‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 33 sur 57 · PROPOSITION IX · texte numérisé non relu

PROPOSITION IX

« Plus une chôse a de réalité ou d'être, plus (K elle a d'attributs. »

Démonstration.

<€ Cela est démontré par la quatrième défini- « tion. » *

Quand on avance une proposition, il faudrait, avant d'en chercher la preuve, lui donner un sens clair et déterminé : prouver une proposition qui n'a point de sens^ ou ne rien prouver, c'est la même chose. Or nous n'avons aucune idée de ce qui est signifié par les mots réalité, être, at^iput; je parle des attributs qui constituent l'essence, parce que c'est d'eux qu'il s'agit. (Fojrez la Définition iv.) Attribut signifie-t-il quelque chose^de différent de la réalité? Erf ce cas, que sera-t-il donc, et pourquoi y auraitril d'îW^tant plus d'attributs qu'il y aurait plus de réalité? Si

DES SYSTilMES. loS

au contraire l'attribut, ou ce qui constitue Tes*senee, est la même chose que la réalité, cette proposition est tout*à-fait firivole ; c'est dire que plus une dïQse a de réalité, plus elle a de réalité. Une pareille proposition mérite bien d'être prouvée par une définition de mot. Voyez ce que j'ai dit sur la quatrième définition.

PROPosmoir x.

a Chaqpe' attribut d'une substance doit être « conçu par lui-même. »

Démonstration.

« L'attribut est ce que l'entendement apera çoit comme constituant l'essence de la subs- « tance (Définit, iv); ainsi (Définit, ni) il doit a être conçu par lui-même. »

Voyez ce qui a été dit sur les définitions qui servent de preuve à cette prétendue démonstration.

Scholie.

<c II paraît par-là, que, quoique l'on conçoive <c deux attributs comme réellement distingués, « c'est-à-dire que l'on conçoive l'un sans le se- « cours de l'autre, nous n'en pouvons cependant <c pas conclure qu'ils constitufent deux substances a différentes. »

io6 TRAiri

Pour mm, j'en jugerais tout autrcmeirt. La substance est ce qui est conçu par «oi-nnéme (Ôefinit. ra)* L'attribut, par cette demi^ proposition, est aussi conçu par lui^^mAnCi Donc, s'il y a deilk attributs^ H 7 ^ deux substances.

• (c Car il est de la nature de la substance que « chacun de seç attributs soit conçu pàr lui- « méme^ puisque tous les attributs qu'elle a^ ont a toujours été conjointement en elle, et que l'un « n'a pas pu produire l'autre , mais chacun exprime « la réalité ou l'être de la substance. Bien loin « donc qu'il soit absurde de donner plusieurs « attributs à une substaDCç^ il n'y a rien au cona traire de plus clair que chaque être doit être « conçu sous quelque attribut; et que plm il a « de réalité ou d'être, plus il a d'attributs qw ex# « priment la nécessité, l'éternité et Finfinité, Pai* c< conséquent il est encore fqit clair qu'un é^e K absolument infini doit nécessairement être dé- <c fini (i^mme nous l'aTims ii^it U Vi Défini* « tion), celui qui a une infinité d'attribut*» dont « chacun exprime une essence éternelle et infinie,

Les mots nature^ substance, attribut, être^ réalité i exprime, étet^nité, iri/h»itél/ Y^n'^ent-i\s^ après le peu de soin qu'a pris Spinosa pour en déterminer !e sens, rendre un discours aiissi clair qull le dit ? '

« Que si qaelqu'wn demande à quel signe on « pourra reconnaître la différence des^bstamesf

DES StSTiMËS. 20^7

a a n'a qa-à lire les propositions suiyantes. On y oc àésBaontpe que d^jj^ la nature il n'y a qu'une (X seule et miique substance^ qui est absolument u infinie* C'est pcM]ar(pa9i on chercherait ce signe « yamement. »

SouYemms nous bien de des mots, dahs la natuts^, et i^us verrons si l'oi^ tiendra ce qu'ils promettent. - .

P&^POSlTIOlf xï.

