CHAPITRE VIIL
Des temps '.
Chaque forme qu'on fait prendre au verbe chaaue forme
^ ■"■ ' du verbe ajoute
ajoute quelque idée accessoire à l'idée principale Z\lr\ ^S'ê dont il est le signe. Avoir de l'amitié ou de l'amour îi'èsrKgnr* est , par exemple , l'idée principale que le verbe ^/w^r signifie dans toutes ses variations , et chaque variation exprime ce sentiment avec différens accessoires. Le présent est l'idée accessoire de la ïoYme f aime ; le passé Test de la forme /aimai ^ et le futur de la ïorme f aimerai.
Le présent faime est simultané avec l'acte de Troisépoques
d'après if sqiiel-
de la parole : le ^^dj^^é f aimai est antérieur à cet |e'prlt'^'t'""e
passe' et le futur.
' Le système de M. Beauzée sur les temps me parut, au premier coup d'œil, aussi solide qu'ingénieux. Cependant, après un mûr examen, je crus devoir l'abau'lonner. Mais les vues de ce grammairien m'ont donné des lumières , et j'ai refait ce chapitre.
acte; et le futur /aimerai lui est postérieur. Le moment où nous parlons est donc comme un point fixe , par rapport auquel nous divisons le temps en différentes parties, que je nommerai époques.
Or on peut distinguer trois espèces d'époques: Tépoque actuelle , qui est le moment où nous parlons, des époques qui ne sont plus, et qu'on . nomme antérieures ; et des époques qu'on nomme postérieures , parce qu'elles ne sont pas encore. Ainsi, comme l'idée d'actualité constitue le présent, l'idée d'antériorité constitue le passé, et l'idée de postériorité constitue le futur.
Un verbe est donc au présent lorsqu'il exprime un rapport de simultanéité avec l'époque actuelle : il est au passé lorsqu'il exprime un rapport de simultanéité avec une époque antérieure; et il est au futur, lorsqu'il exprime un rapport de simultanéité avec une époque postérieure. En un mot, il est au passé , au présent , ou au futur, suivant que l'époque avec laquelle il exprime un rapport de simultanéité , est antérieure , actuelle ou postérieure.
Il est vrai que ce qui est simultané avec une époque , soit antérieure , soit postérieure , est présent par rapport à cette époque. Mais si , en conséquence, on voulait regarder comme des présens faime et f aimerai, on confondrait tout : il n'y aurait plus ni passé ni futur, puisque tout ce
qui arrive est nécessairement simultané avec une époque quelconque.
L'époque peut être déterminée ou indéterminée. Quand je dis, /allais, cette forme marque foK'dûplsé une époque qui est déterminée par la suite du discours ou par quelques circonstances. Par la suite du discours , si je dis ^/allais chez vous lorsqu'il m'est survenu une affaire , et alors l'époque est antérieure ; par une circonstance si c'est au moment que je rencontre une personne , que je lui dis , f allais chez vous , et alors l'époque est actuelle.
Vous voyez donc, Monseigneur, c^q f allais peut être un passé ou un présent :fai été, au contraire, est toujours un passé ; et lorsque je me sers de cette forme , je puis dire à mon choix , en déterminant une époque ,fai été hier à Colorno ; ou, sans en déterminer aucune ^fai été a Colorno.
Ainsi , parce que l'action du verbe ne peut pas ne pas être simultanée à une époque quelconque , cette idée de simultanéité est un accessoire commun aux deux formes /allais et j'ai été : mais ces deux formes diffèrent en ce qu'avec/W/a/j l'époque est nécessairement déterminée , et elle est antérieure ou actuelle; au lieu qu'avec /ai été elle est déterminée ou elle ne l'est pas, à notre choix, et elle est toujours antérieure.
Les époques auxquelles se rapportent les formes ?»«« » auxqûei
i A i [ X les se rappor
du futur sont également déterminées ou indéter- ïu Uu
rapportent les forraes
486 GRAMMA.IRE.
minées. Quand je ôas» f achèverai cet ouvrage^ j'ai la liberté de déterminer ime époque ou de nen point déterminer. Mais si je ô\s>2^\s> ^ f aurai achevé , il lautirait absolument déterminer une époque, en ajoutant, dans peu de temps ^ demain, quand vous reviendrez, ' !
