CHAPITRE XIV
De quelques expressions qu'on a mises parmi les élémens du discours, et qui, simples en apparence, sont, dans le vrai^, des expressions composées équivalentes à plusieurs élémens.
Une expression qui paraît simple, parce qu'elle mou qui n
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est formée d'un seul mot , est composée , lors qu'elle équivaut à plusieurs élémens. De ce nom-
cours.
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bre sont Tatlverbe , le pronom et la conjonction. En effet, Monseigneur, si vous jugez de la nature des mots par les idées dont ils sont les signes , vous reconnaîtrez que ceux-là ne doivent pas être mis parmi les élémens du discours.
L'adverbe est une expression abrégée , qui équivaut à un nom précétlé d'une préposition. On dit sagement pour açec sagesse , pliis pour en quantité supérieure, moins pour en quantité inférieure, beaucoup pour en grande quantité , peu pour en petite quantité, autant ^owv en quantité égale. Sagement, plus, moins, beaucoup, peu, autant, sont des adverbes. Ces exemples suffisent.
«pronom. Le prouom est une expression plus abrégée encore. Il équivaut quelquefois à un pbrase entière ; car il tient la place d'un nom qu'on ne veut pas répéter, et de tous les accessoires dont on l'a modifié. Je fais beaucoup de cas de l'homme dont vous me parlez et que vous aimez :je le verrai incessamment. Le est un pronom qui est employé pour éviter la répétition de Vhomme dont vous me parlez et que vous aimez. .
La conjonc- Nous traïtcrous plus particulièrement de l'adverbe et du pronom dans la seconde partie de cet ouvrage. Je ne voulais, pour le présent, que vous en faire connaître la nature. Les conjonctions , plus difficiles à expliquer, demandent que nous nous rappellions quelques observations que nous avons faites.
GRAMMAIRK. 4^5
Nous avons vu comment, dans une période ou dans une phrase dont le sens est fini , toutes les propositions et tous les mots se lient pour représenter successivement nos idées dans les rapports qu'elles ont entre elles. Or il est encore nécessaire de lier les unes aux autres ces phrases et ces périodes.
Pour cet effet, Racine divise sa pensée en trois principales parties , qu'il développe successivement dans trois alinéa. De la sorte, il les distingue, et cependant il les lie , parce qu'il les met chacune à leur place. L'ordre est donc la meilleure manière de lier les parties d'un discours, et on n'y saurait suppléer par aucun autre moyen.
Mais quoique l'ordre les lie, on veut quelquefois prononcer davantage la liaison ; et c'est en effet ce que voulait Racine, lorsqu'il a commencé son second alinéa par ces mots : Dans cette enfance, ou, pour mieux dire, dans ce chaos du poème dramatique parmi nous Or remarquez. Monseigneur, que ces expressions ne font que présenter, avec de nouveaux accessoires, la pensée qu'il a expliquée dans le premier alinéa; mais elles la présentent plus brièvement. Par-là elles l'a rapproche davantage de celle qui doit être expliquée dans le second. Ce tour est donc un passage d'une partie du discoure à l'autre ; et , après l'ordre , c'est celui qui les lie le mieux. J'appeik conjonction tout mot employé à cet usage.
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Dans ce temps-là , de la sorte , par conséquent , ne sont qu'un passage d'une proposition à une autre, et ces tours rappellent quelque idée de la phrase précédente. Mais ils sont formés de plusieurs élémens ; et par conséquent il faut les regarder comme des expressions composées. Nous ne devons donc mettre dans la classe des conjonctions que les mots équivalens à de pareils tours. Tels sont alors pour dans ce tempsda, ainsi pour de la sorte , donc ^onv par conséquent,
La conjonction et est également un passage d'une première proposition à une seconde. Elle rappelle une première affirmation qu'on a faite , et elle fait pressentir qu'on en va faire une autre. J^ous étudiez , et vous vous instruirez.
Il en est de même lorsqu'elle est entre deux substantifs. Si je dis Virifant et V infante , vous jugez que je vais faire sur l'infante la même affirmation que sur l'infant ; et si j'ajoute vous, aiment, vous voyez que j'ai réuni deux propositions en une, et que le passage de l'une à l'autre , exprimé par la conjonction et ^ en est plus rapide. , /.
La conjonction ni confirme ces observations : il faut seulement remarquer qu'au lieu de rappeler une affirmation , elle rappelle une négation ni rinfant ni Vinfante ne vous haïssent.
Tout ce que je viens de dire s'applique parfaitement à la conjonction que^ dont nous faisons un grand usage. Pour le reconnaître, il suffit de
mettre à la place de cette conjonction les mots dont elle tient lieu. Je "vous assure que les connaissances sont surtout nécessaires aux princes y est pour je vous assure cette chose qui est, les connaissances sont surtout nécessaires aux princes. Cette chose qui est , voilà les mots qui font passer de la première proposition je vous assure , à la seconde les connaissances sont surtout nécessaires aux princes. Or si nous supposons, avec quelque fondement, qu'ion a dit autrefois que est pour qui est, il en résultera que , pour avoir la conjonclion que , il n a fallu que prendre l'habitude d'omettre quelques mots. Je présume en effet que c'est ainsi que toutes les conjonctions ont été trouvées.
Nous avons, Monseigneur, achevé la première partie de notre ouvrage : nous allons, dans la seconde , observer les élémens du discours , et apprendre l'usage que nous en devons faire.
458 GRA.MMAIRE.