‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 6 sur 57 · II · texte numérisé non relu

II

De là on eé^ du conclure que ia vertu d'uue planète change à chaque instant : nms il n'eût pk^ été possible de déterminer çet|^Krtu j et l'astrologie fut devenue impraticable^^

Ce n'était pas le compte des astrologues qui avaient intérêt à abuser de la simplicité des peuples, ni même de ceux qui, agissant de bonne foi, étaient les premiers trompés. On établit donc que pour juger de l'influence des planètes il n'était pas nécessaire de les observer dans tous les points du zodiaque, et on se borna aux douze lieux principaux qui avaient été partagés entre les signes.

Une autre difficulté fut levée de la même mar nière. Ce n'était pas assez d'avoir déterminé la constellation où l'on doit observer chaque astre ; il fallait encore décider si l'on doit avoir égard âu lieu que nous occupons sur la terre. Sur quel fondement aurait-op supposé qu'une planète produit de semblables effets sur un Chinois et sur un Français, puisque la direction de ses rayons i/est pas la même pour l'un et pfiiu: l'autre? Mais tant d-exactiûde eût rendu les calculs trop embarrassans. Dans la distance où la terre est des cieux, on la considéra comme un point, et il fut Ôli»êté que I51 différente direction des rayons est sî^peu de chose qu'on doit la compter pour rien.

•Mais ce qUi pôuvait surtout embar|:^sser les astrologues, c'est ique dans Iqur système les astres devraient influer sur un animal à chaque instant.

DES SJS^ÇÈ|a[ES.

c'est-à-dire depuis ç/elui où il est çç^i^gu, j^squ'^. celui où il cesse de Vivre : ils ne voyaient pas d^ raisons pour suspendre qetle action jusqu'à qn certain tefpps piarqqé après la conceptioi^, ni pour rarrêtef ei^tièrement avant le moment de la mort.

Or les planèt^, p^ssanf: alternatiye^ept d'ui^ ét^t où elles exerçe§t toijte leur puissaqce, à un état où elles ne pe^uvent rien, auraient donc détruit successivement l'oqvragç l'une d^ l'^mtre; nous aurions éprouvé toutes les vic^situdes que ce combat n'eût pas manqué de produire, et la suite des événemens eût été à peu prè^ la même pour çhaqqe homme. S'il y eût eu quelque différence, ce n'^ût été qu'autant que les astres dotit op aijrait d'abord éprouvé l'influence eussent fait 4es impî'essions si profondes, qu'elles n'auraient jamais pu ^tre entièrement effacées. Alors , pour déf:erminer cçt^e différence , il eût fallu s'assurer duipoment de la conception, il eût même fallu remonter plus haut ; car pourquoi n'eût-on pas dit ^ue l'action des astres préparait le germe longtemps avant que l'animal fût conçu ?

On ne devine pas comment Içs astrologues auraient sqf monté ces difficultés $i un préjugé ne fût venu à leur secours. Heureusement pour eux on a de tout temp$ été persuadé que pous ne somnies; 4an$ le coprs de la vip, que ce que nous sommes nés- En conséquence, ils établirent pour principe

5i TRAITÉ

qu'il suffisait d'observer les astres par rapport au moment de la naissance. On sent combieii cette maxime les mit à leur aise.

Cependant il était encore bien difficile de connaître exactement le moment de la naissance d'un homme. L'astronome le plus exact l'eût-il observé, on ne pouvait pas s'assurer qu'il n'y eut quelque eiTeur. Or une erreur d'une «ninute, d'une seconde , ou de quelque chose de moins , suffit pour que l'influence ne soit pas la même. Mais les astrologues n'avaient garde de rechercher une précision qui aurait rendu leur art impraticable; et ceux qui les consultait, curieux qu'on leur dît l'avenir, étaient contens pourvu qu'on leur précUt quelque chose. On se bornait donc ordinairement au jour et à l'heure de la naisssance, comme si les événemens devaient être les mêmes pour tous ceux qui sont nés le même jour et à la même heure. Si quelques-uns paraissent se piquer de plus d'exactitude, c'est pour accréditer leur charlatanerie.

