‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 11 sur 57 · DÉFINITION II · texte numérisé non relu

DÉFINITION II

' La haitie est un mouvement qui nous éloigne d'un objet."

AX10M3& PREMflER.

Ce qui est porté vers un point , s'éloigne par le même mouvement d'un point diamétralement opposé. .

AXIOME n.

L'objet de l'amour et celiii de la haine Sont diamétralement opposés : car l'objet de l'ainour est le bien* ou l'être; et cdui de la baine est le mal ôu le néant.

Démonstration du théorème.

La haine est le mouvement qui nouâ éloigne d'un objet par la seconde définition ; et jiat* 'Ifâ- première, l'amour est le mouvement qiii noui^ pottc vers un objet. Or on ne s'éloigne poîtitd'to dbjef, qu'on ne soit porté par le même mouvferaêftfveîps un objet diamétralement opposé par le pr^etnier axiome ; et l'objet de l'amour et celui de la haine pat le second axiome sont dîamétralementi opposés : donc c'est par un seul mouvement que nous aimons et haïssons : donc l'aïUour et la haine II. 7

ne sont qu'un même mouvçtpent, qu'une même chose. .

Mall^amehe dit luiHOoetne * qoé ie mom^ement de la haine^st le même que celui de Vamx>wr; mais , ajoute-t-ily le sentiment de la haine est tout différent de. celui de, V amour.... Les momemeHs sont des actions de la volonté : les sentimms sont des modifications de tesprii. Voilà donc l'amour et la haine comme actions de la volonté qui ne sont (Jûîuhémême chose ^ c^est-à-dite qui ne sotot profrèethent qu'une même chosê^ cat on ne s'est ja*mais avisé de considérer l'amour et la haine autrement que comme actions de la volonté. On pourrait donc ainier et haïr iad^pend^un^i^nt de ce sentiment qui vient modmer l'esjMrit ; et si Mal« la branche a reconnu «quelque diffép['enc^ àaim le sentiment de ces deux passions, c'est ^'ë y ^ été contraint par sa propre expérience qui lui apprenait assez qu^il ne faisait pas la m^me diose qua&d il haïssait que quand il aimait*

J'a<irs»S4Hi apporter pour «xeik^ple d'iH) sys* tème ahsti?ait celui de Mallebrancbe $ar les idées ^ mais ili9Ùt été long à exposer. D'ailleùrg il a pfu de parons ^ ^ l'ii^xactitude des piincipes que je vmis de critiquer n'est pent^^ét» pas si géiaé* ralefîient reoôimue.

Mallebpâcidbe était m des plas beaux esprits

* ïi£v. V, «h«p* m.

* ' DES srsnMss. 99

dti dernier siéde : mais malheuremement srar tma^ giaatioii avatt trop d'eiapire sur- lui. Il voyait que par elle, et il croyait enteiukre les t'éponses àe la sagesse inGréée,*de la raison universelle, du Verbe* A la vérité quand il saisit lè vrai , personne ne lui peut éfre comparé. Quelle sagacité poiu* idéméler les eireur» dessers, de l^îmaginatiQa, de Tesprit et du oœur ! Quelles.touches quaïki il^peint in% <)i£Béreq|s caractères <le ceu^L qui * s'égabeiit dans la r^edi^erche de la vérité ! Se trompe-t-il luimème? ^'est xfune mamièrf si séduisante, qu'il parait dair jusque <lam ies.endroitS'OÙ il ne pebt s'entendre* '

il eonnaifisait l'hopnme, mais il le connaîsiâit «Doîns en philosophe qu'en bçl^esfnsit. DeuxprinlÉpes étaient la cause de son ignoraiDce à cet ^gwd : F«m que nous voyons tout en Dieu; l'initre que nous n'aimons rien que par l'amour que nous avojïs pour Dieu ou pour le bien en général. En eflfct avec de tels principes il n'était pas possible de remonter à l'origine des connaissances et des passons humaines , ni d'en suivre le développe-* ment dans tous leurs progrès.

On compare ordinairement Mallebranche et Locke, sans doute parxse qu'ils ont tous deux écrit sur l'Entendement humain. D'ailleurs on ne peut pas^è ïessenabter moins. liocke n'avait ni la sagacité, ni Tesprtt méthodique, ni les agrémens de MaHebranche ; mins aussi il i^i'^en ^srvisit pas les

lOO TRAITÉ *

défaut. Il a connu l'origine de nos connaissances mais il n'en développe pas les progrès dans un détail assez étendu et assez net. Il est dans le chemin dé la vérité comme un homme obligé de se le frayer le premier. Il trouve des obstacles, il ne les surmonte pas* toujours; il se détourne, il chancelle, il tombe et il fait bien des efforts pour reprendre son chemin. La route qu'il ouvre est souvent si escarpée, qu'on a autant de peine à aller à la vérité sur ses traces, qu'à ne pas s'égarer sur celles de Mallebrancbe. Il raisonne avec beaucoup de justesse ; souvent même, à l'oco^ion des choses les plus communes, il fait des observations trèsfines, mais il ne me paraît pas réussir élément sur les matières di^ciles. Moins bel -esprit que philosophe, il instruit plus dans son Esam sur l'Entendement humain que M allebrànche dans la Recherche de la vérité.

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