CHAPITRE XIII
Continuation de la même matière , ou analise du verbe.
Ce que nous avons dit. Monseigneur, lorsque Le propre du
^ Cl verbe est d'ex-
nous observions la nécessité des signes pour Sencedei^t démêler les opérations de l'entendement , nous suj fera découvrir la nature du verbe.
Quand le rapport entre l'attribut et le sujet n'est considéré que dans la perception que nous en avons , le jugement , comme nous l'avons remarqué , n'est encore qu'une simple perception. Au contraire, quand nous considérons ce rapport dans les idées que nous comparons , et que par ces idées nous nous représentons les choses comme existantes indépendamment de notre perception, alors juger n'est pas seulement apercevoir le rapport de l'attribut avec le sujet , c'est encore affirmer que ce rapport existe. Ainsi , quand nous avons fait cette proposition , cet arbre est grand ^ nous n'avons pas seulement voulu
ribut avec le et.
dire que nous apercevons l'idée d^ arbre avec l'idée de grandeur, nous avons encore voulu affirmer que la qualité de grandeur existe en effet avec les autres qualités qui constituent l'arbre.
Voilà donc le jugement qui, après avoir été une simple perception, devient affirmation; et cette affirmation emporte que l'attribut existe dans le sujet.
Or le verbe être exprime cette affirmation : il exprime donc encore la coexistence de l'attribut avec le sujet; et par conséquent dans Cortieille est poète , la coexistence de la qualité de poëte avec Corneille est tout ce que le verbe peut signifier. En effet, puisque nous ne parlons des choses qu'autant qu'elles ont une existence , au moins dans notre esprit , il ne se peut pas que le mot que nous choisissons pour prononcer nos jugemens , n'exprime pas cette existence. Or , ce mot est le verbe. Si nous nous bornions à ne voir dans le verbe que la marque de l'affirmation , nous serions embarrassés à expliquer les piopositions négatives, puisque nous verrions l'affirmation dans toutes. Mais lorsqu'on a dit que le verbe signifie la coexistence , une proposition est affirmative si elle affirme que le sujet et l'attribut coexistent, et elle est négative si elle affirme qu'ils ne coexistent pas. Il suffit, pour la rendre négative , de joindre au verbe les signes de la négation, Corneille n'était pas géomètre.
emens du discours se
Il ne faut que des substantifs pour nommer Les éie-
*• du discou
tous les objets dont nous pouvons parler : il ne [fe'^tpèleTd" faut que des adjectifs pour en exprimer toutes les qualités : il ne faut que des prépositions pour en indiquer les rapports : enfin il ne faut que le seul verbe être^ pour prononcer tous nos jugemens. Nous n'avons donc pas, rigoureusement parlant, besoin d'autres mots, et par conséquent tous les élémens du discours se réduisent à ces quatre espèces.
Mais les hommes, dans la vue d'abréger, ont ^ifyv^JJe^|,*£: imaginé d'exprimer souvent , par un seul mot , ''""^' l'idée du verbe être réunie avec l'idée d'un adjectif; et ils ont dit, par exemple, vivre ^ aimer ^ étudier ^ pour être vivant , être aimant, être étudiant. Ces verbes se nomment verbes adjectifs , pour les distinguer du verbe être, qu'on nomme verhe substantif. Nous allons traiter des uns et des autres.
Il ne faut pas confondre le verbe substantif u «e faut
* pas confondre
avec le verbe être, pris dans le sens d'exister. \^^^i\^lfx^ Quand on dit qu'une chose existe , on veut dire ILl ir ^ens
d'exister.
qu'elle est réellement existante. En pareil cas, on peut se servir du verbe être, et on dira fort bien : Corneille était du temps de Racine /^c'est-k-dire existait.
Mais quand je dis , Corneille est poète , il ne s'agit pas d'une existence réelle, puisque Corneille n'existe plus ; et cependant cette proposition est aussi vraie que du vivant de Corneille : peut-être
expriment avec
l'est-elle plus encore. La coexistence de Corneille et i\e poète n'est donc quune vue de l'esprit, qui ne songe point si Corneille vit ou ne vit pas, mais qui voit Corneille et poète comme deux itlées coexistantes.
verbes Lcs vcrbcs expriment avec difFérens rapports:
Lt avec *■ Il
différens rap- rapport à la persoune , je parle, vous parlez; rapport dMnomhTe, je parle, nous parlons ; rapport au temps \ je parle , je parlai. L'usage vous a appris qu'ils sont, à cet effet, susceptibles de différentes variations ; c'est ce dont nous traiterons dans la seconde partie de cette grammaire. Je ne veux observer ici que les autres accessoires qui peuvent accompagner le verbe.
Lerapportdu Quaud jc dis ComeUle fit , on demandera quoi?
\t Tac?"^ ^" Voir. Mais encore que fit-il voir ? La raison. Pour abréger, je considérerai^^ voir comme un seul verbe , parce que des deux il ne résulte qu'une seule idée qui pourrait être rendue par un seul mot , montra. Je conviens qu.ejaire voir et montrer ne sont pas exactement synonymes ; mais , dans ce moment, mon objet ne demande pas que nous cherchions en quoi ces expressions diffèrent ; il suffit que nous puissions les considérer chacune également comme un seul verbe.
Dans Corneille fit voir la raison , j'appelle la raison l'objet du verbe ^^ voir. Sur quoi il faut remarquer que tous les verbes n'ont pas un objet , tel est marcher, et qu'avec ceux qui en ont, nous
ne l'exprimons pas toujours. Nous disons , par exemple , il monte , il descend; mais quand nous ne l'exprimons pas , il s'offre cependant à l'esprit un objet quelconque , et quelquefois la circonstance l'indique elle-même. // monte ^ l'objet sera , par exemple , l'escalier , la montagne.
L'objetpeut donc être sous-entendu. Mais quand il est exprimé , à quoi le reconnaît-on ? à la place qu'il occupe. Nous n'avons pas d'autre moyen pour marquer le rapport qu'il a avec le verbe ; et c'est ^ à quoi vous jugez que la raison est l'objet de fit voir.
Nous disons également /^ar/er affaires et parler d'affaires , par où il paraîtrait que l'objet du verbe parler peut être précédé d'une préposition. Mais parler d'affaires est une phrase elliptique , dans laquelle l'objet du verbe est sous-entendu. Pour remplir l'ellipse, il faudrait dire -.parler, entre autres choses , choses d'affaires ; et alors on reconnaîtrait que chose est l'objet de parler. Pour se convaincre qu'il faut ainsi remplir l'ellipse , il suffit de considérer que parler affairées , c'est en faire son unique objet; au lieu çj^ç, parler d' affaires n'exclut pas tout autre objet dont on voudrait parler par occasion.
A qui Corneille fit-il voir la raison ? a des spectateurs qui jusqu'alors des spectateurs est le
terme à^fit voir, et son rapport se marque par une préposition à.