Ces deux futurs ont donc l'un et l'autre un rapport de simultanéité aune époque postérieure. Mais zwi^cf achèverai^ cette époque peut être déterminée ou ne l'être pas ; et avec /aurai achevé, il faut nécessairement qu'elle le soit.
prîwdarsi« L'époque actuelle ne saurait être plus ou moins présente : car, ou elle est simultanée avec le moment où je parle , ou elle ne l'est pas. Si elle l'est, elle est présente : si elle ne l'est pas , elle est antérieure ou postérieure; et par conséquent passée ou future. 11 n'y a donc qu'une manière d'envisager le présent , et il n'y aussi qu'un seul présent dans chaque verbe , faime.
les "erys'^del ^^ ^'^^ ^^t pas dc mémc du passé et du futur. Es ^passés Nous pouvons les considérer l'un et l'autre sous
el des futurs . . ,.^ , . , . . ,
FÙ"urs°" *""'"' ^^ill^J^^ïis pomts de vue. Aussi avons - nous des passés plus ou moins passés , et des futurs plus ou moins futurs , suivant que les époques sont elles-mêmes plus ou moins antérieures , plus ou moins postérieures.
T)iiL'rcnfes Je vicns défaire, je faisais , je fis , j'ai fait,
'"• j avais fait , j' eus fait , j' ai eu fait sont autant de
passés différens. Ce sont des passés , parce qu'ils
ont un rapport de simultanéité avec une époque antérieure.; et ils sont différens, parce que l'époque n'est pas la même pour tous. ;
Je viens défaire est un passé prochain : il signifie, il n'y a qu'un moment que f ai fait.
Je faisais n'est ni prochain ni éloigné : mais il devient l'un et l'autre par la suite du discours. Il n'y a qu'un moment qu'il fais ait beau ; il faisait chaud r été dernier. Cette forme peut même devenir l'expression du présent : nous avons donné pour exemple j'allais chez vous , lorsqu'on parle à une personne qu'on rencontre.
L'époque avec laquelle je faisais a un rapport de simultanéité, peut être considérée comme une période où l'on est encore, ou comme une période où l'on n'est plus. Si Ton dit,ye travaillais aujourd'hui a cet ouvrage^ l'action du'verbe se rapporte à une période où l'on est encore ; et elle se rapporte à une période où l'on n'est plus, si l'on dit, je travaillais hier.
OT.,jefs et j'ai fait, qui diffèrent àe je faisais , en ce qu'ils supposent tous deux une antériorité plus ou moins éloignée , diffèrent l'un de l'autre en ce que le premier se dit d'une période où l'on n'est plus,y<ej^i' hier; et que le second se dit d'une période où l'on est encore , j'ai fait aujourd'hui. Il est vrai qu'on peut àive^ j'ai fait hier; mais on parlerait mal, si l'on disait, ye^j* aujourd'hui.
Je fis hier est antérieur à la période actuelle .
488 GnAMMAIRE.
qui est le jour où nous sommes \f ai fait aujourd'hui est antérieur à l'époque actuelle , qui est l'acte de la parole. J^ avais fait, lorsqu'il arriva y est antérieur à une époque qui est elle-même antérieure. CdiTf avais fait est antérieur à arriva, et arriva Test à Tépoque actuelle. Voilà ce qui ^slingue /avais /ait (\es passés précé(\ens, je f s, /ai fait, A cette question , soupâtes-vous hier de bonne heure ? on répondra ,je soupai ou /eus soupe à dix heures. A celle-ci, avez-vous soupe aujourd'hui de bonne heure? on vé^onàidi, /ai soupe , ou j'ai eu soupe a dix heures.
Vous voyez , Monseigneur , par ces exemples , que j'ai soupe, comme j'eus soupe, se rapporte à une période qui est finie ; et que j'ai soupe, comme j'ai eu soupe, se rapporte à une période qui dure encore. On ait, j'eus soupe hier; et on ne dira pas, j'eus soupe aujourd'hui.
Nous avons remarqué que le p2iS?>é j'ai fait, se dit également d'une période dans laquelle on n'est plus, et d'une période dans laquelle on est encore : il n'en est pas de même du p2L?>^é j'ai eu fait. On parlerait mal, si l'on à\s2iit , j'ai eu fait hier, il faut àire, j'eus fait. Le passé y W eu fait ne s'emploie donc qu'en parlant d'une période qui n'est pas finie, aujourd'hui, des que j'ai eu soupe, je suis sorti; hier, des que j'eus soupe , je sortis.
Quand on dit je fs ou j'ai fait, on indique l'époque où la chose se faisait : quand au con-
traire on ait feus /ait oxxfai eufait^ on indique l'époque où la chose était faite ; on distingue donc ces deux passés par les époques différentes auxquelles on les rapporte.
