AXIOME VII
. •« L'es3ence d'une chose ne renferme pas l'exis- ' Deuxième part, Déf. m*
l86 TRAITÉ
<K tence, lorsque celte chose peut être conçue « comoie non existante. »
On sera sans doute étonné de me voir refetet des axiomes généralement reçus. Mab il n'appartenak qu'à des êtres aussi bornés qœ nous, d'i* maginer leur manière de concevoir , comme la mesure de l'essence des choses^ C'est le iftéme pré^ ju§;é qui a Êik la TOgue de cet axiome et du précéd^p Dès que nous croyons pouvoir affirmer d'un objet tout ce que contiennent les idées que nous nous «ni sommes iaites, il est naturel que nous lui refusions tout ce qu- elles ne renferment *pas.
Si on passe cet axiome, on pomratt avec autant <k raison accorder ceux-ci.
ic L'essence dVuie chose ne renferme pas l'^ntelUgence, lorsque cette chose peut être conçue comme non intelligent^ : Fessence d'une chose île reolferme pas la l])>erté ^ lorsque cette chose peut être conçue comm^ non libre, n
En ce cas, Spiuosa dirait : je conçœs que Dieu pourrait être sans intelligence et sans liberté; donc, son essence ne rënferme ni l'une ni l's^tre. Mais quelle intelligence étes-vous donc vousmêmes, dirais-je à un pareil philosophe, pour vouloir que les choses ne soient que comme vous les concevez? En vérité , si cette manière de raisonner n'était pas aussi généralement adoptée , je serais honteux àe la combattre.
DES StSXÈMES. 187
Tels sont les matériïiux avec lesquels Spinosa va disposer toutes les prétendues démonstrations de sa première partie : huit définitions de taot, et isept axiomes peu exacts et fort équivoques. Il est assez curieux de voir comment il passera de là à quelque connaissance réelle sur la nature des choses. J'ai peii^ à croke que ses dëmniistrations , reofenaestt rîen de plus que des mots. Suivons- 1^, el exwiinon» de près tous les pas qu'il va faire. La chose sera d'autant plus aisée, que noœ ^ avoo6 déjà trouvé dans ses définitiocis et' dans ses axiomes la sup^osiftion de tout ce qu'il veut prouver.
Bei propositions qnç Spinosa entreprend de démontrer dans . la première partie de soi^.Étliique. '
Si je n'avais d'autre dessein que de réftiter SpiiMsa, il serait inutile de continuer la traductian de son ouvrage. On voit assez que des principes aussi frivoles ne sauraieni mener à de véritables connaissancesi Mais, amnûe je veux donun exempte de systèmes abstraits, et que je.
n'en sais point où. la méthode que je blàn^e soit Sjmvi)& avec plus de soini que dans celui de ce phir loftophe,Hl est nécessaire de traduire jusqu'à C0 chacun puisse s'en former une idée^,
TRAlTi
PREMIÈRE PROPOSmOK.
« La substance est 4e nature antérieure à ses a affections. » ■ .
Démonstration^
(K Cela paraît par le& définitions III et Y. p Cest-àrdire, que ce qu'fl appelle sid)stance , soit <pi'il y ait dans la'nature quelque chose de semblable, ou non, est, selon la façon dont il le conçoit, antérieur de nature à ce qu'il appelle affections. Car il faxA remarquer que cette proposition et sa démonstration ne peuvent être appliquées qu'aux mots suhstancé et affections , puisque Spînosa n'a pas encore prouvé qu'il y ait. nulle part dés êtres auxquels les définitions de la substance et des modes puissent appartenir.
Quand oq s'est &it l'idée du sujet delà substance de la manière que j'ai indiquée, on réalise cette idée, toute* vag^e qu'elle est, et aussitôt on conçoit ce sujet comme existant, avant les modes qui vien^ nent successivement s'y réunir. On remarque ensuite ce rapport, et on dit : le sujet est antérieur à ses'^odeSj il faut qu^une chose soit want d^étre telle ^ etc. -Cela signifie qu'après lès abstractioijs violentes qu'on a réalisées, on conçoit que le surjet est avant les modes, qu'une chose est avant d'être telle: propositions bien firivoles, et qui ne méritent d'être si fort répétées, par les philo-
JPES SYSTÈMES. ^ i8g
sophes, que pa^ce qu'il né leur faut souvent que des mots. En effet, qu'importe de savoir le rapport qu'il j a entre des abstractions réalisées ? Qu'on abandonne cette méthode ridicule, et on verra bientôt qu'une chose ne peut être, qu'elle ne soit telle; et qu'une chose ne peut exister y qu'elle n'ait des affections, etc.
, . Mais cette manière de raisonner est si généralement adoptée, que Spinosa a raison de s'en servir avec toute la confiance d'un homme qui ne soupçonne pas qu'on puisse rien trouver à reprendre dans Ses raisonnemens.. On voit par^^là et par tout ce qui a déjà été dit, que son système n'emprunte souvent le peu de force qu'il parait avoir, que delà faiblesse de se? adversaires.
