‹ Œuvres complètes de CondillacChapitre 90 sur 131 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des adjectifs.

Quelle est ia '

adjec7ifs*'quidé- Hommc , vertu ^ sont deux substantifs dont les

veloppent ouqui

•llè'^"""' """^ idées existent dans notre esprit , chacune séparé-

ment. Celui-là est le soutien d'un certain nombre de qualités; celui-ci est le soutien d'un autre nombre, et ils ne se modifient point.

Mais si je dis homme vertueux ^ cette forme du discours fait aussitôt évanouir l'un des deux soutiens, et elle réunit dans- le substantif homme toutes les qualités comprises dans le substantif vertu. ' V,, , , \

En comparant ces mots vertueux et vertu ,- vous concevez donc. Monseigneur, en quoi les adjectifs diffèrent des substantifs : c'est que les substantifs expriment tout à la fois certaines qualités et le soutien sur lequel nous les réunissons ; les adjectifs au contraire n'expriment que certaines qualités, et nous avons besoin de les joindre à des substantifs pour trouver le soutien que ces qualités doivent modifier.

Nous avons remarqué dans la première partie de cette grammaire, que les adjectifs modifient en général de deux manières; les uns développent l'idée quenous voulons exprimer parunsubstantif, «t ils y ajoutent quelques accessoires : tel est vertueux dans homme vertueux. La notion que nous venons de donner de l'adjectif convient à tous les adjectifs de cette espèce.

Il y en a d'autres qui , laissant au substantif la Qneiie est u signification qu'il a , n'y ajoutent aucun nouveau \l développement, et par conséquent aucun accessoire. Ils se bornent à faire connaître si nous VI. 3o

nature Jes adjectifs qui dérrnineiil uue dée.

466 \ GKAMMAIRE.

prenons la signification d'un substantif dans toute son étendue , ou si nous la restreignons ; c'est ^pourquoi j'ai dit qu'ils modifient en déterminant. Dans Vhomme , l'adjectif le me fait considérer l'idée d'homme dans toute sa généralité , et comme étant commune à tous les individus. Dans tout homme ^ l'adjectif /o;// me fait considérer les individus pris distributivement ; et dans tous les hommes , les adjectifs tous les me font considérer les individus pris collectivement. Ces adjectifs déterminent donc dans quelle étendue nous voulons qu'on prenne la signification du substantif homme.

Les adjectifs mon, ton, son, notre, votre, etc. , déterminent également ; ils présentent un rapport d'appartenance ; et en nous faisant considérer , sous ce rapport , une idée générale , ils la restreignent au point de la rendre individuelle. Mon cheval.

Chaque, -plusieurs, un, deux, trois, premier, second, etc., offrent les individus sous d'autres rapports, et déterminent par conséquent la signification des substantifs auxquels on les joint. D'après ces exemples , qui vous font voir comment nous déterminons différemment la signification des substantifs, il vous sera facile de reconnaître tous les adjectifs que nous employons à cet usage. Adieciifs ab- A jugcr dcs adjectifs par les qualités que nous (ifs relatifs, rcmarquons dans les objets, nous en pouvons

distinguer de deux sortes : des adjectifs absolus et des adjectifs relatifs.

Quand nous disons qu'un homme est grand , ridée de grandeur n'est que dans la comparaison que nous faisons de cet homme avec les autres ; et le même homme que nous jugeons grand aujourd'hui, nous le jugerions petit, si les hommes avaient communément six à sept pieds. Les qualités que nous observons dans les objets, en con- ^ séquence d'une comparaison, se nomment rela- Wes, Grand et petit sont donc des adj ectifs relatifs.

Au contraire, si les qualités que nous remarquons dans les choses paraissent leur appartenir, indépendamment de toute comparaison de notre part, nous les nommons absolues : telles sont, dans les corps, l'étendue, la solidité, la figure, la mobilité , la divisibilité , etc. ; étendu , solide , figuré, mobile, divisible, sont donc des adjectifs absolus.

Les qualités relatives sont donc en plus grand pHt7tout«î«

1 ) 7^ 7 • ' 7 '11 qualités des cho-

nombre quon ne pense. J^gal, inégal, meuleur, ses som reiapire, bon, méchant, semblable, différent, brave, savant, ignorant, prudent, téméraire, etc. : tous ces différens adjectifs expriment des qualités dont on ne juge que parce qu'on a fait des comparaisons. A la rigueur, on pourrait dire que dans notre esprit toutes les qualités des choses sont relatives. Comme nous n'acquérons des connaissances qu'autant que nous comparons, il ne nous est pas possible de considérer des qualités comme

absolues; nous les voyons toujours dans les rapports qu'elles ont avec des qualités contraires. Nous jugeons, par exemple, de la mobilité par comparaison avec une chose qui est en repos, de la solidité par comparaison avec une chose qui est fluide, etc.

""X* !"?'"' Vous me demanderez peut-être , Monseigneur, iJi^ltil^r/^Mt comment se forment les substantifs et les adjec-

tantifsetdesad- . ^ , .,

jectiis. tirs; c est ce que 1 usage vous a appris; vous en

feriez vous-même au besoin. Cependant il n'y a point de règles générales pour la formation de ces mots, et on les reconnaît moins aux sons dont on les forme, qu'à la manière dont ils sont employés. Par exemple, vous reconnaissez facilement des substantifs dans la colère^ la politique^ un sacrilège; puisque ces noms sont modifiés par les adjectifs la et un; et vous voyez qu'ils deviennent des adjectifs dans un homme colère , une conduite politique, une main sacrilège, puisqu'alors ils modifient des substantifs.

Il y a des D'aillcurs il faut vous faire remarquer qu'il y a

adjectifs qu'on ^1 1 »/

3lantifT"t beaucoup d'adjectifs qu'on emploie substantive-

il y a des subj- • ' /• 7 ' i r-

tantifsau'onem- mciit \ un savaut . un erucLit, le vrai, te faux , etc,

ploLe adjective- ' ' :> ^ ■>

°*'^''* Il y a même des substantifs qu'on emploie adjec-

tivement : par exemple, dans un philosophe roi^ roi qui était substantif devient adjectif, comme philosophe le devient dans un roi philosophe.

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