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CHAPITRE XII

Analise des termes de la proposition.

Considérons actuellement les trois termes d'une w<f" qu'on

se fait du suiet,

proposition. Le sujet est la chose dont on parle , j^ If^t""^ "^ l'attribut est ce qu'on juge lui convenir, et le verbe prononce l'attribut du sujet : telles sont les idées qu'on se fait de ces trois sortes de mots.

Pour parler d'une chose, il faut lui avoir donné Nousnedon-

* nons des noms

un nom, ou pouvoir la désigner par plusieurs ^"'i*"%J^;^°^"t

, . I 1 • 1 dano la natur«

mots equivalens ; et pour lui donner un nom , ou ou aan» notre

■'■ * esprit.

pour la désigner par plusieurs mots , il faut

qu'elle existe , ou que nous puissions la regarder comme existante ; car ce qui n'existerait ni dans la nature ni dans notre manière de concevoir, ne saurait ttre l'objet de notre esprit. Le néant même prend une sorte d'existence lorsque nous en parlons.

Noms propres. Les uoms douués aux individus s'appellent noms propres. Or, puisque les individus sont les seules choses qui existent dans la nature , nous ne parlerions que des choses qui existent réellement, et nous n'aurions que des noms propres. Noms gêné- Mais parcc que les idées générales s'offrent à nous comme quelque chose qui convient à plusieurs individus , elles prennent dans notre esprit une sorte de réalité et d'existence. Voilà pourquoi nous avons pu leur donner ces noms , et ces noms sont généraux comme elles.

Touscesnoms Ccs idécs sout dc dcux espèces ; les unes dis-

ont romnris *

raux.

sont compris

mrnafion*^'"dê tlugueut par classes les individus qui existent véritablement : tels sont philosophe , poète ^ prince, homme, etc.; les autres distinguent par classes des qualités que nous considérons comme exis- , tantes avec d'autres qualités qui les modifient:

tels sont Jigure, rondeur, couleur, blancheur, vertu, prudence, courage^ etc.; ces noms généraux de l'une et de l'autre espèce , ainsi que tous les noms d'individus , sont compris sous la dénomination générale de substantifs.

propos"iiln"e"' Puisquo ccs uoms comprennent tout ce qui

l'adjectif diffèrent.

GRAMMAIRE. /jSq

existe dans la nature et tout ce qui existe dans toajoursunnom

^ substantif.

notre esprit , il^ comprennent toutes les choses dont nous pouvons parler. Tout nom qui est le sujet d'une proposition est donc un nom substantif.

Lorsque Racine dit, en parlant à Thomas Nom adjectif. Corneille , votre illustre frère fit voir..,, vous remarquez que votre et illustre ajoutent chacun quelque accessoire à l'idée queyrè/e rappelle. Par cette raison , ces mots sont nommés adjectifs , d'un mot latin qui signifie ajouter.

Frère., ainsi que tout autre substantif, exprime F,n quoi le un être existant, ou qu'on regarde comme existant. Au contraire , votre et illustre expriment des qualités que l'esprit ne considère pas comme ayant une existence par elles-mêmes , mais plutôt comme n'ayant d'existence que dans le sujet qu'elles modifient.

De ces trois idées , celle A^ frère est la principale ; et les deux autres, qui n'existent que par elle, sont nommées accessoires , mot qui signifie qu'elles viennent se joindre à la principale , pour exister en elle et la modifier.

En conséquence , nous dirons que tout substantif exprime une idée principale , par rapport aux adjectifs qui le modifient , et que les adjectifs n'expriment jamais que des iciées accessoires.

Illustre modifieyrère; xwdiv^Jrere modifie Pierre Corneille, que Racine indique et qu'il ne nomme

44o GBAMMATRE.

pas. Voilà donc un adjectif et un substantif qui

modifient également; en quoi donc different-ils?