• 'pROi>OSITIO]y II.
« Deux substances qui ont des attributs difîé- « réns, n'ont rien de commun entre' elles. »
* ' ^ Démonstration.
a Cela est encore prouvé par la troisième défi- « nition : car' chaque subst^qpe doit être en elle- « même, et conçue par éUe-méme, ou la "notion « dç l'une ne renferme pas celle de l'autre. » Spinosa supposi^ ici, cbmine dans le cinquième - axiome, que de deux êtres «qui ont quelque chose de commun, la notion de l'un Fenferme
celle de Taiitre; elle ne la renferme cependant qu'en partie. *Âm$i, d^ ce que la notion de la substance, par la troisièine définition, ne renferme pad k notion d'une autre chose, il ne s'ensuit pas que deux substances n^ont rien de commun; il s'ensuit seulement que tout n'est pas commun entre elles.
Pour l'exactitude de la conséquence que tire Spinosa, il aurait lallo définir la substance, ce doM Vidée ne renferme rien de cfi,qui appartient à la notion d'uné autre chose. Il paraît même que c'est là le sens que ce philosophe donne à sa dé^ finition. Par ce moyen, il lui est aisé de prouver, qu'il n'y a qrfune substance, car s'il y en avait plusieurs, ne serait 'qu'autant qu'on les rapporterait à un même genre. Elles auraient donc quelque chose de commun. »
Il &ut ^péter ici la remarque qtie nous avons faite sur la proposition précédei;ite. Rien nîe prouve encore qu'il y ait hors de nous quelque chose de conforme à la définition de la aidistance ; par con* séquent cette définition ne peut servir à démontrer ce qui est commun, ou ce qui n'est pas commun à deux substances, et la démonstration ne roule que sur des mots.
La notion de Ist substance, telle que nous l'avons, est Pidée <fe qi^Iques propriétj^ et modes que nous savons appartenir à un sujet dont la nature nous est inccMnnne. En ce s^s, la notion
DES SYftTilfES^ 191 I
d'une substance peut renfermer célle-d'une autre substance, parce que nous pouvons nous représenter les propriétés et les modes de l'une, par les propriétés et les modes de l'autre. Quoique, ^ par exemple , l'essence de l'or nous soit inconnue ^ nous pouvons nous représenter les propriétés | d'une particule d'or, par les propriétés d'une autre particule dont nous avons fait l'analise. Spinosa né suppose qu'on ne peut pas se représenter une substance par une autre, que parce* qu'il Se fait de la substance une idée abstraite' qui n'a de réalité que dans son imagination* C'ést-là le principal vice de ses raisônnémens.
PBQPOSmOK lïl.
a De deux chosies, Tune ne peut p^is être cause
« de* l'autre,. s'il n'y a rien de commun entre
<i elles. » ' *
Démonstration.
• ce S*il. n'y a rien ' de commun entre elles ; ^onc « (axiotne v), elles ne peuvent|être conçues Tune «par Vautre; donc (axiomé iv), l'une ne peut ce être cause de l'autre. »
Cette démonstration suppose, par Ife qiiî^ème axiome^ qiie la connaissance d\in,effet renferme ' kt connaissance de sa cause, comme Ja connaisssù!tce du pdouvement renferme celle de l'étendue. Celj est faux : la démonstration est donc également rausse. . * *
îga • . ' TRAITÉ
.PROPOSITIOV ly. \
a Si deux choses, pudavaotage^sônt diçtmctes^ <t où elles le sont par la divéPsUé-des attributs des substances, ou par ladivérsité des affections des <r substances. » . .
Démonstration.
a TouÇ ce qui est, est en soi, ou dans un autr^ «c (axiome i]r^ c'est-à-dire (dêfiijitipn ni et v), et que hors de l'ènteridenïent il n'y a que des sub- « stances et leurs affections. ïl n'y a dônc, hors a de l'enteridement,' que les substances, ou^ ce rfqui revient au même (axiome iv), que letups « attributs et leur^ aâections, par où plusieurs « choses puissent étré distinguées. ». * . '
Enfin, Spinosa commence ^ supposer que définitions de mot sont devenus des définition^ de chose. Il ny dit- il, hors de V entendement^ par Ht m et F d^nitîony ^ùe des substances et leurs affections. Cela est vrai, si ses définitions expliquent les choses telles 'qtif elles .sqpt én elles-mêmes : mais, si elles ne renferm^ent q^e certaines idées qu'illui à plu d'attacher à certains sons, par quelle ri^le s'imagine-t-il pouvoir par' elles juger de la nature même. des êtres? Il luî est libre de faire toutes lea abstractions qu'il veut ; la difificulté, c'est de passer de là à la nature des choses. Pour peu qu'on l'observe dans cô jpas-
DES SYSTÈMES. TgS
sage, on remarquera facilement le &ible de son système.