‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 46 sur 57 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des hypoliièses.

Les philosophes sont partagés sur l'usage des hypothèses. Qud<;^ues^ns^ préveoUis par le succès qu'elles ont en astronomie^ ou peut-être éblouis par la hardiesse de quelques hypothèses de physique, les regardent comme de vrais prin- <npes; d'autres, considérant les abus qu'on en Élit y voudraient les bannir des sciences.

Les principes abstraits^ même lonsqu'ils sont ^vraisetbien déterminés, ûe sont pas proprement des principes , puisque ce ne sont pas des connaissances premières : la seule dénomination d'abs^ iraits fait juger que ce sont dés connaissa&ces <|ui en supposent d'autres*

Ces principes ne sont pas même un moyen propre à nous coïkluire à des déCQuvertes; car, n'étant qu'une expression abrégée des connais- Aances que nous avons acquises,^ ils ne peuvent jamais nous ramener quà ces connaissances mêmes. En un mot, ce sont des maximes qui ne renferment que ce que nous savons; et, comme

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le peuple a des proverbes, ces prétendus principes sont les jM*overbes des philiosophes; ils ne sont que cela.

Dans la reqherchede la vérité, les pi*ÎAcip€}6 abstraits sont donc vicieux, ou tout au moins inur tilles; ejt ils ne sont bons, comme maximesouproyertes, que parce qu'ils sont l'expression abrégée de ce que 43.0US savons par expérience/

An contraire, les hypoteses ou suppositions^ car on emploie indifféremment ces mot^ l'un pour Tautre, sont, dans la recherche de la vérité^ noi^-seulement des moyens ou dés soupçons, elles peuvent être encore des principes ^ c'est-à-dire des vérités premières qui en expliquent d'autres.

Elles sout des moyens ou des soupçons , parce que l'observation, comme nous l'avons remarqué, combience toujours par un tâtonnement ; ouais elles sont des principes ou des vérités premières, lorsqu'elles ont été confirmées par de nouvelles observations, qui ne permettent plus de douter.

Pour s'assurer de la vérité d'une supposition^ U faut deui^ choses ; l'une de pouvoir épuiser toutes les suppositions possibles par rapport à une question ; l'autre , d'avoir un moyen qui cojufirme notre choi?:^ ou qui nous fasse reconnaître potre erreur.

Quand ces deux conditions se trouventrénniesT il n'est pas doutent que Tusage des suppoiitions fle ôoit utile; il est même absplmnent jQécessaire.

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^arithmétique le prouve par des exemples à la portée de tout le monde, et qui par cette raison, méritent d'être préférés à ceux qu'on pourrait prendré dans les autres parties des mathématiques.

Premièrement, on pcu\ dans la solution^ des problèmes d'arithmétique, épuiser toutes les suppositions, car il n'y en a jamais qu'un petit nombte à foire. En second lieu, on a des moyens pour découvrir si une supposition est vraie ou fousse, ou même pour arriver d'une feusse supposition à la découverte du nombre qu'on cherche. C'est ce qu'on nomme la règle de fausse positioum

Nous ne nous conduisons si sûrement dans les opérations d'arithmétique, que parce qu'ayant des idées exactes des nombres, nous pouvons remonter jusqu'aux unités simples qui en sont les élémens, et suivre la génération de chaque nombre en particulier. Il n'est pas étonnant que cette connaissance nous fournisse les moyens de fair'e toutes sortes de compositions et de décompositions, et de nous assurer par-là de l'exactitude des suppositions que nous sommes obligés d'employer.

Une science, dans laquelle on se sert de suppositions, sans craindre l'erreur, ou du moins avec certitude de la reconnaître, doit servir de modèle à toutes celles où l'on veut faire usage de cette méthode. Il serait donc à souhaiter qu'il fût

DES STST]^M£S. ^5*]

possible dans toutes les sciences, ocHnme' en arithmétique, d'épuiser toutes les suppositions^ et qu'on y eût des règles pour s'assurer de la meilleure.

Or^pour avoir ces règles, il faudrait que les autres sciences nous donnassent des idées si nettes et si complètes, qu'on pût, par l'analise, remonter aux premiers élémens des choses qu'elles traitent, et suivre la génération de chacune. Elles sont bien éloignées de réunir tous ces avantages: mais, à proportion qu'elles y suppléeront par des équivalens, oh y pourra faire un plus grand usage des hypothèses*

Il n'y en a point, après les mathématiques pures , où les hypothèses réussissent mieux qu'en astronomie. Car une longue suite d'observations ayant fait remarquer Içs périodes où les révolutions se répètent, on a supposé à chaque planète un mouvement et une direction qui rendent par* faitement raison des apparences où elles se trou-^ vent les unes à l'égard des autres.