« Diep) pli une ^ubstançe qui CQ»tient une inr' a ^nité d^attributS) dont chi^pn e^prii^e une « essepcç ét^pelle et infinie , existe nécesaaûre- « ment. »

Première^démonsfratiçnp

« Sî vous le niez, concevez, s'il se peut, qu^ « Dieu n'existe pas* Donc (Axiomç vnj Son e^nce a nç renfer^îçi pas l'existence- Or (Prop. vu), <^ cçla est ?ib$urde^ Dpnc Dieu existe nécessairece rqept. »

Les raisopnemens de Spinos^ sont si peu heureux, qu'on ne s^in^ait convenir avec lui, même qu^nd il paraît ise rappropl^er de la vérité, Gom^' ment peut-il me proposer de concevoir qi^q. Dieu existe ou n'existe pas, si dans tout son système il ne m'a pas encore appris à concevoir les idées, non de ces mot^, mais (jie ces choseS|^K^fi!awce, infinité y attributif esse^çç^ Dieu? P'aiUeurç, sji je

concevais que Dieu n'existe pas, il s'ensuivrait que je me serais fait des idées^rt extraordinaires; mais on ne pourrait pas conclure que Dieu n'existe pas en effét, ou que son essence ne renferme pas l'existence. Enfin, quand la septième proposition aurait été bien démontrée, elle ne prouverait pas qu'il fût absurde que l'essencfe d'une substance qui contiendrait une infinité d'attributs, dont chacun exprime une essence éternelle et infinie, ne renfermât pas l'existence; elle prouverait tout au plus qu'il est de la nature de la substance d'exister ( Voyez la septième Proposition ). Or il tne semble qu'il y a quelque différence entre dire qu'il est de la nature de la substance d'exister, et dire qu'il est de la nature d'une substance, qui contient une infinité d'attributs , dont chacun exprime une essence éternelle et infinie d'exister. 11 est évident que Spinosa donne ici plus d'étendue à la septième proposition qu'elle lî* en avait. Il lui reste encore à prouver que cette même substance, qui, par la septième proposition, existe de sa nature, contient une infinité d'attributs , dont chacun exprime son essence -éternelle et infinie, ce qu'il n'entreprend nulle part.

Deuxième démonstration.

i< On doit autant assigner la raison ou la. cause à pourquoi une chose existe, que pourquoi elle

« n'existe pas; par exemple, si un triangle existe, « il en Êiut donner la raison de même, s'il «n'existe pas, il en faut' dire, la, cause. Cette <c cause doit éti^e dans la nature de la chose, ou « au dehors : par exemple, la nature d'un cercle « carré indique la raison pçu^quoi il n'existe (c pas; c'est qu'il y a contradiption^ Il ,s^uit aussi, « dfe la nature de la substance pourquoi elle existe, « c'est, qu'elle renferrojé l'existence (,Prop. yn). ce Pour la raison dç l'existence ou de la non-exîs- <c tenee d'un cercle et d'ui^ triapgjie, elle ne vient ce pas de leur nature, mais de L'ordre de la nature a universelle dçs corps; car. c'est une suite de çet ce ordre, ou que le triangle ^xist;e d^jà nécessai- (c reinent, ou qu'il soit impossible qu'il existe; ces c< chos^ sont cl^ir^s par elles^meikies. De là il, ce suit qu'une cho^e existas nécessairement , quainl et. aucune cause , aucune rai^n n'en çmpéçhei « l'existence. C'e^t pourquoi^ s'il n'y a aucu^e^ <c raison, Aucune cause qui empêche Dieu d'efiç- « ter, il faut abseiluinent conclure qu'^ existe néf cess^reiueni;. S'iVy avait unç telle raison, une « telle cause, elle serait dans la natijre de Dieu « ou au dehors. Si elle était au dehojrs, elle sei^ait « dans ^ne substance , d'une nature dififérente , « car ^ elle é1;ait dans un^ substance de même a nature, ce serait convenir qu'il y a yn Dieu. <c Mais une substance qui serait d'une nature dif- « férente, ne pourrait avoir rien de commun II. 14

« avec Diett (Prop* ii ). Par con»éc|u6iit elle ne

<c Puisqu'it ne peii^ y arvoir hor& de la nature a divine auchine^caœe qui eiopécb6Peri»tfence de' « Dieu, fl feml^ait, s'il n'e^li^âit pas^ qw^il y en ce eat une raisdU'dÉm sa nature" même; en sorte « qtaf a j eût? corttt*àfdict4bn qu'une pareiHe natare a* e:si^t. &t' il «st abstttrdë d'afisureT cdai d^on^ <f êtfe absolument afafini et tont parfaiu. Dmvs, v îl n'y a point dfe càuse, soit en l^ij^^ soit hors a^dt lui, qui en empêehe Fexfetfencej IJ existe « êàrtt nëcessaitemenr. )»

