‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 15 sur 57 · ARTICLE IV · texte numérisé non relu

ARTICLE IV

Qoe chaque monade a des perceptions et une force pour les produire.

J'ai supposé des rapports entre les monades^ parce qu'en effet plusieurs êtres ne peuvent exister sans en avoir. D'ailleurs il y en a entre les corps ; donc il y en a entre les monades; car les corps n'étant que des aggrégats, la raison de leurs propriétés doit se trouver dams les êtres simples dont ils sont composés. En un mot, il faut imaginer qu'il y a parmi les monades des rapports, et des changemens de rapports, comme parmi les phénomènes , et que de part et d'autre tout se fait dans les mêmes» proportions.

Jusqu'ici nous savons ce que les monades ne sont pas, mais ce n'est pas assez pour se feire une idée des rapports qui sont entre eHes. Si nous n'en pouvions assurer iautre chose, sinon

DES SYSTÈMES. tl3

qu'elles ne sont ni étendues, ni figurées, ni mobiles^ etc. , il* s'ensuivrait qu'elles ne seraient rien à notre égard. La privation des qualités fait le néant ; et pour être il faut avoir quelque chose de positif.

Les monades sont des substances simples. La notion de notre âme peut donc servir de modèle à l'idée que lious en voulons former. Nous li'avons qu'à imaginer dans chaque monade quelque chose d'analogue au sentiment et à ce qu'on nomme en général perception. Voilà ce qu'elle aura de positif, elle éprouvera des changemens lorsqu'elle aura des perceptions différentes.

Mais quel sera le principe de ces perceptions ? D'tïn côté on ne conçoit pas qu'une monade puisse être altérée ou éprouver dans l'intérieur de sa substance quelques changemens par l'action d'une autre créature; car étant [simple rien ne peut s^échapper de sa substance pour agir au dehors, et rien n'y peut entrer pour la faire pâtir. Les monades n'agissent donc point les unes sur les autres^ il n'y a point entre elles d'action ni de passion % réciproques, et par conséquent les changemens qui leur arrivent n'ont pas pour principe quelque chose qui soit au dehors.

D'un autre côté, si nous consultons l'essence des monades , nous n'y trouverons pas non plus la raison des changemens qui leur arrivent. L'essence ne détermine dans un être que ce qui lui appartient lï. * 8

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constamment t elle détermine, par exen^le, la po^sîbililé des changemens : maisde ce qu'un changement est possible, il n'est pas actuel. Il £aut donc reconnaître dans chaque substance une autre raison par où on puisse comprendre pourquoi et comment tel changement devient actuel plutôt que tout autre. Or cette raison, cf est ce que j'appelle force, il y a donc dans chaque monade une force qui est le principe de tous les changemens qui lui arrivent, pu de toutes les perceptions qu'elle éprouve , et on peut définir la substance ce qui a en soi le principe de ses changemens.

Quoique la notion de la force soit du ressort de la métaphysique , elle n'en est pas moins intelligible. Car chacun peut remarquer en luimême un effort continuel toutes les fois qu'il veut agir. Si, par exemple , je veux écrire et qae quel- .qù'un me retienne la main , je fais contiiibellemenC effort, et cet effort produit l'action, dès qu'on rettd la liberté à ma main ; en sorte que tant que l'effort continue, je continue d'écrire; et sitôt qu'il cesse, je cesse d'écrire. La force consiste donc dans un effort continuel pour agir. ^

Ainsi, quand je parle de la force des monades, je veux dire qu'il y a en elles un effort, une tendance continuelle à l'action , c'est-à-dire à produire en elles un changemei^t en produisant une nouvelle perception. Car les changemens d'état n'étant que des perceptions, la force qui tend à

dbanger l'état, m tead qu'à produire de nouTelles perceptions

Mais puisque chaque être simple est un , sa force est une également. Elle ne trouve donc rie© qui résiste à l'effort qu'elle fait continuellemeirt pour agir. Elle doft par conséquent produire sans cesse de nouveaux changement* L'état des monades change donc continuellement; elles éprouvent donc sans cesse de oouveUes perceptions.

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