Les idées qu'on s'est faites de ce mouvetiàent et de cette direction, sont aussi . exactes qu'ille faut pour la bonté d'une hypothèse, puisque nous en voyons naître les phénomènes avec tant d'évidence, que nous les pouvons prédire dans la dernière précision* ' . .

Ici les observations indiquent.toutës les sqppositions qu'on peut faire, et l'explicatîçh des phé- II. 17

aS8 TRAiri

aoinènflft confirme celles^ qu'on a choisies. L'hypothèse pe laisse doftc rien à àésiiter.

Mais si^ non contens de rendre rabon des apparences, nous voulons déterminer la dîrec- Ikin efi lemouirfement abaohi de chaupie planète; Toilà. ott »os hyi^othèses ne pourront manquer d'^re défectoeuses.

Nou^ ne saurions jnger dà mouTement absolu è'jaïÈ corps ^ qu'autant que nous lui voyons suivre une direction qui. l'approche ou Féloigne d'un point immobtlev Or les observations astronomiques ne peuvent jamais conduire à découvrir dans les cieux un point dont l'immobilité soit certaine. Il n'y a donc point d'hypothèse où l'on puisse s'iassurer d'iavoir donné à chaque planète la quantité préôfepe du mouvement qui lui appartient. . ;

. Quant à la direction, les planètes pourraient n'ea avoir qii'upe simple, produite uniquement par le .motkvement icpii est propre à chacune ; ou elles pourraient en avoir une compostée qui viendrait de ce praobier iBbavement^ et d'un aiâre qM^ëllcs ^ailraient «n .cluim ai^ec le soleil. £o supposant oe dernier cas, il ed serait d'd^ oeofime de&icocpSi .qm se meuvent «dans m vats^ a^au (fui vqguei Yoilàfdes peints »ir lesquels l'ex^ périence ne peut nous éclairer; bous ne saurions do^cicx)tiilaâli»teJdir49f^k^ d'4ifoe plainte.

Pâr,oûiisé(|Étotii]|aus Aevoni^ hikis'bomer à juger

actifs, ç| uç R^ijs gnidçr que (i'^psè^ Ifig <4^ri

à p|ir9p9|ïiÉpi quç gip|js ^ffQm 9kmftm* pW

Pne pFgïi^i^f el^sfFvafipB, grpsfièïî?, ^ £a^t cppiTfi qm le soleil, pl?i»ètjç? lef ^ijps fifç§ tojiTjijdeçlt jiftour <}fî |^ tereç : fi'^t ce qui a 4ontié Heu à l'hypothès;? P|plé)P^f:. ^ly^ Içs ol^ifvçpy^t^op^ 4p* ^emie?:^ §^èp^» pnt ^pris q^e Jjjpit^ fiï le î^^eil tqurpçpf: s|jy Jew

d^i /^leil. Voilà dq^P We ,ob?fi^y;^|iQp qui in^diqu^ que la terre peut aussi avoir deux mouyei)!}^^ : l'un ^ ellçrrpêinie, r^^^ aju^HT ,du ^p|gi). |)è§ Iprs l'jljiypptjiç^ç dp ÇfipfiTfiîc s'pst tj^^fiç CQ^^erm^ aidant pj^r Iç;» oljfiepvgtions qv^ç p^gr .1^ pl?éno|; fiDfiP^» qu'elle expUqfijùt ^^efpfim qn'm c^pfimtffi,,Onyqu\at aller pji^s l)(>)ft,etçpima^ç

fi«îï?iP 4éc4Ye9#4^s ^ètie?, qn jug?»

§ftr Jj^ {^eç^res ^^rpnççs, et pn §Hppo?a gj^ç If sqj^il jBi? qç^fftit.le .«filtre, ataf?, rap^rqififeant fifittç fiupppfijit^op dp? obsejcy^tioçs, ofl sjj

A .q^S^F W .ayçc .exafi^im^p , f n pe ^«qt df§ ^ï^r 4«>t**ÇSPs fP»>¥SW?t q^e les qljfppv^t^flps \^,,pfgr mSf)^> Ç(t ^ ;l^,çoi?5gç§pt qu'aqtartt .quTiS^ Aep cpwggçjt, ,q%e ;mf<tn^vm àmffn^fota^

a6o TRAITÉ

de^ systèmes toujours plus simples, et en méipe temps plùs propres à rendre raison d'un plus grand nombre de phénomènes. On voit donc que si leurs hypothèses ne marquent pas la direction et le mouvement absolu des astres, elles ont quelque chose d'éqnivalent par rapport à nous^ quand elles expliquent les apparences. Par-là elles deviennent aussi utiles que celles qu'on fait en mathématiques.