Oh doU autant a^s^rter ^ raàmt ou^ ti^ cause pourquoi Ufie tHoise caf/iH^, tjue^ pourquoi eUe n^èxtsté pa$ : eâ*^' à*^ dlrc^ quey quelque; idée qii'im homme^sé^fenne, eto dorvci»dli«'poi»qtiop if exfàteràit ou îl' n'eïpistepait pai^^queiquer chose^ quP y: ftft confonwe? Cèlfc serait^t bien^i«ââson-^ naE^, etdbil on se -mettre en peine ée protivei» qd^P vl^ i dàns^ la naMte rien de^sétnblable ai» îcféfes €îttl-avagantes que se fewt qnefcpiefois les Hoiiimes? D'ailPeurs, outre plusieurs dé&uis^ qui sont dàns cette dëinbnstration une^ suite dé celtes» qûHâ précédent, on suppose que nous connais- SQBts les (îauses on les raisons de Flexisfemce et de Ik non-etistencè des cHdses : je laissé ir^ pefiser st delà esf vrai, <

Des &t§TÈMÊs.

Troisième démonstration.

«Pouvoir ne pas exister est inipuis39f^ ^ « coiatt-îupre^ pouvoir e:cÎ6ter puissanie»^ jCQnjipe « ii ««t 饻dçnt pw ^tmêiw* ^*il n'^ist?^ a iiéûe»5ai»epaen4i qiiâ d»o« hxtç» ûems > cfp «t^-e^^ (I raie»* plus puia$ôn^ que Pptw abwtopaeqf ii* fii^; ce qui est^baupde C^me U ^t^^po^e^vk^ « dont pav^ojiyaoàroia^ JlXqptiii:^ riç^ p'fxju^t^ pi^ « i»«trieâbsQlu»eotiji&>i^ati^|eiîé^ « Or nous ^ nous exi$tai»3^ ea n09l.^rOjLjL d^ns 14a étr^» a qm existe mécsîsaireniekiA ( «I: Prop^ m )* et Dons ri|tre afasolumfikt mâiai^ qu X}i^Ui e^j^ w néce^siûremidntî. »

Cette iléli^tndtt^ti^n fa^né^

ntô r^pi^eiwi de Dueu^ k toi f^<Ww»- t-on ^ lui dis^^nt q[tie£p^ Dîëa n^iisjbi^ p0$ '^4^t rp$^ impoû&sanoe»

<f tîpny çrpjuv^ir r^^fi&tfiiaqe 4e Pi^u ç- posterhri^ « afiftîqtt'pft yen j^^^sisfce plu? ^i^^éfnajnt k preuve. « Ce o'fpt pasqu'K^le Hé>u^vp^jp/*/o/:z du ipêïue « fondement. Car, pouvoir exister étant nue pujis- «Maioe, M^wi* qpiî> ;p^^ fei ftÀtw<e 4'upe jchose a HJîife réatitié, plu$^4^e ? fj^r eUiç-même de force «lïowr e»ster* Or ,w ,élw fth^qtuRi^Ât infini, pu

2 I il ' TRAITÉ

« Dieu , a par lui-même une puissance infinie et pour exister, par conséquent il existe nécesai- « rement* »

Il y aurait contradiction qu'une chose qu'on suppose absolufmént infinie, et qui, par Ccmséquent, renferme l'existence, n'existât pas. Spinosa devrait démontrer qu'il y a, dans la nature, un objet qui répond à l'idée quHl se fait de Dieu. Autrement ses démonstrations, vraies tout au plus par rapport à sa façon de concevoir, ne prouveront rien pour la chose même.

Quand il dit Di^u infini, il abuse. de ce terme pour en conclure qu'il ii^cxiste rien qui ne soit un attribut ou une modification de Dieu.

Ce philosophe continue et dit que ceux qui sont accoutumés à considérer les choses produites par des causes externes^ ^ qui jugent qu'elles peuvent difficilement exister, lorsqu'ils conçoivent que plusieurs réalités leur appartiennent, auront peut-être de la peine à suivre sa démonstration. A quoi il répond qu'à la vérité fces choses doivent leur existence et toutes leurs perfections à la vertu de leur cause; mais il ajoute qu'il n'est pas question d'elles, et qu'il ne parle que des substances qui ne peuvent point être produites, et finit par ces mots r

a Une substance ne doit à aucune cause externe arien de ce qu'elle a de perfection : c'est pource quoi son existence doit suivre de sa seule natiure^

DÈS YST^MES. . a 1 3

« et elle n'est pas distincte de spn essenç^^ La per- « fection n'empédie pas Texistence d'une chose, « elle la confirme : c'est , l'imperfection .qui y est tc( contraire. Il n'y a donc nen dont l'existence a soit plus certaine que èelle d'unêtw $bfiolufiaent « infini ou par&it, c'est-à-dire que celle Dieu. a Puisque son essence exclut toute imperfection te et qu'elle renferme une perfection absplue, elle .fclève tous les doutes, qu'^û pourrait avoir , sur a son existence, et nous doijQfij^ une (Qe|:ttitu^e par-

£akf. C'est cequi sera, jfi.pej^fe éyiçl^à jqui- (< conque y fera une médio4^re aUentk)n« » .