A mesure que ce système d'astrologie se formait, on faisait des prédictions. Dans le grand nombre quelques-unes furent confirmées par l'événenj^t, on s'en prévalut; les autres ne portèrent point coup à L'astrologie. On rejetait tout sur les astrologues qu'on supposait ignorans; ou, s'ils passaient pour habiles , on les excusait en attribuant à quelque méprise de calcul ce qui

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proyeiiait du vice même de l'art; plus souvent encore on n'y faisait; point d'attention. Quand ui^ fois les hommes se livrent à la superstition, ils ne font plus de pas que pour aller d'égaremens en égaremens. Sur mille observations, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf pourraient les tirer d'erreur ; ils n'en font qu'une,, et c'est celle qui les y retient.

Il y a un artifice qui a souvent réussi aux , astrologues, c'est de rendre leurs oracles d'une joEianière obscure et équivoque, et de laisser à l'événement le soin de les éclaircir. Mais ils n'ont pas besoin toujours de tant d'adresse, et quelquefois ils n'attendent l'accomplissement de leurs prophéties, que de l'imagination de ceux qui en sont l'objçt» Celles qui menacent de quelques malheurs s'accomplissent plus communément que les autres, parce que la crainte a bien plus d'empire sur nous que l'espérance. Les exemples en sont communs.

Il y a donc du danger k faire tirer son horoscope quand on croit à l'astrologie. J'ajoute qu'il y a même de l'imprudence quand on n'y croit pas. Si l'on me prédit des choses désagréables qui aient quelque liaison avec les différentes circonstances où me fait naturellement passer le genre de vie que j'ai embrassé, chacune de ces circonstances me less rappellera malgré moi. Ces images tristes me troubleront plus ou moins, à proportion de la vivacité avec laquelle elles se retraceront.

L'impresiibn sera grande siirtout si danàl'enfahce j'ai cru à l'astrologie : cai^ riMagiiiatibil côîWer- Terasurmôi,dfevénu raiiaohHàblfe, l'empiré qu'ëUe avait quand je né l'étaià pâs. En vain m'é dîràîje, Il y a de la folie à m'inquiéter : assez philosophe pour connaître combièn mbti inquiétude ept peu fondée, je ne le serai poliit kè§ëz pour la dissiper.

J'ai lu quelque part qu'Un jèuriè homftië, destiné par sa riaissancïe et par s^ talehs à aVoir prart au gouvernebaent dé là répi^iquè, conittiénfcait à y jouir de quelque considération. Par coriiplaitônce il accompagna deux oU troià de ses amis chez une devineresse. On le prés^alt de sê faite , à son tour, tirer sob horoscope, mafe inutiléihèht.. Aussi convaincu qu*ôn peut rétrè dé ia futilité de cet art, il ne répondit que par dés railterîéà sûr la sibylle. Pluisantez^pîaisdMeZf rëpliqùà cette femme piquée; mais je vùus apprends^ moi, que vous perdrëz la tête sut* uh écha/àttd. Le jeune homme ne s'aperçut pas que dans le moment ce propos fit la moindré iMpreâsiôh sur lui ; il en rit et se retira sans trouble^ Cependant ébh imagination avait été frg^pée, et il fut fort éf ôiihé qu'à toute occasion là menace de lâ deviiiere^e se retraçât à lui et le tourmântât comtùe s'il y eût ajouté foi. Il combattit Ibng-téii^s cette folié, mais le moindre mouvement de là République la réveillait et rendait tous ses efforts inûtiles.

D£S STSTàMES. &S

Enfin il n*y trouva d'autre retiaède que de re* noncer aux affaires, et de s'exiler de sa patrie pour aller vi^re dans un gouvernéme^t fUm tranquille.

On pourrait conclure dé là que la philosophie ebùsiste plus à nous méfier assez de nous-iïié0)!e$ pour éviter toutes les. occasions où notré esprit peut être fi^appé, qu'à nous flatter que tious serons toujours les maîtres d'écarter les inquiétudes dont l'imagination pfeut être cause.

