ARTICLE V
De l'harmonie préétablie.
Les phénomènes nous représentent de la liaison entre toutes les parties del'univ^l^il j en a donc entre les êtres simples dont l'univers est formé. Si ces êtres agissaient les uns s&r les autres, c'en serait assez pour faire imaginer de la liaison entre eu3ç. Mais cela n'est pas : chacun a en particulier une force qui lui est propre , et cette force produit en lui une suite de changemens tout-à-fait indépendante des suites qui ont lieu dans les autres. Les monades dans ce système paraissent donc comme autant d'êtres isolés et qui n'ont poi^t de liaison. Les corps par conséquent n'en ont pas davantage entre eux ni avec les monades doqûnantes avec lesquelles je ferai voir qu'Us sontiuûs.
'Cette force, cette tendance à Tartion, Leibnitz l'appelle «acore <ippétk*
à|6 TRAlTà
t Gepeudant rien n'empêche que les suites de changement n'aient des rapports entre elles, et iae se combinent pour tendre à une fin commune, dans > le même ordre que si les êtres agissaient iréellément les uns sur les autres. Dès lors on conçoit entre toutes les parties de l'univers une harmoiiie qui en fait toute la liaison.
iMon âme, par exemple, ou la monade qui do- .loine sur mon corps éprouve successivement différentes perceptions et elle les éprouverait également et dans le même ordre, quand elle ne serait unie à aucun corps. Mon corps sans en recevoir aucune influence change aussi continuellement d'état, et ses changemens ne sont quel'effét^de son tnéi^isme. En un mot tout se fait dans if^âme éomme s'il n'y avait point de corps, et tout ^ é^î 'faii dans lè corps comme s'il n'y avait point d'âme. Mais il y a de l'harmonie entre ces deux '^ùbstances', parce que leurs changemens se répondent aiissi exactement que si elles veiljaient à leur conservation mutuelle en agissant l'une sur l'autre.
Dieu seul est la cause de cette harmonie parce qu'il l'a préétablie. Ce n'est pas qu'il ait lui-même déterminé les changemens de l'une de ces. deux substances pour les faire accorder avec ce qui devait se f)^assei* dans Fautre : mais il a consulté 'ce qui devait arrivjcr à cbiaque substance possible, en vertu de la force qui lui est propre , et il a uni
DES SYSTÈMES. Hy
celles où cet accord devait se rèncolitrer; Supposez un habile mécatiicien qui, prévoyant tout cë^ que vous ordonnerez demain à votre valet , fasse un automate qui exécutera vos ordres à point nommé. La même chose arrive dans le système de l'harmoilie préétabUe. Quand Dieu choisit le corps pour Pâme , le corps , par une suite de son mécanisme, exécute exactement les ordres. Quand l'âme est choisie pour le corps, elle paraît obéir à son tour, quoiqu'elle n'éprouve que lès changemens que produit en elle la force qui lui est propre.
On imaginera l'harmonie de tout l'univers si on se représente entre toutes ses parties la même correspondance qu'entre mon corps et mon âme. Mais pour rendre la chose plus sensible, réalisons avec les cartésiens le phénomène du plein. Dans cette hypothèse, le jtnoindre mouvement doit se communiquer à toute distance ; et l'action d'un corps sur jin ^^ n og^Qi^anes ne peut se borner 4 être seulem4iRrai€^mpr de ce corps, elle doit encore être une impression de tous les corps de l'univers. Par-là toutes les parties du monde coexistent et se succèdent de manière que lé monde entier, c'est-à-dire qu'aucun corps n'a une certaine figure, ni une certaine quantité de mouvement que parce qu'il s'en trouve une raison; suffisante dans l'état actuel de l'univers. Sans cela ce corps ne serait pas lié avec les autres, ^ il: (ne fe^ rait pas partie de ce monde. » r. ri
il8 TRAITÉ
Or le phéi^oHiène du plein eat parfaitement analogue à la réalité des choses; il en est la fi* gure« Tout est donc lié d^ns la réalité corame tout le paraît dans le plein.
Mais il faut bien se souvenir que cette liaison ne suppose pas une dépendance réelle entre les substances i elle ne la suppoi&e qu'idéale, et ce n'est que dans le sens populaire «t en suivant les apparences qu'on peut dire qu'elles dépendent les unes des autres. C'est aimrqu/onditavecle peuple, le soleil se lèi^^ se couche^ quoiqu'on pense avec Copernic que la terre tourne.
Les monades étant indépendantes les unes des autres, existent dans le vrai une à une. Il n'y. a donc rien dans la réalité des choses qui soit composé, ni rien par conséquent qui mérite le nom de tout non plus que celui j||y|^ie. Ce qu'on appelle tout et partie^ sont despronomènes renfermés dans la notion du corps et qui résultent imiquement de Vhsmxkonw^^^ les monades.
Transportez-vous dans un concert et considérez les sons comme répandus dans l'air et existans indépendamment les uns des autres, vous ne concevez point de liaison entre eux. Considérez-les ensuite par le rapport qu'ils ont à votre organe, aussitôt vous les voyez sé lier et former des tons liarmoniques. Il en est de même de tous les phénomènes de l'univers.
DES $TSTicM£S.