CHAPITRE X
Des conjugaisons.
Nous venons de voir que , lorsque nous con- comment on
^ adistinguéqua-
sidérons les infinitifs y^z/re , aimer ^ nous faisons t« conjugaisons. abstraction de tous les accessoires que le verbe exprime dans ses temps et dans ses modes. Donc, si nous regardons cette forme comme la première que les verbes ont eue , nous verrons que, suivant les variations dont elle sera susceptible, elle ajoutera différens accessoires à la signification des verbes.
Or on a remarqué que les infinitifs ont des terminaisons différentes. Ils se terminent en er, comme aimer; en ir, comme ^nir; en oir, comme
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recevoir; en re, comme rendre^ faire. Toutes le» terminaisons des infinitifs peuvent se rapporter à ces quatre.
Alors, ayant observé tous les verbes dont l'infinitif se termine en er^ on vit que, dans leurs temps et dans leurs modes, ils prennent en général les mêmes formes ^' aimer. On regarda donc les variations de ce verbe comme le modèle des variations de tous ceux qui se terminent de la même manière, et on en fit une classe, sous le nom de première conjugaison. On imagina de même trois autres conjugaisons, parce qu'on fit de pareilles observations sur les verbes en ^>•, en oir et en re. r
Alors conjuguer un verbe fut lui faire prendre {successivement, sur le modèle d'un verbe qui servait de règle, toutes les formes que nous avons analisées , c'est-à-dire les formes de l'indicatif, de l'impératif, du mode conditionnel, du subjonctif et de l'infinitif.
En consjdé- Dès Quc chaquc conjugaison eut un modèle,
rant les verbes X 1 J O
ÎÔnjMgaKs'on ^u fut foudé à rcgardcr comme réguliers tous les trois'fspècrs. ^ verbes qui , ayant à l'infinitif la même terminaison que celui qui servait de règle , se conjuguaient exactement de la même manière. Calmer^ par exemple, fut régulier, parce que, dans tous ses temps et dans tous ses modes, il se conjugue comme aimer.
En conséquence on mit parmi les verbes irré-s
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guliers ceux dont les variations n'étaient pas conformes à celles du verbe qui devait servir de modèle; et on nomma défectueux^ ceux qui manquaient de quelque temps ou de quelque mode. Aller y par exemple, fut un verbe irrégulier, parce qu'il se conjugue différemment à'aimeri/aillirixxl un verbe défectueux, parce qu'il n'est en usage qu'à Vïxïû.n\{\{ Jaillir, et aux \)^ssés ^ je Jaillis , f ai failli, f avais Jailli : quérir est plus défectueux encore; il ne se dit qu'à l'infinitif.
En considérant les verbes par rapport aux conjugaisons , il y en a donc de trois espèces : réguliers^ irréguliers et défectueux.
Nous remarquons dans les conjugaisons des verbes auxi, formes simples , je Jais , jejîs , je sors, je sortis ; et àes ïoTVHQs» composées, j' ai Jait, j'avais Jait, je suis sorti, j'étais sorti.
Les verbes avoir et être, qui entrent dans les formes composées, et qui se joignent au participe du passé, se nomment verbes auxiliaires , parce qu'ils concourent à la formation des temps. Nous en traiterons dans le chapitre suivant.
Aller est aussi un verbe auxiliaire dans la formation du futur prochain, ye vais faire; et venir en est un autre dans la formation du passé prochain, ye viens dejaire. L'usage qu'on fait de ces deux verbes ne souffre aucune difficulté. Nous verrons qu'il n'en est pas de même des auxiliaires avoir et être.
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Il faut remarquer, Monseigneur, qu'un verbe, ^ lorsqu'il devient auxiliaire, ne conserve pas exactement sa première signification ; par exemple , dans avoir fait et a^^oir des vertus^ Tidée qu'offre le verbe avoir n'est pas certainement la même. Vous voyez par-là pourquoi devoir ne peut pas être mis parmi les auxiliaires : c'est que lorsqu'on (lityle dois faire y je dois conserve exactement sa première signification. 11 signifie toujours, il est arrêté y ou il faut, La distinction Lc verbc substantif peut être emplové avec le
des verbes ac- / * i J
nîuîrJI^nfdpft participc du présent, Pierre est aimant ^ et avec le
pas être admise . . / r» • • > •\ i
dans notre lan- participc du passe, Pierre est aime : il est dans ces deux phrases le même verbe , dont le propre est d'exprimer la coexistence de l'attribut avec le sujet.
Or quand on dit, Pierre est aimant^ Pierre est le sujet de l'action, comme il l'est de la proposition; c'est lui qui agit : au contraire, il n'est plus le sujet de l'action quand on dit, Pierre est aimé. Il en est l'objet : il n'agit donc plus, et c'est ce qu'on appelle être passf.
Être aimant renferme deux élémens auxquels nous pouvons substituer aimer; verbe adjectif, que nous avons nommé verbe d'action , et que les grammairiens nomment verbe actif
Être aimé renferme également deux élémens , auxquels les latins substituaient amari, verbe qu'ils nommaient passif, parce que, dans le&
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modes de ce verbe, le sujet est Tobjet de Taction.
