‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 32 sur 57 · IX. i · texte numérisé non relu

IX. i

1{)4 TRAtT^

substances qui eussent les mesies attribul» et les mêmes affections, et qui cependant seraient distinctes , parce qu'elles feraient nombre. C'est du moins le sentiment des cartésiens; un disciple de Descartes ne devait pas oublier de le réfuter.

Je conviens, en second lieu, que si des substances n'étaient distinguées que par la diversité des attributs, il n'y eu aurait qu'une du même* attribut : mais je dis que par la première proposition, Spinosa n'a pas prouvé que la sid)stance es% ett effet antérieure à ses affections : il montre Seulement qu'il la conçoit antérieure à ses affectio0s. Or cela ne le pas en àmit de l'en dépouiller, et de conclure que plusieurs substances d'un même attribut ne pourraient pas être dis* tinguées par la diversité des af&cticNBs.

Ënfin je remarque qu'il est inutile de recheràiQB s'il peut y avoir plusieurs substances de même nature^ tant que Spinosa n'a pas fait Toir qu'il exbte quelque chose à quoi il peut appliquer \» nom de substance ^u sens qu'il lui donne.

Il suffît de ne point f^e attention à ce que les substances ont de particulier, et de ne considérer que ce qui paraît leur et^ commun, pour se faire 4e la aobstanpe une idée abstraite : il suffît en^ suitç de réaliser cette abstraction pour conclure qu'il ri^ A qu'une substance^ On n'aMonc que Êdre de toutes les prétendues ^monstrations de S|Hnosa ; on peut, à moim de frais^ faire un sys"

DES STSTiCMESi t^S

tème comme le sieù i car, plus on le lirà^ plus on se convaincra que ses raisonnemens n'aboutissent qu*à réaliser une abstraction.

IPROPOSmOH YU

«Une substance ne peut être produite pai* <t uu^ autre sub^noe, »

Dèmonstràtîoû,

« line peutpasyaToirclaHS' la nature cleuxsubsr <( tances 4e même attribut (Prop. préoé4) t o^t^ « à-dire (Propos» n), qui aient ipœifque chose de t« commun «ntre elles» Par conséquent (P]top. i|i)^ (c l'une ne peut pas être cause de l'amtre ou l'une «f ne peut pas produire l'apirei »

(Test-à-dire qu'uiae . substance, au sens, de inosa, ne peut pa9 être produite par une autre. En effet, quand on s'est fait delasubstànoe^Pidée la plus abstraite qu'il soit péssible, on n'en peut plus voir qu'une, et on ne saurait distinguer quelque chose qui proAiise, et quelque chose cfuisoit produit. Mais ce n'est-là qu'un effet de notre manière de concevoir, et on n'én saurait rien con^ dure qu^d il s'agit dçs substances telles qiv'elles §put €in, ^llç$-mlêmes, et hprs de potre entendements Ce qjui ç^ 'été dit sur les propositions ii, ut et V, fait voir, combî^il cette démonstration est peu solides .

CoTXfUaire.

« Il suit de là qu'il n'y a rien qui puisse pro- <t duire une substance ^ car il n'y a dans la nature <c que substances et affections de substances (Ax. i, « et Définit, m et v). Or une substance lie peut «pas être produite par une substance (Propos. <c précéd.); donc, etc. »

<c Cette proposition se prouve encore par l'ab- « surdité de sa contradictoire : car, si une subs- « tance pouvait être produite par quelque cause, «c sa connaissance , devrait dépendre de la cause m (Axiome nr). Donc (Défin. m) elle ne serait pas « une substwce. »

Ce corollaire n'est pas plus solide que la proposition d'où il est tiré. Voyez ce qui a été dit sur les . définitions et sur les axiomes qui lui servent de fondement. ^

pROPosmonr vu.

K II est de la nature de la substance d'exister. »

Démonstration .

« La substance ne peut être produite par au- « cune cause. (Cor, de la Prop. précéd.) Elle est «donc cause d'elle-même, c'est-à-dire (Déf. i) « que son essence renferme l'existence, ou qu'il « est de sa nature d'exister. » - '

Nous avons remarqué que Spinosa ne devait donner le titre de cause de soi-même qu'à une chose dont il connaîtrait assez parfaitement la nature, pour y voir Texistence renfermée. Ce* pendant il le donne à une abstraction qui n'a de réalité que dans son imagination. Cette-démonstration est aussi frivole que le corollaire d'où elle dépend.

PROPOSITION vin.

« Toute substance est nécessairement infinie. » Démonstration.