Les hypothèses de physique souffrent de plus grandes difficultés : elles sont dangereuses si on ne les fait avec beaucoup de précautions; et souvent il est impossible d'en imaginer qui soient raisonnables.

Placés, comme nous le sommes , sur un atome qui roule dans un coin de l'univers, qui croirait que les philosophes se fussent proposé de démontrer en physique les premiers élémens des choses, d'expliquer la génération de tous les phénomènes, et de développer le mécanisme du monde entier? C'est trop augurer des progrès de la physique que de s'imaginer qu'on puissé jakhais avoir assez d'observations pour faire un système général. Plus l'expérience fournira de matériaux, plus on sentii'a ce qui manque à un si vaste édifice. Il restera toujours des phénomènes à découvrir. Les uns sont trop loin de nous' pour 'êttCi observés, lés autres dépendent d'Un mécalnisiné' qui échappe. Nous n'avotas point

DES SYSTÈMES. a6l

de moyens pour en pénétrer les ressorts. Or cette ignorance nous laissera dans Timpuissancé de remonter aux vraies causes qui produisent et lient en un seul système le petit nombre des phénomènes que nous connaissons; car^ tout étant lié, l'explication des choses que nous observons dépend d'une infinité . d'autres qu'il ne nous sera jamais permis d'observer^ Si nous faisons des hypothèses, ce sera donc sans avoir pu épuiser toutes les suppositions , et sans avoir, de règles qui confirment notre choix. ,

Qu'on ne dise pas que les choses que nous observons suffisent pour faire imaginer celles qu'il ne nous est pas possible d'observer; que, combinant les unes avec les autres, nous pourrons en imaginer encore de nouvelles; et que, rémois tant de la sorte de causes en causes , nous pourrons deviner et expliquer tous les phénomènes, quoique l'expérience n'en fasse connaître qu'un petit nombre. 11 n'y aurait rien de solide dans un pareil système , les principes en- varieraient au gré de l'imagination de chaque philosophe, et personne ne pourrait s'assurer d'avoir rencontré la vérité.

D'ailleurs, quand les choses sont telles que nous ne les pouvons pas observer, l'imagination ne sautait rien faire de mieux que de nous les représenter sur le modèle de celles que nous observons. Or, comment nous assurer que les

•l6îl TIAÎTÉ

de la Mtùpe? Et sur quel fofideiif^t VbttitMdaàtooûs qa'êHe ne sache Mre leA dfosëà qù^'ellë ISèii^ \sàtht\ ^e dé 1)a tnècne matofêre ^'ellè ftît détt^ tpi^lle non» découvre? Il n'y a point d^h^li^è poisse nom fttii-e deviner 'ses éecrirfts; , vraisembiablen^ntv si efle noiis lefe tèitéMt B^liiéme', rictus verrions un ttionde \mt Affé^ wnt de cehii qote «ùûs Vo^d^sf, En Vftih , ^ècr i^c^napte) le chimie sé flotte d'àrtivêr, ^ât l^Wà- Use, aux premîeirs iéléniem : tteft fie Itli 'fftxJùVé ce qu'il ^ptedd |96ttr un életneût simple et ikomogèkit Txe soit ^pas nn c^otûpOé^ de hétérogènes*

îfons avwïs vn é(tfe l'arîlteftétiijjUfe nfe dotitttç desTègles pdur s*ifestti*et- dé là Vérité dVittè sdji^ ^position; qufe pârce qù*elle ^'ôùà Wét di éftft d'analîser é parfaitetoeiit tbtites soYtes 'dfe fltJtt^ lires, qtré nous ponVoœ "retamter 4 ieoft Kfiiers élémens, et en suivre toute tâ gêrtâraftîdh, 'Si tm /physicien potivaît analiser de infettife ^èftqa'tm des objets dont il Vomipe, par ^es^iémpfè, le COFps htxmkin; si ies bbsetvàtidhà lé 'conduisaient jusqu'au premier ressort qui dofirièle^ôhvement i tôas ies auti^es, et hà âiîsai^m jiéh^er letBécanisriiede chacj|uepflrtie,potir lobs il fkWfrràit &ire àn système qui Tendrait raiâott de tbilt ce que nons'remarqudnà en nbus. Mai^ nons ne distinguons^ dans le corps humain , que les pemies

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