Il est bien plus évident que cette essence dont parle Spinosa n'est qu'idéale, çt par conséquent l'existence qu'il qq infère , n'est qu'idéjale égaleinent. ^ ,

. PROPOSITIOir XUIt ♦ I i,

« On ne peut concevoir dans la kubstànce àttcun « attribut d'où il suive qu'elle soit divisible. »

Démonstration.

« Ou ift parties conserveraient après la division « la nature de la substance, où non. Si on sup- « pose le premier^ chaque parti (Pfop. vin ) sera *« infinie, cause de soi-même (Pr. vi), et (Pr. v. ) <f elle aura un atti*ihut différent. Ainsi, d'une <c seule substance, il pourra s'en faire plusieurs; te ce qui (Prop. vi) est absurde. » ^

2r4 TRAtTÉ

^ Ajoùbésè tjiié l«fef>a1rt4é&(Prép. it) n'auraient K riëh ée c6mm\jtn wek te^r tbut^ 4t que k tout le (Défib. ët Pro^. ît) pourwfek ëtmter et être tecdnçû daûiâ ^ès f^nim^ ce qoe tout le .ttmide

k isi d^titfa^i» les ^rtiei conservàknt t( pà^ là tjàftfi^^ dé ta kubstancw^i la subsUipee i^r- (tdrâit dëhé natûn», et qsaâet^t d'être dès ktjtt'èfHé i^etfM^ tj^yilBé^ pfttfcîes ^g«fo&: ire^^i

tenait kbSiiMè^ Vwp. ttr). b

Phé^/i àVaâêë, l^luK^ind^ieit aià^, à ii^fiiler, parce ^uë Ifé^^ibè^^ ^es î£^0!ififeili«;tis9e tmiU . KpfKeiit, Si pi^ôpërtiQii «jwfè ses deïrrièïi^ preuves l^uppt]isëi^ û^^lte^ ^ànd i^KKnbre<k ptt^sil&CHSB, Cette détfiatetè*âti!on à tlôri-settléttieiît: tom hs défauts des propositions ii, v, vi, vii, viir/î?, liftais encore tous ceux des autres aàkni celles-ci dépendent. Je renyoie à ce que j'^ii dit,

PROpositioif xm.

a Une substance absolument: infinie est indivi-» « sible. » . •

Démonstration.

« Si felle était ditisible, les {>a^r<ée6 coqsei*¥oraiefit <c après la diviMpi^ la liature diurne sub^anée ab-^ ^ 6ô>lum6«it infime, bu non. Si ton suppose k pre- <c miel*, il y aura plusieurs 'substadeés de meaie « natiu-e ; ce qui ( Pmp. «st ab»i|iKiiô. Si pn ^lip-'

DES ^PFi^MES. Ail5

c< posé le second, ^par la même raison que cice dessus, la substance absolument infinie cessera « d'être ; ce ( Prop. xi) est enc^e absurde. »

On voit que cette démonstration pèclie comme la ^précé4ente. s . Corçllaire.

a ïl^uit'de^là que nrfle *std>*tànoe, et^par'<ion• l< séquent tiuïle substance corpwftèHe» en taiit tjuç « substance, n'est divisible, «

« De cela seul qui est la nature de lasubstaipice « d'être conçue ipfinie,U suit qu'elle est indivisible. « Car, par vine partie de substance, on ne pource rait entendre qu'une substance finie; ainsi «(Prop. vm) ce serait J:omber dans .une contra^ « dictiop. »

Spinqsa convient donc que la subst?^nçe corr porelle est divisible, mais il nie qu'elle le soit en tant que substance. Ce sera donc en tant que mode : aussi dita-'t -îVbièiit)5t: que la substance Wijpçrj^lle ,n'«^t qu'une ^ffeiCl^ 4es ftt^BÎh^ de Mm^A^ ^ '\ } ^ ■' ■ : :

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