Voilà, je pense , tous les passés que l'usage au- Formedepastorise. Quelques grammairiens, néanmoins, en ?renspr™n^
1 r^ T^ *' 1"* l'usage
ont encore imagine deux autres. Comme on dit n'autorise pas.
y ai eu fait, ils disent, par 2iX\2Xo^\ç^^feus eufait, et fanais eu /hit. Mais je ne sais si l'on trouverait des exemples de ces passés ailleurs que dans les grammaires.
On a été fondé à distinguer y 'a/y2z;V àe fai eu
fait, puisque ces deux passés se rapportent à des époques différentes : l'un se dit du temps où l'on agissait, et l'autre du temps où l'on a fini d'agir.
Si l'on disait , aussitôt que feus eu soupe , je sortis^ ou. faisais eu soupe quand il arri^^a ^ le sens serait exactement le même que si l'on avait dit : aussitôt que feus soupe, je sortis ; j'aidais soupe quand il arriva. Or dès que ces deux passés , y'^i^j" eu fait et j'avais eu fait., n'expriment que ce qu'on aurait pu dire avec les passés j'eus fait et j'aurais
fait, ils sont au moins tout-à-fait inutiles, et on doit les rejeter.
Comme nous avons plusieurs passés, nous Différentes
, *^ ^ espèces de fu-
avons aussi plusieurs futurs. '""•
Je ferai a un rapport de simultanéité avec une époque postérieure. C'est donc un futur. Il a cela de particulier, que l'époque peut, à notre choix,
être déterminée ou ne l'être pas : je puis dire, je ferais sans ajouter quand ; et je puis dire Je ferai demain.
J'aurai fait ^ au contraire, est un futur dont il faut que l'époque soit déterminée. On dira, par exemple , f aurai fait quand vous arri^ferez. Or quand vous arriverez détermine l'époque. Vous voyez encore o^xt j' aurai fait diffère (\e je ferai y en ce qu'il renferme deux rapports : un rapport de postériorité à l'époque actuelle, et un rapport d'antériorité à une époque qui n'est pas encore. En eîÎGt^f aurai fait, est postérieur à l'acte de la parole, antérieur à quand vous arriverez.
Enfinyg vais faire, qui sispiÙQ ^ je ferai dans un moment, est un futur prochain.
Formes de fu- Il v a dcs fframmairicus qui mettent parmi les
lures que quel- i/o A l
Xnspro™oTe'li't'| futurs Ics cxprcssions suivantes : je dois faire,
et qu'on ne peut m .N/^.t\ • •? fi
pas admettre, j ai a faille. VouT jugcr si cest avec rondement, commençons par les analiser.
Siye dois faire signifioit, il est de mon devoir , je suis dans V obligation, il est évident que ce serait un présent.
Si au contraire je voulais dire qu'il est arrêté que je ferai, ou que je ferai parce que je l'ai arrêté, il me paraîtrait plus naturel de regarder cette expression comme l'équivalent de deux phrases, dont l'une est un futur, et l'autre un présent ou un passé.
11 est vrai que je dois faille paraît quelquefois
l'expression du futur. Par exemple, si je dis, je crains le jugement que vous dei^ez porter de mon ouvrage^ devez porter est "^owv porterez. Mais observons les accessoires qui distinguent ces deux tours.
Si je ne doute pas que vous ne portiez un jugement, je préférerai de d^ixç. Je crains le jugement que vous porterez de mon ouvrage; et je dirai, au contraire, y'e ci^ains le jugement que vous devez porter, si je présume que votre jugement ne me sera pas favorable. Porterez a donc pour accessoire la persuasion où je suis que vous jugerez mon ouvrage; et l'accessoire de devez porter est la présomption où je suis que vous n'en jugerez pas favorablement. Or serait-on fondé, d'après ces accessoires, à regarder ces expressions comme deux futurs différens? En effet, qu'est-ce qui constitue le futur? C'est un rapport de simultanéité avec une époque postérieure. On n'en peut donc admettre de'plusieurs espèces, qu'autant que les époques avec lesquelles ils ont un rapport de simultanéité ne sont pas les mêmes. On les multiplierait à l'infini, si on les distinguait d'après tous les accessoires qui les peuvent accompagner.
J'ai à faire signifie je ferai, parce qu'il faut, parce qu'il convient que je fasse, parce que je me suis proposé défaire. Le rapport de simultanéité est donc le même avec cette expression qu'avec je ferai, et l'époque est la même encore. J'ai a
49^ GRA3IMAIRE.
faire, quoiqu'il soit accompagné d'accessoires qui sont particuliers, n'est donc pas un futur différent de je ferai. Il se pourrait même que cette expression ne fût pas un futur; et c'est ce qui arrive toutes les fois qu'elle signifie , il me convient défaire, je me suis proposé défaire.