. A peiné les astrologues pui'ent-ils eit« quelques prédictions justifiées par révén:ement, qu'ils SQ vantèrent qu'une longtie suite d'obserVations d^r posait en leur faveur. ,

Je ne m'arrêterai pas à détruire Une pareille prétention; sa fausseté est tnaaifi^ste. Qn, ne peut discopvenîr que l'èxaôtitude des observàtions l3xïlogiques ne dépende dé^ connaissances acquises en astronomie. Les progrès que.tés môdemes ont; faits dan^ cette dernière science^ montrent dow sensiblement pendant combien de siècles k» as^ trologues ont été dans l'ignoraticéîîdé bien des choses nécessaires à leur art. ,

Cependant on n'a pas hésité à faire des systèmes. Le^ Chaldéens et les Égyptiens, avaient okacun leurs principesr : les Grpcs , qui reçurent d'eux cfet art ridicule , y firent dtes changement» comm€ ils en ont fait à tout ce qu'ils ont eça-» pruhté des étrangers : lës Arabe^^ à leur tour^

traitèrent l'astrologie des Grecs avec la même liberté, et transmirent aux modernes des systèmes, auxquels chacun ajoute et retranche comme il lui plaît. Les astrologues ne conviennent plus que sur un point, c'est qu'il y a un art pour connaître l'avenir par l'inspection des astres. Quant aux lois qu'on doit suivre, chacun en prescrit qui lui sont particulières, et condamne celles des autres. *

Le peuple cependant, qui ne voyait pas coml>ien il régnait peu d'intelligence parmi eux; croyait que toutés les fables qu'on lui débitait étaient autant de vérités qu'une longue expérience avait confirmées. Il ne doutait point, par exemple, que les planètes ne se fussent partagé les jours j les nuits, les heures, les pays, les plantes, les arbres, les minéraux, et qu'enfin^ chàque chose étant sous la domination de quelque astre, le ciel ne fût un livre, où l'on pouvait lire ce qui devait awiver aux empires, aux royaumes^ aux provinces, aux villes et aux particuliers. Ou peut voir dans les ouvrages d'astrologie, que ce partage n'a d'autre fondement que quelque rap-« port imaginaire eutre le caractère qu'on a donné aux astres, et les choses qu'on a voulu mettre sous la protection de chacun d'eux. ,

C'était beaucoup que d'avoir pourvu de la sorte au gouvernement du monde : mais il restait encore un inconvénient, grand, sans doute, aux "yeux des astrologues, c'est que les astres bien-

faisans trouvaient quelquefois des obst^M^ à nous faire éprouver l'effet de leur influence. On songea à y remédier ; et , comme on croyait que les astres étaient des dieux, ou qu'au moins ils étaient animés par des intelligences auxqJbles le soin de notre monde était confié, on imagina qu'il n'y avait qu'à appeler à nous, et qu'à faire descendre ces esprits sur la terre : c'est ce qu'on nomma éi^ocation.

On fit donc réflexion que les astres se plaisaient d'avantage dans les lieux d'où ils exerçaient uAe plus grande puissance, et qu'ils avaient une inclination particulière pour les objets qui étaient sous leur protection. En j^nséquence, on les invoqua au nom de ces choses ; et , pour prier avec plus d'espérance, on se saisit d'une baguette, avec laquelle on traça les figures de ces objets autour de soi, dans l'air, sur la terre et sur les murs. Telle est, je pense, la première ori^ gine de la magie. Cette superstition ayant vraisemblablement pris naissance dans un temps où te langage d'action était très-familier, il a été naturel qu'on attachât à certains mouvemens toute la vertu magique.

On fit plus : on considéra que, s'il était important de pouvoir évoquer ces êtres, il l'était en^ core plus d'avoir toujours sur soi quelque chose qui nous assurât continuellement de leur protection. On raisonna sur les mêmes prindpes

quVm avait eus jusqu'alors ^ et on conclut qull suffisait dé gravei: lés mêmes figures qu'on avait coutume de tracer pour les évoquer, et Us prières 4u'o(n prononçait. On ne douta point que cet artifîJI ne réussît, pourvu qu'on eût la précaution de choisir la pierre et le métal sympathiques à là pbnète dont on voulait avoiii^le secours, dîê les graver le jour et l'heure qui lui sont consâcrés , et de prendre surtout le moment qu'elle est dans l'endroit du ciel où elle jouit de toute sa puissance. Tel est rorigiùe des abîraras et des talismans.

Une aiitte cause contribua encore beaucoup à entretèéir et à répandre de plus en plufe ces préjugés. 3. .

