I- 1 tits , plus ou
noms propres, il les faudrait multiplier sans fin. fT"dfff"«S Les mots , dont la multitude surchargerait la mé- i^'^moire , ne mettraient aucun ordre dans les objets de nos connaissances , ni par conséquent dans nos idées , et tous nos discours seraient dans la plus grande confusion. On a donc classé les objets; et les substantifs , qui étaient des noms propres , sont devenus des noms communs, lorsqu'on a remarqué des choses qui ressemblaient à celles qu'on avait déjà nommées.
C'est ainsi , comme nous l'avons vu , qu'il s'établit entre les substantifs une subordination qui rend les uns plus généraux, c'est-à-dire communs à un plus grand nombre d'individus; et les autres moins généraux , c'est-à-dire communs à un plus petit nombre. Cette subordination est sensible dans animal, quadrupède , chien, barbet.
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La même subordination s'établit nécessairement entre les choses nommées , et il se forme des classes que nous nommons genres , si elles sont plus générales; et espèces, si elles le sont moins. Animal est un genre par rapport à quadrupède, oiseau, poisson; ^t quadrupède , oiseau, poisson, sont des esipèces d'animaux.
rondement Dans Ics excmplcs que ie viens d'apporter, vous des classes, vojcz, Monscigueur, que la distinction des classes a pour fondement la différente conformation que nous remarquons dans les objets. Nous ne considérons alors que le physique des choses ; mais il y a encore des rapports sous lesquels nous pouvons considérer les objets qui se ressemblent par la conformation. C'est d'après ces rapports que , dans les sociétés civiles , les hommes se distribuent par classes , suivant la naissance , l'emploi, les talens, le genre de vie ; et il se forme des nobles et des roturiers, des magistrats et des militaires, des artisans et des laboureurs , etc.
Nous sommes également fondés à distribuer
par classes les qualités des objets; et c'estpourquoi
nous distinguons différentes espèces de figures ,
de couleurs , de vertu , de courage , etc.
ed muiii- Vous comprenez , Monseio^neur , que nous
pliant trop les , . H ^ "1
flndrliuour' pourrions multiplier les classes sans fin ; car si nous observions bien les individus que nous avons compris dans une même espèce , nous remarquerions entre eux des différences , d'après lesquelles
nous serions fondés à créer de nouvelles classes. Mais il est évident que , si nous voulions toujours aller de subdivision en subdivision, nous viendrions enfin à distinguer autant de classes que d'individus. Il n'y aurait donc plus que des noms propres; et par conséquent nous retomberions dans la confusion que nous avions voulu éviter, lorsque nous distinguions par classes les objets de la nature. '
Vous voyez donc qu'il y aurait également de la confusion, soit qu'on ne fit pas assez de classes, soit qu'on en fît trop. Pour tenir un juste milieu , il suffirait de considérer que les classes n'ont été imaginées qu'afin de mettre de l'ordre dans nos connaissances ; alors on verrait qu'il ne faut plus faire de subdivisions , lorsqu'on a assez subdivisé pour répandre la lumière ; et au lieu de créer de nouvelles classes, on rejetterait celles qui sont inutiles , et qui ne font que surcharger la mémoire. Mais parce qu'on est prévenu que les classes sont dans la nature, où cependant il n'y a que des individus , on croit qu'à force de subdiviser on en connaîtra mieux les choses; et on subdivise à l'infini. Voilà le défaut de la plupart des livres élémentaires , et la principale cause de l'obscurité qui règne dans les écrits des philosophes.
On voit un exemple sensible de cet abus dans les idées abstraites que nous désignons par des noms substantifs. C'est ici surtout que les langues
sont défectueuses. Les hommes , trop peu éclaiués lorsqu'ils ont tenté pour la première fois de classer leurs idées abstraites , ont si mal commencé, qu'il ne leur a plus été possible de les distribuer dans l'ordre le plus simple; et les philosophes ont fait de vains efforts pour dissiper les ténèbres , parce qu'ils n'ont pas su remonter à la cause de cet abus. On doit leur savoir quelque gré lorsqu'ils ne les ont pas augmentées.
Quoique vous n'en sachiez pas encore assez , Monseigneur, pour comprendre jusqu'où l'on peut porter l'abus des termes abstraits , j'en ai assez dit pour vous faire concevoir qu'autant ils sont nécessaires, autant il faut craindre de les trop multiplier. Nous aurons, dans le cours de nos études, plus d'une occasion de remarquer combien on en abuse ; il me suffit , pour le présent, de vous avoir fait connaître que le propre des noms substantifs est de classer les choses qui viennent à notre connaissance , et qu'ils ne sont utiles qu'autant que nous savons fixer convenablement le nombre des classes.