« Il n'y a qu'une substance d'un même attribut « (Prop. V ) ; il est de sa nature d'exister (Prop. vu). « Il sera donc de sa nature d'être finie ou infinie.. « Mais non pas finie; car (Défin. ii) elle devrait «être terminée par une autre de même nature^ « et qui devrait également exister nécessairement «(Prop. vil); ainsi, il y aurait deux substances « de même attribut, ce qui est absurde (Prop. v) « Elle est donc infinie. »

On voit ici pourquoi Spinosa s'est expliqué d'une façon si particulière dans sa seconde définition; c'est que, pour refuser à tout ce qui est fini la dénomination de substance, il fallait entendre par uhe chose finie celle qui est terminée par une autre de même nature,. Je me trompe fort, ou la plupart des définitions et des axiomes

f ^ TIULITÉ

de Spinosa a'ont été faits qu'après les démoostrations«

Je me ksse de remarquer que toutes ces dé^ mônstratioQS ne répondent qu'au mot substance^ On dir^t qu'il n'y a rien <le plus connu qu'un être conforme à la d^nitkai que Spinosa donne €le ce terme*

Premier Scholie^

a Puisque le fini emporte avec soi quelque tf n^ation ^ et que l'infini ren&ctne l'affirmation <f absolue de l'existence de quelque nature, il sut « fit de la septième proposition pour prouver que <t toute substance est infinie, 9

Je ne sais si Ton peut comprendre quelque ciîose à la définition qu'on donne ici de l'infini. Mais le dessein de Spinosa ^t de prouver que la substance étant infinie , elle est tout ce qui est ; en sorte qu'il n'existe rien qui né lui appartienne comme attribut ou comme modification.

Second Sckatie.

<c Je ne doute point que tous cetix qui jugent ce confusément des choses, et qui ne sont pas ac^» « coutumés k les connaître par leurs premières oc causes, n'aient de la peine à concevoir la dé^^ « monstration de la septième. proposition, parc^ « qu'ils lie distinguent pas entre les modificatiofis « des substances et les substances mêmes ,iet qn'ilfî

(c ne savmt pas comment le&ishoses som produites. « De là il arrive qu'ils imi^iliQitt que tes subscdmH^s ont ùo aammen^meiit, parce ^'ils' a Yoimt qwe tes choses naturelles en ont un ; car <c<reax qui ign<Mt*e9at ks vséritakfles causes, con- « fondent tout. »

Spinosa a boime grâce de repffocJaer aux autres qu'ils jugent confusément des dbdses , et qu'ils i>e hs connaissent pas par leurs premières causes. Faut^il qu*il s!ave«igle au point de s'imaginer que quelqim dé&iitions de mats^ et ; qiielques mauvais axiaBQ)es.,jdoiirent lui découvrir' les vrais cessorts de la naAure? . H ^

Rémarquei^ qiie connaître les choses par leilrs premières causes, à la manière de Spinosa^ c'est les exj^quer par des notièns abstraites. Les surdités où tomibe <oe philosQpke sont xme iïou-' velle preuve des abiis de cetle imétfaode.

« Ils nelrouv^Bt pas plus.ckrépilignanoe à faire « parier les arbres que les hoix!i!me&. il ji'en coûté « rien à leur imi^nation pour lëtir i!epcéseDter « des hommes formés avec des pierres, comme otj^ar voie de\génératk>n , et pour dbangèi" une «•f<9rm.e >quefeocique en ime foiîme quelconque* (t Defvi/haae^.ceux qui coiifondent lainatuire divine a et la ni^ture b^n^ipe, att^fibu^nt façilemctnt à a XH^u les indin^^îons deis hommes^ ^^tout qu^d « ils ignorent comment les inqUiuitions naissent ff ddns notre ^içb^f »

aOp TRAITIÉ

Quel rapport tout ce verbiage peut-il avoir avec la septième psroposition ?

ce ]\Iais si les^ hommes réfléchissaient sur la na- « ture <ile la substance, ils ne douteraient en aua cune manière de la vérité de la septième proa position; bien au contraire ils la regarderaient a comme un axiome, et la mettraient au nombre ce des notion^' communes ; car par substance ils « entendraient ce. qui est en soi, et qui est conçu <c par Soi-même , c'est-à-dire ce dont la connais* <c sance n'a pas besoin de la connaissance d'une a autre chose; et, par modification, ils enten- <c draieiiPce qui est dans un autre , et ce dont a Fidée est formée par l'idée de la chose dans « laquelle il subsiste. » •

Spiinosa suppose ici bien clairement que sa définition de la substance en explique au^vrai la nature. Il a également tort d'avancer que la notion d'une modification est formée par l'idée de la chose où elle subsiste, pufêque nous avons des idées dés modifications, sans en avoir de letir sujet» ,

«c Cela fait que nous pouvons avoir de vraies « idées des modifications qui n'existent pas, parce «que, quoiqu'elles n'existent pas actuellement « hors de l'entendement, leur essence est tellece ment renfermée dans une autre chose, qu'elles « peuvent être comprises par cette chose même.

