CHAPITRE IX
Des Modes.
Mode indi- Tous les temps, Monseigneur, que nous avons expliqués, affirment la coexistence de l'attribut avec le sujet. Or c'est de ces temps que les grammairiens ont fait le mode qu ils nomment indicatf. Rassemblons-les. /> - ^^
Présent Je fais.
Passé qui paraît quelquefois se confondre avec le présent , et qui se rapporte à une époque déterminée par la suite du discours , ou par quelque circonstance, je faisais.
Passés qui se rapportent à une période où l'on n'est plus; il y en a deux : l'un marque plus particulièrement le temps où la chose se faisait, jefis
L'autre marque le temps où la chose était faite , j'eus fait.
Passés qui se rapportent à une pé- i
riode où l'on est encore. Il y en a également deux; et la différence entre eux est la même qu'entre les passés précédens. L'un indique donc le temps où la chose se faisait, .... f ai fait.
Et l'autre celui où la chose était faite , fai eu fait.
Passé antérieur à une époque qui est elle-même antérieure à l'époque actuelle , f avais fait.
Futur dont l'époque peut être ou n'être pas déterminée , je ferai.
Futur dont l'époque doit être déterminée, f aurai fait.
En observant ces temps, vous voyez, Monseigneur, que l'affirmation se trouve dans tous. L'affirmation est donc l'accessoire qui caractérise le mode indicatif.
Mais si aii lieu de dire tu fais , vous faites .^ je impe'ratif. ^\s^ fais, faites, l'affirmation disparaît, et la coexistence de l'attribut avec le sujet n'est plus énoncée que comme pouvant ou devant être une suite de mon commandement. Cet accessoire , substitué au premier, a fait donner à cette forme . le nom de mode impératif
Fais , faites , paraissent au présent, parce que celui qui commande semble vouloir que la chose se fasse à l'instant même. Cependant ce sont de
vrais futurs , puisqu'on ne peut obéir que postérieurement au commandement. Aussi commandons-nous avec les futurs de l'indicatif, tu feras , vous ferez.
Ayez fait, autre forme de l'impératif, est également un futur : ayez fait, quand j'arriverai, est, pour le fond , la même chose que , vous aurez fait quand f arriverai. Voilà tout le temps de ce mode : il n'a point de passé , et on voit qu'il n'en peut pas avoir.
Le futur de l'impératif n'est qu'un simple commandement ; celui de l'indicatif, quand il est employé dans le même sens, est un commandement plus positif, une volonté plus absolue dont on ne permet pas d'appeler. Si après avoir ^\X, faites, ou ajez fait , on ne paraissait pas disposé à m'obéir, j'insisterais en disant vous ferez, vous aurez fait, et par-là je déclarerais que je ne veux ni excuse ni retardement.
!îmet ""'^'' '^^ fi^^^ affirme , fais commande , je ferms affirme aussi; mais l'affirmation n'est pas positive comme dans l'indicatif, elle est conditionnelle : je ferais , si j'en avais le temps. Cette condition est l'accessoire d'un mode que je nomme conditionnel. La {orme je ferais est un présent ou un futur, suivant les circonstances du discours, et on peut l'employçr, sans déterminer aucune époque. Je ferais actuellement votre affaire, si vous m'en aviez parlé plus tôt, est un "^Yéseni', je ferais votre affaire
iiouue
avant qu'il fût peu , si elle dépendait uniquement de moi , est un futur ; enïiujejerais le vojage de Rome, si fêtais plus jeune ^ est un futur dont l'époque peut à notre choix, être ou n'être pas déterminée; en général , cette forme exprime presque toujours un futur : je r attends, il m'a promis quil viendrait ^
bientôt, tiendrait est pour viendra , et l'usage le préfère , parce que l'exécution de ce qu'on promet dépend toujours de quelques conditions exprimées ou supposées.
Au passé on dit :f aurais fait votre affaire, si vous m'en aidiez parié, ou /eusse fait votre affaire, si vous m'en eussiez parlé. Il me paraît que la différence entre ces deux temps consiste en ce que f aurais fait , marque plus particulièrement le temps où l'affaire aurait été entreprise, et que f eusse fait m-àYcine plus particulièrement le temps où elle eût été finie. J'aurais fait signifie je me serais occupé à faire, et j'eusse fait signifie elle serait faite.
