ARTICLE VU
Comnient châqne monade est représentative de Tunivers.
L*état actuel d'une monade est relatif à Tétat actuel de toutes les autres. Cf est là ce qui entretient rhannonie de tout l'univers. Chaque état d'iœe monade exprime et représente donc les rapports qui sont entre elle et le reste des monades : et, puisqu'elle change continuellement^ elle passe continuellement par de nouveaux états représentatifs. Or les perceptions qui se succèdent dans ^ une monade , et les dififérens états par où elle passe, ne sont qu'une même chose. Chaque perception est donc représentative; et, puisqu'elle est l'effet de la force de la monade, on ne la peut mieux définir qu'en disant qu'elle est un acte par lequel une substance se représente quelque chose.
Mais , tout étant lié , il n'y a pas de raison pour borner cette représentation. Elle embrasse donc tout, elle tend à l'infini : ainsi Chaque perception représente l'état actuel de tout l'univers; et, parce que cet état est hé avec le passé dont il est l'effet, et avec l'avenir dont il est gros la même perception représente le passé, le présent
■ Le présent est gros de V avenir. C'est l'expression de Leibnitz.
et l'avenir. Par conséquent on se ferait l'idée la plus exacte et la plus détaillée de l'univers, si on connaissait parfaitement l'état actuel d'une seule monade
Cependant toutes les monades ne représentent pas l'univers de la cHéme manièref Chacune le représente suivant le rapport où elle est avec le reste des êtres, et par conséquent sous un point de vue différent. £lle ne représente pas immédia* tement des choses qui n'ont avec elle qu'un rapport éloigné. Un corps, par exemple, fort composé, n'est pas représenté immédiatement dans un être simple, mais il Test dans un corps moins composé que lui ; celui-ci dans un autre encore mcHus, et ainsi successivement; en sorte que la représentation se faisant de l'un à l'autre par les passages les plus petits, parvient de proche èo proche jusqu'aux plus petits corps possibles, et se termine dans un être simple. .
Cela doit être de la sorte par le prinâpe de la raison suffisante. Car si la r^résentation passait d'un corps à un autre, qui n'aurait pas avec lai le rapport le plus prochain , il y lançait une espèoe de saut dont on ne pourrait rendre raison. De là il faut conclure qu'il y a, dans chaque portion de
' C'est ce qui a fait dire a Leibnitz que chaque substance, chaque nonade ta tin nûroir vÎTant, conœntraUon de l'univers.
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mati^e, une infiBité de corps, tous plus petits4es uns que les autres, et qui décroissent par des différences infiniment petites, jusqu'à celui qui aie rapport le plus immédiat avec l'être simple. C'est la seule hypothèse où les passages brusques n'aient pas lieu. Une monade ne peut donc représenter Funirers, qu'elle né soit unie à un corps infiniment petit ; et, puisqu'il est de la nature de chaque monade, de te représenter toujours, il est aussi de sa nature de ne pouvoir jamais être séparée de son corps.
ARTICLE yiii.
Des différentes sortes de perceptions , et comment chaeune en renferme une infinité d'autres.
On demandera peut-être comment une substance peut avoir des perceptions, c'est-à-dire agir , et produire en elle des changemens qui lui représentent quelque chose, sans avoir conscience de ses perceptions, ni de ce qu'elle se représente. C'est, répondrai-je^ que ses percep- tions sont totalement obscures. Donnez de la clarté à quelques-unes, aussitôt elle en aura conscience; donnez -en à quelques autres, sa conscience s^téndra encore, et ainsi de plus en plus, à mesure qu'un plus grand nombre aura de Èa clarté.
Quand, par exemple, j'entends le bruit de la mer, j'entends amsi celui de chaque vague. Mais
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le bruit total est une perception claire dont j'ai conscience, et le bruit de telle ou telle vague est u^ïe perception obscure qui vient se confondre dans la totale : je ne l'en saurais discerner, et je n'en ai point conscience.
Si le bruit d'une vague se faisait entendre tout seul, la perception n'en serait plus confondue avec aucune autre; elle serait claire, et j'en aurais conscience. Mais le bruit de c^tte vague est lui-même composé de celui que fait chaque particule d'eau ; c'est donc encore ici une perception qui résulte de beaucoup d'autres, dont je n'ai pas conscience. Si on décomposait de la sorte toutes nos perceptions, il tfen est point qu'on ne vît se résoudre en plusieurs autres, qui, par l'impuissance où nous étions de les démêler, se confondaient en une seule.
La perception totale qui résulte de la confii- .sion de plusieurs autres, je l'appelle confuse. Une perception peut donc être claire et confuse en même temps. Elle est claire.par la conscience que j'en ai ; elle est confuse, parce que je ne discerne pas les perceptions particulières dont elle est le Résultat. Enfin elle devient distincte, à mesure que j'y démêle un plus grand nombre de perceptions particulières. La perception d'un arbre, par exemple, est distincte, parce que j'y distingue un tronc, des branches, des feuilles, etc.
Mais nous avons beau décomposer nos percep-
DES STSTÈMBS. 1^5
tions, nous n'arriverons jamais à des perceptions absolument simples. Chacune est comme mi point où une infinité de sentimens viennent se réunir et se confondre. La sensation d'une couleur, par exemple, ne peut représenter l'objet coloré, qu'autant qu'elle se forme des perceptions obscures qui représentent les mouvemens et les figures, qui sont les causes physiques 4|b cette couleur. Ces dernières perceptions ne peuvent représenter ces mouvemens et ces figures , qu'autant qu'elles résultent aussi des perceptions obscures qui représentent les déterminations qui sont le principe des mouvemens et des figures ; et ainsi de suite, jusqu'aux premières déterminations des monades. Par conséquent la sensation d'une couleur résulte d'une multitude infinie de perceptions qui se confondeiit en une seule. Si nous les pouvions distinguer successivement , d'abord la couleur disparaîtrait, et nous ne verrions plus que certaines parties d'étendues figurées et mues diversement; bientôt après, les phénomènes des figures et du mouvement s'évanouiraient à leur tour, e^ i^ne resterait que les différentes déterminations des êtres simples. C'est ainsi qu'une couleur s'évanouit, quand le microscope nous fait apercevoir les couleurs dont le mélange l'a formée
■ Mêlez deux poudres fort fines et de couleurs différentes ,
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On voit que dans ce système les percepttons représentent l'état réel des objets j et ne le représentent pas. Elles le représentent par cette tnultitude infime de seatimens dont on n'a point conscience. Mais , si on n'a égard qn'à ce qu'on y démêle, elles ne le représentent pas, elles ne sont que des piiénomènes ou des apparences.