Rien n'est plqs faux , encore un coup. Nous ne

DËS SYSTÈMES. âOI

saurions tirer d*unc idée que noùs n'avons pas, c'est-à-dire de celle de la substance, l'idée d'aucune modification. Toutes nos connaissances viennent des sens ; or nos sens ne pénètrent point jusqu'à la substance des choses, ils n'en saisissent que les qualités. Si on croit qu'il y ait des modifications dont la connaissance soit due à celle de leur sujet, qu'on essaie d'en donner un seul exemple, et on reconnaîtra bientôt son erreur. Tel est l'aveuglement des philosophes, quand ils se contentent de notions vagues : à peine ont-ils imaginé la substance pour servir de sujet aux modi* fications, qu'ils croient la voir en elle-même, et n'avoir même que par elle l'idée des modifications qui l'ont fait connaître.

« Mais la vérité des substances , hors de l'cn- (c tendement, n'est point ailleurs que dans les ce substances, puisqu'elles sont conçues par elles- (c mêmes. Ainsi, si quelqu'un disait qu'il a une <c idée claire et disti,ncte, c'est-à-dire une vraie a idée de la substance, et qu'il doute cependant <r si une telle substance existe, ce serait la même «c chose que j^'il disait qu'il a une idée vraie, et a qu'il ne sait pourtant si elle est fausse, comme ce il est évident à quiconque y veut faire attena tionj ou, s'il supposait qu'une si^stance est « créée, ce serait supposa: qu'une idée fausse est « devenue vraie, ce qui ejst la chose du monde la « plus absurde. Il bût donc convenir que l'exis-*

li tenoe de la substance, ainsi ifoe soi| easesce^ «( est une vérité étera^dle^ »

Tout eda serais vrai, si la déâditkm ^ue Spn nosa^onne de la subctonoe était la yéritable idée de la ohoM*

« Kous pouvons eiioore conclure d'une autre 4c maniéré qu'il n'y a qu'une substance de merae

nature; ce que je crois à propos de &irje ici. (t Mais^ pour procéder avec ordre, il Êiut re- « marquèr:

«c^i^ Que la véritable dié&Eiitioio^ d'udie chose ae « renferme et n'exprime rien autre que sa n^ fit ture, d'où il suit :

«c i<> Qu'elle ne renferme et n'exprime pas un a certain nombre d'individwi., piiisqu'elle n'exff primb qœ la nature d« la chose. Pai^ exiemple, «e la définition dutsiangk n'exprifne que la simple « nature du triangle^ elle n'en marque paà un <c certain nombre ;

3^ Qtt-il y a -nécessairement^ pour lodte chose fc qnî existe^ une Iraiise d^ son e:ii^le»tce;

4^ Que cotte cause doit étee contenue dans la Il nature et la «d^nition de la chose exîstainte (K ( parce qu'il est de sa natuœ d'eicifiler).^ ouiflle fi doit être hors de la çhose quiexistfe* ,Gek posé> « il s'ensuit que s'il y a un oertaito;nQ?»bi!©'d'ifi- « dwidua dans la natuf^, il doit Déees^icemont

y avoir une caus^ pourquoi ils i exist^at, et f< pourquoi Us existe»! $n:tnA tioxBhff^i a0rte

DES SYSTÈMES. ao3

« qu'il n'y eu ait ni phis ni moins.. Par exemple, « s'il j avak au monde yingt hommes et pas dayantage .(pour pkis de clarté, je suppose qu'ils « eKis^eat em^emUe^ et qu'il n'y en a j>oint eu « ayant eu!i)y oe ne aérait pàs assez pow qui oc Toudrait en irendre raison , de montrer en gé-^ « néral la cause -de la nature humaine : il Csiudrait ce encore £»re Voir pourquoi il n'y en à ni plus cç ni moins; car il doit y avoir une cause de cha-^ a cun en particulier {note 3); Mais cette cause a (notes a 3) ne peut pas se trouver dans lîi a nature humaine ; car la véritaHe définition de <c l'homme ne renferme pas le nombre vingt. Il IDC faut donc (note 4) qu'elle soit nécessairemelit a hors de chaque homme. Par conséquent on a doit conclure qu'une diose suppose nécessairece ment une cause externe de son existence, lorsr ic tftt^elle est de telle nature qu'il peut y en avoir <c plusieurs individus* Mais, conutie l'existence tic (par ce qui a été démoptré dan» ce sdholie) c appartient k la nature de la substance ^ sa tléfii^ » nftion doit renfen^er une exigence nécessaire ^ a «et par conséquent on doit mnsclure )M>n exisr ^ tenCe de sa seule définitioUi Maïs l'existence de <t plusieurs substances ne peut pas suivre de la joc «^finition de la substance ( notes ^ e/ 3) : il sui|: fK donc nécessairement de la définition de la subs»it ttance^ qU'il n'^ a qu'«uie. substance d'une même fi nature, » ' '

ao4 TRAITÉ

Fallait-il taat de discours pour conclure d'une définition arbitraire l'existence d'une diimère? Tout ce raisonnement porte à faux, parce qu'il suppose, dans la première remarque, que nous connaissons assez bien la nature des choses pour la renfermer et l'exprimer dans leurs définitions : supposition qui ne peut se soutenirvque par des philosophes qui s'entêtent pour des mots.

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