C'est que l'adjectif modifie en faisant exister la

qualité dans le sujet , illustre dans frère; et que le

substantif modifie en faisant exister le sujet dans

une certaine classe, Corneille dans la classe qu'on

nomme yré-r^. On reconnaît donc les substantifs ,

en ce qu'ils sont des noms de classes : tels sont

roi ^ philosophe , poète ^ Si les noms propres sont

des substantifs, parce qu'ils expriment des choses

qui ont une existence dans la nature, les noms

de classes en sont également , puisqu'ils expriment

des choses qui ont une existence dans notre esprit.

Les adjectifs Dans votre illustre frère , vous remarquerez deux

fetTou e.'i'e dé" acccssoircs. Votre détermine de qui est frère celui

ve oppant. ^qx\\. OU parlc ; et illustre explique ou développe

l'idée qu'on se fait de votre frère.

Il n'y a, en Or uuc idéc principalc ne peut être modifiée

seneral , que ^ A 1

ceTsoirc!7'^'*eJ qu'autant qu'on la développe ou qu'on la déter-

d«ux sortes d'ad- . . , i i i

jectifs. mme. Les accessoires ne sont donc , en général ,

que de deux espèces , et tous les adjectifs peuvent se renfermer dans deux classes : les adjectifs qui déterminent , les adjectifs qui développent. Leur usage est précisément le même que celui des pro-

I Parce qu'on peut regarder ces noms comme modifiant des substantifs sous-entendus, il y a des grammairiens qui les mettent parmi les adjectifs. Cela est libre ; je remarquerai seulement que si tout nom qui modifie est un adjectif, on ne trouvera plus de substantifs que parmi les noms propres.

positions incidentes. C'est pourquoi "votre illustre frère est la même chose que votre frère qui est illustre^ ou que l'illustre frère qui est le votre.

Les adjectifs et les propositions incidentes ne Les accessoi-

' *^ *~ respeuvents'ex'

sont pas les seuls tours propres aux accessoires ; X^^ZÀi\^t..

d.. j r . .. . cédé d'une pré-

isons poète de génie i^ouT poète qui en a, position.

Qt poète sans génie pour poète qui n'en a pas.

Or , àdiW^ poète de génie ^ comme à2i\\^ poète sans génie ^ vous voyez deux noms substantifs, poète et génie; et un mot qui vous force à considérer le second sous le rapport d'une idée accessoire à une idée principale que le premier désigne. Tous les mots employés à cet usage se woviwciÇ^x^X, prépositions. Sans j de y sont donc des prépositions. Il en / est de même dict , dans l'exemple suivant : homme a talens pour homme qui a des talens.

Un nom qui est le sujet d'une proposition Différentes

* * manières dont

est donc un substantif seul, ou un substantif au- p'roposîlionpelî quel on ajoute des accessoires; et ces accessoires **"^''p"™^* sont exprimés, ou par des adjectifs, ou par des propositions incidentes, ou par un substantif précédé d'une proposition. Voilà toutes les manières d'exprimer les modifications du sujet d'une proposition. Passons aux modifications de l'attribut.

L'attribut d'une proposition est un nom subs- Différentes

^ * manières dont

tantif. Corneille est un poète; ou un adjectif, Cor- rHfflwpro:

• 77 , / 7. position, lors-

neiiie est sublime. qne «t attribut

est un substan-

Si Tattribut est un substantif, vous jugez qu'il ''*^ peut être susceptible des mêmes accessoires que

l\l\'l GRAMMAIRE. '

le sujet , et que ces accessoires peuvent être exprimés par des adjectifs, par des propositions incidentes , ou par des substantifs précédés d'une proposition. Nous n'avons donc rien à ajouter à ce que nous avons dit en traitant des modifications du sujet; mais il nous reste à observer si le substantif qui est attribut est toujours de la même espèce que le substantif qui est sujet. uUsTSu! Lorsque vous dites, Corneille est un poète, un

ne saurait être ••, , f . . t . , j

un terme moins poete est un ecrwaiu , un ecrwain est un nomme ,

général que le i 1 T • i»

est sïet *'"' ^^"^ remarquez que le substantif qui est I attribut est un nom plus général que le substantif qui est le sujet; et vous ne diriez pas, un homme est un écrwain , un écrwain est un poète , un poète est Corneille.

