‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 72 sur 131 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Combien les signes artificiels sont nécessaires pour décomposer les opérations de l'âme, et nous en donner des idées distinctes.

Le jugement LorsQu'ou lufife qu'uu arbre esterand, l'opé-

peutêtreconsi- . .

"^erceToTTu Tatiou dc l'csprit n'est que la perception du rap-

comme une af- . i / > / ■ U

firmaiioD. port de grand a arc?re , si , comme nous 1 avons

dit , juger n'est qu'apercevoir un rapport entre deux idées que l'on compare.

Il est vrai, Monseigneur, que vous auriez pu m'objecter que lorsque vous jugez vous faites quelque chose de plus que d'apercevoir. En effet, vous ne voulez pas seulement dire que vous apercevez qu'un arbre est grand , vous voulez encore affirmer qu'il l'est.

Je réponds que la perception et l'affirmation ne sont , de la part de 1 esprit, qu'une même opération , sous deux vues différentes. Nous pouvons considérer le rapport entre arbre et grand, dans la perception que nous en avons , ou dans les idées, de grand et d'arbre , idées qui nous représentent un grand arbre comme existant hors de nous. Si nous le considérons seulement dans la perception , alors il est évident que la perception et le jugement ne sont qu'une même chose. Si au contraire nous le considérons encore dans les idées de grand et d'arbre, alors l'idée de grandeur convient à l'idée d'arbre , indépendamment de notre perception , et le jugement devient une affirmation. Envisagée sous ce point de vue , la proposition , cet arbre est grand , ne signifie pas seulement que nous apercevons l'idée d'arbre avec l'idée de grandeur : elle signifie que la grandeur appartient réellement à l'arbre.

Un jugement comme perception, et un jugement comme affirmation , ne sont donc qu'une

même opération de Tesprit; et ils ne diffèrent que parce que le premier se borne à faire considérer un rapport dans la perception qu'on en a, et que le second le fait considérer dans les idées que l'on compare.

Comment, Qv d'où uous vient le pouvoir d'affirmer ou

avec le secours *

ficfeîi^le! iu^fii- fîe considérer un rapport dans les idées que nous

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taient que des comparous , plutôt que dans la perception que

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firmâtloîil" *^" îioiis en avons ? De l'usage des signes artificiels.

Vous avez vu que pour découvrir le mécanisme d'une montre , il la faut décomposer , c'esl-à dire en séparer les parties, les distribuer avec ordre , et les étudier chacune à part. Vous vous êtes aussi convaincu que cette analise est l'unique moyen d'acquérir des connaissances, de quelques espèces qu'elles soient.

Vous avez jugé en conséquence que pour connaître parfaitement la pensée , il la fallait décomposer , et en étudier successivement toutes les idées , comme vous étudierez toutes les parties d'une montre.

Pour faire cette décomposition , vous avez distribué avec ordre les mots qui sont les signes de vos idées. Dans chaque mot vous avez considéré chaque idée séparément; et dans deux mots que vous avez rapprochés, vous avez observé le rap- ^ port que deux idées ont l'une à l'autre. C'est d9nc à l'usage des mots que vous devez le pouvoir de considérer vos idées chacune en elle-même, et de

lès comparer les unes avec les autres , pour en découvrir les rapports. En effet vous n'aviez pas d'autre moyen pour faire cette analise. Par conséquent , si vous n'aviez eu l'usage d'aucun signe artificiel , il vous aurait été impossible de la faire.

Mais si vous ne pouviez pas faire cette analise , vous ne pourriez pas considérer séparément, et chacune en elle-même , les idées dont se forme votre pensée. Elles resteraient donc comme enveloppées confusément dans la perception que vous en avez.

Dès qu'elles seraient ainsi enveloppées, il est évident que les comparaisons et les jugemens de votre esprit ne seraient pour vous que ce que nous appelons perception. Vous ne pourriez pas faire cette proposition, cet arbre est grand; puisque ces idées seraient simultanées dans votre esprit, et que vous n'auriez pas de moyens pour vous les représenter dans l'ordre successif qui les distingue , et que le discours peut seul leur donner. Par conséquent , vous ne pourriez pas juger de ce rapport , si , par en juger , vous entendez l'affirmer.

Tout vous confirme donc que le jugement, pris pour une affirmation, est, dans votre esprit, la 'même opération que le jugement pris pour une perception ; et qu'ayant par vous-même la faculté d'apercevoir un rapport, vous devez à l'usage des signes artificiels la faculté de l'affirmer ou de

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