: L'établissement des lettres alphabétiques ayant entièrement fait oublier la significàtion des hiéroglyphes , il fut aisé aux prêtres de faire passer aux yeux du peuple bes càraétèrea pour des choses sacrées, qui cachaient lès plus jgt^ands mystères. IlSf leur attribuèrent donc telle vertu qu'il leur plut , et on eut d'autant moins d'éloignement à les croire , qu'on nfe doutait poiiit que les dieux ne fiissent les auteurs de la ^ence hiéroglyphique , c'est-à-dire d'une science qitt devait tout renferâier, par cette seule raison qu'on ne savait pas oe qu'elle renfermait. Par-là , tous les carac* tère^s hiéroglyphiques passèrent peu à pe^ dans la ma§^, et ce système n'en devint que plus fé- «5ond.

DES STStÈMES. 5q

De cette magie, réunie avec la science mystérieuse des hiéroglyphes, naquirent d'autres superstitions.

Les hiéroglyphes renfermaient des traits de toute es^ce : il n'y eut donc plus de ligne qui ne devînt un signe. Ainisi les magiciens^ âu lifett de consulter le ciel , n'eutent plus qu'à obsérvèr lia main des personnes qui s'adressaietit à eux ; et ils purent leur promettre une bonne ou Utie mauvaise fDrtuné, suivabt le caractère des lignes qui y étaient tracées. Mais, parcé qùê ieu^ principes ne permettaient pas qu'il arrivât rien sans l'influence des astres, chaque ligne fut coi^aeréë à quelqu'une des planètes. C'en fut as^ez pour lui àttiribùer les mêihes présages^ èt cet âîft n'éin devint que plus facile à pratiquer. Oh lui dotltlâ te nom de chiromancie. >:rï/3/ * / Mt r/j ;

D'un coté, dans l'écriture hiérôglyphi^ué, lé fcélèil, la lune et les étoiles tscfrvaîèbl à rêp^ésètiter lés états , le^ empires , les rois ; les grands : l'éclipsé et l'extiûction de Jces luftiittairefe, toâîrquaieût dès déisastres temporels; le feu l'inondation signifiaient unè désolation prôduitiô par ia guerre du par la famine; tm serpeiit indw^ûait quelc}ue maladie; Une vipère, de l'iat^eiit; tiës gre«ouillês, diéfe ittiposteurs; des pferdHx, des personnes impies; une hirondelle, des afflictions, mort : en un mot^ il n'y avait pôint d'objet connu , qui ne servît de pronostic.

6o " ÏRAITi

D'un autre côté, l'imagiiiation des hoititnes n^agit jamais, dans le sommeil, que pour faire différentes combinaisons des choses qui leur sont connues. Elle ne peut donc leur retracer que les mêmes objets qui étaient employéé dans l'écriture hiéroglyphique. Cependant, ou ne pouvait pas encore soupçonner que les songes fussent l'ouvrage de l'imagination: quand il n'était question que des mouvemens que nous faisons avec connaissance et réflexion, on disait*, ils sont les effets de notre volonté , et on croyait avoir tout expliqué; mais les mouvemens involontaires paraissaient se passer en nous sans nous : à qui par conséquent, les attribuer, si ce n'est à un Dieu? Voilà donc les dieux également auteurs des hiéroglyphes et des«songes ; et on ne put pas douter qu'ils ne voulussent , pendant le sommeil , nous faire connaître leur volonté, lorsqu'ils tenaient avec nous le même langage qu'ils avaient étàbli pour l'écriture. TeHe est l'origine de X onéirocritie ^ pu de l'interprétation des songes

Ce préjugé reçu, que les dieux sont le principe de tpus les mouvemens involontaires, on voit combien les hommes trouvèrent en eux de mptife de crainte et d'espérance. Un geste, fait sans dessein, un pied avancé, par mégarde, avapt

< M. Warburthon donne à cet art la même origine. Essni sur les hiéroglyphes , S 4^*

DES STSliMJSS. 6l

l-autre, un éternuement, tout devint pour eux d'un bon ou d'un maiy^ais présage ^

Parmi les figurés hiéroglyphiques, il y avait des oiseaux qui dirigeaient leur vol vers différentes parties du monde, ou qui paraissaient chanter. Dans les commencemens, c'était-là une écriture dont on se servait pour signi^er des choses toutes naturelles, telles que les changemens de saison ^ les vents, etc. Mais, quand les hiéroglyphes lurent devenus des choses sacrées , on crut qu'il y avait du mystère ; et c'est vraisemblablement d'après ce préjugé que les augures imaginèrent de découvrir l'avenir par le vol et le chant des oiseaux.

