemens du bras , de la tête , et par ceux de tout le corps ; mouvemens plus ou moins vifs, suivant la vivacité avec laquelle nous nous portons vers un objet, ou nous nous en éloignons.

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Tous les senlimens de l'âme peuvent être exprimés par les attitudes du corps. Elles peignent d'une manière sensible l'indifférence , l'incertitude, l'irrésolution, l'attention, la crainte et le désir confondus ensemble, le combat des passions, tour à tour supérieures les unes aux autres; la confiance et la méfiance , la jouissance tranquille et la jouissance inquiète, le plaisir et la douleur, le chagrin et la joie, l'espérance et le désespoir, la haine, l'amour, la colère, etc.

Mais l'élégance de ce langage est dans les mouvemens du visage, et principalement dans ceux des yeux. Ces mouvemens finissent un tableau que les attitudes n'ont fait que dégrossir; et ils expriment les passions avec toutes les modifications dont elles sont susceptibles.

Ce langage ne parle qu'aux yeux. Il serait donc souvent inutile , si, par des cris, on n'appelait pas les regards de ceux à qui on veut faire connaître sa pensée. Ces cris sont les accens de la nature : ils varient suivant les sentimens dont nous sommes affectés ; et on les nomme inarticulés , parce qu'ils se forment dans la bouche^ sans être frappés ni avec la langue , ni avec les lèvres. Quoique capables de faire une vive impression sur ceux qui les entendent, ils n'expriment cependant nos sentimens que d'une manière imparfaite; car ils n'en font connaître ni la cause , ni l'objet , ni les modifications; mais ils invitent à remarquer les

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gestes et les mouvemens du visage ; et le concours de ces signes achève d'expliquer ce qui n'était qu'indiqué par ces accens inarticulés.

Le langage Si VOUS réfléchisscz sur les signes dont se forme

u'action est une *-'

foimalionX Ic laugagc d'actiou , vous reconnaîtrez qu'il est °'** "' une suite de la conformation des organes ; et vous conclurez que, plus il y a de différence dans la conformation des animaux , plus il y en a dans leur langage d'action, et que par conséquent ils ont aussi plus de peine à s'entendre. Ceux dont la conformation est tout-à-fait différente, sont dans l'impuissance de se communiquer leurs sentimens. Le plus grand commerce d'idées est entre ceux qui, étant d'une même espèce, sont conformés de la même manière.

Quoiqu'il soit Ce lanffaffe est naturel à tous les individus d'une

naturel, on a o O

flTndvt *^^" même espèce, cependant tous ont besoin de l'apprendre. Il leur est naturel, parce que si un homme qui n'a pas l'usage de la parole montre d'un geste l'objet dont il a besoin , et exprime par d'autres mouvemens le désir que cet objet fait naître en lui, c'est, comme nous venons de le remarquer , en conséquence de la conformation. Mais si cet homme n'avait pas observé ce que son corps fait en pareil cas , il n'aurait pas appris à reconnaître le désir dans les mouvemens d'un autre. Il ne comprendrait donc pas le sens des mouvemens qu'on ferait devant lui ; il ne serait donc pas capable d'en faire à dessein de sem-

blables pour se faire entendre lui-même. Ce langage n'est donc pas si naturel, qu'on le sache sans l'avoir appris. L'erreur où vous pouviez tomber à ce sujet vient de ce qu'on est porté à croire qu'on n'a appris que ce dont on se souvient d'avoir fait une étude. Mais avoir appris n'est autre chose que , savoir dans un temps ce qu'on ne savait pas auparavant. En effet, qu'en conséquence de votre conformation , les circonstances seules vous aient instruit de ce que vous ne saviez pas, ou que vous vous soyez instruit vous-même , parce que vous avez étudié à dessein, c'est toujours apprendre.

Puisque le lansjafi^e d'action est une suite de la Ennousdon-

■•• O O nanl jg^ signes

conformation de nos organes, nous n'en avons t"euTdl''ja*naI

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