On dit encore/aurais eu fait, et c'est un passé antérieur à un autre passé. Si vous m'aviez écrit, j'aurais eu fait votre affaire avant que vous fussiez arrivé; dans cet çrs.ç,v[v^ç^ , j' aurais eu fait ^^X, antérieur à avant que vous fussiez arrivé , qui l'est luimême à l'époque actuelle. Je ne sais si l'on peut diwç^ f eusse eu fait. Je ne vois pas en quoi il différerait de j'aurais eu fait.
Nous avons distingué des propositions princi- subjonctif.
49^ GKA.MMATRE.
pales et des propositions subordonnées. Or une proposition principale renferme toujours une affirmation positive ou conditionnelle , avec un rapport déterminé au présent , au passé et au futur. Le verbe de ces propositions doit donc prendre ses formes dans le mode indicatif, je Jais , j'ai fait , ou dans le mode conditionnel , je ferais , j'aurais fait.
Il arrive souvent qu'on trouve aussi dans les propositions subordonnées la même affirmation , positive ou conditionnelle , avec un rapport déterminé au présent , au passé ou au futur ; et alors il faut que le verbe de cette proposition , comme celui de la principale , emprunte également ses formes du mode indicatif ou du mode conditionnel : on dit , je crois que vous faites , que vous avez fait , je croyais que vous feriez , que vous auriez fait.
Mais il y a des propositions subordonnées , dont le verbe n'ayant pas un rapport déterminé à un temps plutôt qu'à un autre , est, suivant les circonstances du discours , présent , par exemple , ou futur , quoiqu'on lui conserve toujours la même forme. Si on me dit de quelqu'un , il part, je puis répondre , je ne crois pas qu'il parte , et si on me dit , il partira, je puis également répondre , je ne crois pas qu'ilvA.KT^. Par où vous voyez qae parte indéterminé par lui-même à être présent ou futur, devient tour à tour l'un et l'autre par les circonstances du discours.
De même soit qu'on dise il est parti ^ ou il pariirus je puis répondre Je ne cro jais pas qu'il partît. Qu'il partît est donc tour à tour passé ou futur.
Que f aie fait ., autre forme qu'on emploie dans les propositions subordonnées, est également indéterminée, et peut se rapporter ^ suivant les circonstances, à des époques différentes. Vous voyez un passé dans il a fallu que j'aie consulté, et un futur dansye n'entreprendrai rien que je n'aie consulté....
Il en est de même de la forme suivante, que
j'eusse fait. Tantôt elle exprime un passé , je ne
croyais pas que vous eussiez fait sitôt ; tantôt elle
exprime un futur, je voudrais que vous eussiez
fait as^ant mon retour.
Toutes ces nouvelles formes qu'on fait prendre aux verbes dans les propositions subordonnées, expriment donc avec un rapport indéterminé au temps. Or cette indétermination est l'accessoire qui constitue le mode qu'on nomme subjonctif. Il parait que, dans ce mode, le verbe étant subordonné aux circonstances du discours, tient plus d'elles que de sa forme , les rapports d'antériorité , d'actualité ou de postérité qu'il exprime; et que les différentes formes du subjonctif sont moins destinées à distinguer le temps, qu'à marquer la subordination du verbe de la proposition subordonnée au verbe de la proposition principale.
Nous avons analisé quatre modes, l'indicatif, Z^il
L'infinilif es om suJbï*
l'irapératif, le conditionnel et le subjonctif. Il nous reste à observer l'infinitif.
Après avoir supposé que le mot être avait signifié successivement î;c?/r, entendre^ loucher; nous avons vu comment, étant devenu un terme général et abstrait, il n'a plus signifié aucune de ces choses en particulier. Alors il a été le signe d'ime idée générale , commune à voir^ à entendre, k toucher, et qui n'est proprement ni voir, ni entendre , ni toucher.
Ce verbe ainsi généralisé pouvait être joint à des adjectifs, et nous aurions pu dire être faisant y être dormant. Mais au lieu d'employer ces élémens du discours , nous avons imaginé des expressions plus abrégées, qui leur sont équivalentes, et nous avons fait les verbesya/Vé^, dormir.