Pour comprendre sur quoi cette remarque est fondée, il suffit de vous rappeler la génération des idées générales ; elle commence, comme nous Favons dit , aux individus. Vous avez lu le lAitrin, et l'idée de poète n'était encore pour vous qu'une idée individuelle , identique avec celle de Despréaux. Vous avez ensuite lu quelques tragédies de Corneille, plusieurs de Racine, et beaucoup de comédies de Molière : alors l'idée individuelle de poète est devenue une idée générale, ou une idée commune à Despréaux, Corneille, Racine, Molière.

Or cette idée ne leur est commune que parce qu'elle se retrouve dans chacun d'eux ; et elle ne s'y retrouve que parce qu'elle est une idée par-

tielle de l'idée que vous vous êtes faite successivement de tous quatre. De même l'idée d'écrivain i est une partie de celle de poëte , et celle d'homme, ■ une partie de celle d'écrivain. En un mot, si vous remontez de classe en classe, vous verrez que l'idée que vous vous faites d'une classe supérieure n'est jamais qu'une partie de l'idée que vous avez i d'une classe inférieure. Quand, par conséquent, ' vous dites qu'un poète est un écrwain, la proposition est la même que si vous disiez, Fidée d'écrivain est une partie de Vidée de poëte , ce qui est vrai; et vous ne diriez pas quun écrivain est un poëte, parce que ce serait dire que l'idée de poëte est une partie de celle d'écrivain. Vous compre- , nez donc pourquoi l'attribut, dans les exemples ; que je viens de donner, est toujours un substan- I tif plus général que le sujet. i

Je dis dans les exemples que je viens de donner^ \ parce que, lorsque l'attribut est identique avec le sujet, il ne saurait être plus général : aussi peut-il alors devenir lui-même le sujet de la proposition. Par exemple, vous pouvez dire à votre choix : X infant est le duc de Parme ^ ou le duc de Panne est V infant.

Quand les deux termes d'une proposition ne sont pas identiques , il n'y a donc entre eux d'autre différence, sinon que le substantif qui est l'attribut est toujours plus général que le substantif qui est le sujet.

mn?^l«X" ^^^ adjectifs, lorsqu'ils sont employés comme SjTc' projôs"- attributs, peuvent être distingués en deux espèces.

ti.n, lorsque ^-^ ., , ,

iî.*d>!Îiîf' "^ ^ ^^^ achèvent par eux-mêmes le sens d'une proposition : tel est sublime dans cette phrase , Cor^ neille est sublime; ou ils ne l'achèvent pas, et ils font nécessairement attendre quelque chose. Ainsi quand Racine a dit , Corneille est comparable , il faut

qu'il ajoute, ye ne dis pas a ce que Rome mais

aux Eschiles,

Quelquefois , pour achever de développer une pensée, on a besoin d'ajouter quelque accessoire à un adjectif qui fait un sens fini. On dira, par exemple, il est économe sans açarice , il est hardi avec prudence.

Dans ces exemples , vous voyez que les accessoires de l'adjectif sont tous exprimés par un substantif précédé d'une proposition. Or il n'y en a point qu'on ne puisse exprimer par ce moyen. Mais il faut remarquer que nous employons quelquefois à cet effet des expressions abrégées qui sont l'équivalent d'un substantif précédé d'une préposition. Telles sont prudemment , sagement, pour avec prudence y avec sagesse.

Ces expressions, parce qu'elles sont formées d'un seul mot, ont paru simples aux grammairiens, et ils les ont mises parmi les élémens du discours. Cependant vous voyez que, si nous en jugeons par la signification , elles équivalent à deux élémens , et que par conséquent il faudra

!es mettre parmi les expressions composées. IN^ous en parlerons bientôt.

Nous avons expliqué , Monseigneur, toutes les différentes manières d'exprimer les accessoires de l'attribut et du sujet. Nous allons, dans le chapitre suivant , faire l'analise du verbe et de ses accessoires.

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