CHAPITRE VU
Comment le langage d'action décompose la pensée.
cummeni la Lc langage d'action , Monseigneur, que je veux g'"^Pd'lclfon"ê vous faire observer, n'est pas celui dont les pan-
ilécompose aux . . 9 1*1
yeux de ceux toHiimes out fait uu art; c est celui que la nature
qui l'observent. »■
nous fait tenir en conséquence de la conformation qu'elle a donnée à nos organes.
Lorsqu'un homme exprime un désir par son action , et montre d'un geste lin objet qu'il désire , il commence déjà à décomposer sa pensée ; mais il la décompose moins pour lui que pour ceux qui l'observent.
Il ne la décompose pas pour lui; car, t;ant que les mouvemens qui expriment ses différentes idées ne se succèdent pas, toutes ses idées sont simultanées comme ses mouvemens. Sa pensée s'offre donc à lui tout entière , sans succession et sans décomposition.
Mais son action la décompose souvent pour ceux qui l'observent; et cela arrive toutes les fois qu'ils ne peuvent comprendre ce qu'il veut, qu'après avoir porté la vue sur lui pour y remarquer l'expression du désir, et ensuite sur l'objet pour remarquer ce qu'il désire. Cette observation rend donc successifs, à leurs yeux, des mouvemens qui
étaient simultanés dans l'action de cet homme ; et elle fait voir deux idées séparées et distinctes , parce qu'elle les fait voir l'une après l'autre.
Or, si un homme qui ne parle que le langage d'ac- ^ comment ii tion, remarque que pour comprendre la pensée S?" '"'" d'un autre , il a souvent besoin d'en observer successivement les mouvemens, rien n'empêche qu'il ne remarque encore tôt ou tard que , pour se faire entendre lui-même plus facilement, il a besoin de rendre ses mouvemens successifs. Il apprendra donc à décomposer sa pensée ; et c'est alors , ^ comme nous l'avons remarqué, que le langage d'action commencera à devenir un langage artificiel. /
Cette décomposition n'offre guère que deux ou wees dis-
.,,-... ,, -1 ^ • • tlnctes qu'offre
trois idées distinctes : telles que , j aijaim, je voit- '■^^^^'''^^''drais ce fruits donnez-le-moi. Elle n'offre donc que des idées principales, plus ou moins composées. Mais la force des besoins , la vivacité du désir, le goût qu'on se flatte de trouver dans le fruit qu'on demande, la préférence qu'on donne à ce fruit , la peine qu'on souffre par la privation , etc. , sont autant d'idées accessoires qui ne se démêlent pas encore , et qui cependant sont exprimées dans les regards , dans les attitudes , dans l'altération des traits du visage, en un mot dans toute l'action. Ces idées ne se décomposeront qu'autant que les circonstances détermineront à faire remarquer les uns après les autres les mouvemens qui en sont les signes naturels. ^
4o6 GRAMMAIRE.
Il serait curieux, Monseigneur, de rechercher jusqu'où les hommes pourraient porter cette analise; mais ce sont des détails dans lesquels je ne dois entrer qu'autant qu'ils peuvent être utiles à l'objet que je me propose. Il me suffit, pour le présent, d'avoir observé comment le langage d'action commence à décomposer la pensée. Passons au langage des sons articulés.