Notre langue ne peut rien substituer à de pareils élémens. Elle n'a donc point de verbe passif. * En effet, c'est avec les participes du passé, joints aux différentes formes du verbe être^ que nous traduisons les verbes passifs des latins.
Comme on a nommé verbes actifs ceux dont Faction se termine à un objet différent du sujet de la proposition ; et verbes passifs ^ ceux dont le sujet de la proposition est l'objet même de l'action , les verbes actifs et les verbes passifs ont emporté l'idée d'un objet sur lequel une action se termine. En conséquence les grammairiens ont appelé verbes neutres, c'est-à-dire qui ne sont ni actifs ni passifs , tous ceux où ils ne voyaient point d'action , reposer , dormir , et tous ceux où ils voyaient une action qui ne se terminait pas sur un objet, marcher, rz>e. Comme nous n'avons point de verbes passifs , il me paraît inutile d'admettre des verbes neutres. Il nous suffit par conséquent de distinguer les verbes en deux classes, en verbes d'action et en verbes d'état.
Les grammairiens distinguent encore trois es- nî ceiie de*
*-^ verbes réfléchis,
pèces de verbes, dont je ne vois pas l'utilité : des [i'^S^eis^ verbes réfléchis, dont l'action réfléchit en quelque sorte sur le sujet, je me connais, je me trompe; des verbes réciproques , dont l'action réfléchit alternativement d'un sujet sur un autre, Pierre et
Paul se battent; enfin des verbes qu'ils appellent inï proprement impersonnels ^ parce qu'ils ne s'emploient ni avec la première ni avec la seconde personne, iljaut, il pleut. Si on s'obstinait à distinguer les verbes par des accessoires aussi étrangers à leur usage, on en trouverait de bien des espèces, souvent même dans un seul verbe. Aimer, par exemple, serait actif, réfléchi , réciproque , neutre , et tout ^ qu'on voudrait. Il est nécessaire d'analiser ; mais il y a un terme où il faut s'arrêter. Les analises inutiles n'éclairent pas, et elles embarrassent. Faussesdéno- Si VOUS rcmarqucz , Monseigneur, que je n'ai
Dinalionsqu on A ' o ^ J. J
femprdes ve"r^ p^s douné dcs noms à tous les temps des verbes , je vous répondrai que je ne crois pas devoir adopter ceux qui sont en usage parmi les grammairiens.
On 2i^^e\[Q je Jaisais , prétérit imparfait ; je fis ^\. j' ai fait y prétérit parfait ; et j'aidais fait, plusque parfait. On dit encore queye^j est uu prétérit défini, et j'ai fait , un prétérit indéfini. Enfin, on donne k je fis le nom de prétérit simple , et kjai fait, el f avais fait , celui àe prétérit composé.
Voilà les noms généralement usités. Il y a des grammaires où on en trouve encore d'autres que je ne rapporterai pas. Vous pouvez juger à cette multitude de noms , de l'embarras où ont été les grammairiens. En effet, plus ils ont fait d'efforts , moins ils ont réussi , et nous ne savons plus comment nommer les temps.
GRA.MMA.IRE. JOJ
Pour moi, j'avoue que je n'ai jamais pu comprendre ce qu'ils entendent par imparfait ^ parfait^ plusque parfait , défini, indéfini : je comprends mieux ce qu'ils veulent dire par simple et composé. Ces noms marquent au moins les formes que le verbe prend au passé : mais ils n'expriment aucun des accessoires que ces formes réveillent; et c'est néanmoins d'après ces accessoires qu'il ^
aurait fallu nommer les temps.
En effet les noms seraient bien choisis, s'ils étaient comme le résultat des analises de chaque temps. C'est ainsi qu'on a fait ceux de passé prochain et de futur prochain. Mais de pareils noms pour chaque temps seraient difficiles à imaginer ; et quand on les proposerait , le public ne les adopterait pas. Ce serait des dénominations métaphysiques , dont les idées échapperaient souvent aux métaphysiciens mêmes ; et cependant la grammaire doit être à la portée de tout homme capable de réflexion. On pourrait employer un moyen plus simple.
Le verbe faire varie dans tous ses temps et dans Moyen dv
l suppléer.
tous ses modes. Or pourquoi ses variations, dont on aurait fait l'analise , ne serviraient - elles pas dedénominationsaux variations desautres verbes? Pourquoi ne dirait-on pas : le p3LSséjeJis du verbe aimer esitf aimai , le inturje ferai est f aimerai, etc.? De pareilles dénominations ne seraient point métaphysiques ; elles n'exigeraient , de la part de
5o8 GRAMMAIRE.
Tesprit , aucune contention , et elles rappelleraient, d'une manière précise, à celui qui aurait bien analisé , les accessoires , comme les formes de chaque temps.
Il ne me resterait plus , Monseigneur, qu'à transcrire ici , d'après ce plan, les différentes conjugaisons des verbes. Mais pourquoi vous donner la peine d'apprendre ce que vous apprendrez de l'usage sans effort. Je crois donc devoir me borner à mettre les conjugaisons à la fin de cette grammaire, afin que vous puissiez les consulter au besoin.