Or être, faire, dormir, qu'on pourrait peutêtre regarder comme la première forme des verbes, sont ce qu'on appelle des infinitifs,
Gn peut ici observer deux choses. La première c'est que l'infinitif, quoique subordonné à une proposition , n'en saurait former une. Dansyis veux que vous fassiez, que vous dormiez, les formes du subjonctif, vous fassiez, vous dormiez, sont deux propositions : au contraire, si je dis , je veux faire, je veux dormir, vous n'apercevez point de propositions àdiW^ faire ni dans dormir, vous n'y voyez qu'une action ou un état.
Une autre chose à observer, c'est que, dans
rinfinitif, l'indétermination est encore plus sensible que dans le subjonctif. Car ce mode qui, par lui-même, ne se rapporte à aucune époque, semble pouvoir se rapporter à toutes. Faire y par exemple, paraît présent dans je puis Jàire , passé àOinsf ai pu faire , f u t ur dan s je pourrai/aire . Mais , à mieux juger des choses, c'est je puis qui est présent, yW/??^ qui est p'dssé, je pourrai g^uï est futur ; et faire n'est pas plus présent, passé et futur dans ces phrases, que le serait dans celle-ci le subsj tantif maison , j'ai une maison , j'ai eu une maison^ j'aurai une maison. En effet. Monseigneur, si vous considérez que, lorsque le verbe est à l'infinitif, nous faisons abstraction de tous les accessoires qu'il a pris dans les autres modes, vous en concluerez que nous faisons abstraction des rapport d'actualité, d'antériorité et de postérité, et que par conséquent il ne peut plus exprimer aucun de ces rapports.
Qu'est-ce donc que le verbe à l'infinitif? Vous voyez que, puisqu'il est dépouillé de tous les accessoires qu'il avait dans les autres modes, il ne peut plus être qu'un nom substantif, qui exprime une action ou un état. Il y a même bien des occasions où l'on ne peut pas s'y méprendre : nous disons, par exemple, mentir est un crime , pour le mensonge est un crime.
Puisqu'on multiplie les verbes en composant Les,.articip«
' * sont des adjec~
une idée totale de l'idée du verbe substantif "''•
5oO GRAMMAIRE.
et de celle de quelque adjectif , il faut q»d'en décomposant cette idée, on retrouve un adjectif dans les verbes d'action et dans les verbes d'état. Or cet adjectif est ce qu'on nomxwt participe , et il y en a deux : l'un est participe du présent, ainsi nommé d'après ce qu'il paraît èXre^ faisant; l'autre est le participe du passé , qui concourt aux formes composées des temps passés ,yai>. Ces noms participent de Tadjectif et du verbe; de l'adjectif, en ce qu'ils modifient un substantif; du verbe, en ce qu'ils le modifient avec un rapport de simultanéité à une époque quelconque. Je dis h une épo^ que quelconque, parce qu'ainsi que l'infinitif ya/r^, ils ne sont ni passés, ni présens, ni futurs. Quand nous traiterons particulièrement de ces noms , vous verrons que ce sont encore de vrais substantifs. ■ --■^' -'-■'■; -">• • ' ■^■"- '■■^■■U.
L'infinitif Comme on a dit à l'indicatif, j'ai fait, f avais
avo/r^ jointa un ' J «^^ ' •'
\xomllil\ll^L fait , on a dit à l'infinitif, avoir fait ^ et cette forme a paru exprimer un passé ou un futur : un passé antérieur à un autre passé, après avoir fait, il partit; un futur antérieur à un autre futur, il faudra avoir fait , quand f arriverai : mais si le verbe à l'infinitif ne conserve aucun des accessoires qu'il avait dans les autres modes, comment avoir fait pourrait-il être un passé ou un futur ? Je vois un passé dans il partit, et un futur dans il faudra :\^ ne vois qu'un nom dans avoir fait, et à ce nom j'en pourrais substituer un autre , la chose faite ;
GRAMMAIRE. 5oi
par exemple : après la chose faite il partit , la chose Juite faudra, quand f arriverai.
Outre les participes dont la forme est simple, faisant et fait, il y en a un autre dont la forme est composée, ayant fait. Vous voyez que ce participe est de la même nature que les autres, c'està-dire un nom. -y^* > .V
Nous avons observé et expliqué toutes les variations du verbe dans ses différens temps et dans ses différens modes. C'est de là que se forment les conjugaisons, dont nous allons traiter.