Les dieux toujours occupés à éclairer les hommes siu* l'avenir, devaient l'être encore plus particulièrement dans les temps des sacrifices : il était même naturel de penser qu'ils frappaient la victime, et imprimaient, jusque dans son sein, des marques de colère ou de faveur. Il ne put donc pas être indifférent d'observer les circonstances des sacrifices , et surtout de fouiller dans les entrailles des animaux qu'on avait immolés. Tels furent les fondemens de l'art des aruspices.

« C'est peut-être de là ^ue yient l'usage de saluer ceux qui étemuent. On aura voulu leur montrer la part qu'on prenait à un bon augure, ou prier les dieux d'éloigner les maux dont un mauvais les menaçait. C'est une explication que j'ai vue quelque part.

Quoiqu'on ne révoqpât en doute aucune de ces manières de connaître ^'avenir, on était trop curieux pour n'eu pas sentir souvent Tinsuffisance. On souhaita quelque pkose de plus précis, et on fut favorisé par des circonstances qui donnèrent lieu k des oracles. Quelques paroles, échappées sansi dessein à celui qui présidait aux sacrifices, se trouvèrent par hasard avoir rapport au motif qui faisait implorer les. dieux; on les prit pour une inspiration. Ce succès donna occasion k plus d'une distraction de cette espèce ; et, parce que moins on paraissait maître de ses mpuvemens, plus ils semblaient venir d'un dieu, on crut souvent ne devoir rendre des oracles qu'après être entré en ftireur. C'est pourquoi on ne manqua pas de bâtir des temples dans les lieux où les exhalaisons de la terre avaient la propriété d'aliéner l'esprit. Ailleurs on employa d'autres moyens pouir inspirer la fureur; enfin, le peuple , devenu de plus en plus superstitieux , ne demanda pas qu'on prît tant de précautions, et les prophéties faites de sang-froid devinrent fort ordinaires

* Les oracles ont pu devoir leur naissance à différentes C2^u$es, suivant les 4ivers pays. V^ici, à ce ^ujet, uifke, c^nject^re égi^lemei^t nafur^lle et pliilqsQphiquQ.

fJX y a^^it ^ur le f^^rn^sse ^n trpu d'où il sortais }\n^ < exhalaison qui faisai tdanser les chèvres et qui montait è la « tête. Peut-être quelqu'un qui en fut entêté se mit à p£)r|eir

Il JRe maoqua^^ plus que de fairç mp^yoir et parler les statues ^es dieux. En cela, la fourberie de$ prêtres contenta la superstition de? peuples* Les statues rendirent des oracles ».

L'imagination va vite quand elle s'^are , parce que rien n'ei^t ^i fécond qu'un faux principe. Il y

« sans savoir ce qu'il disait , et dit quelque vérité. AuisitÂt , « il faut qu'il y ait quelque chose de divin dans çett^ pih^" m laison, elle contient la sçiençe deVavenir; on commence t « plus approcher de ce trou qu'avec respect , les cérémo- « nies se forment peu à peu. Ainsi naquit apparemment « l'oracle de Delphes; et, comme il devait son origine à une « exhalaison qui entêtait , il fallait absolument que la Pythie « entrât en fureur pour prophétiser. Dans la plupart des « autres oracle^, la fureur n'était pas nécessaire. Qu'il y en « ait une fois un d'établi ^ vous ji^gez bien qu'il va s'en établir « mille. Si ^es dieux parlent biçn là, pourquoi ne parl^raient- « ils point ici? Les peuples, frappés du merveilleux de la « chose, et avides de l'utilité qu'ils en espèrent , ne demandent « qu'à voir naître des oracles en tous lieux ; et puis l'ancien* « neté survient à tous ces oracles, qui leur fait tous les biens « du monde. » Histoire des Oracles y dissertation i, chap. ii. Je ne touche que légèrement à cett^ partie de la divination , parce que M. de Fontenelle ^ parfaitement démêlé tout ce qui la concerne.

' La chose s'explique encore en disant que les démons rendaient eux-mêmes des oracles; mais cette cause est surnaturelle , et c'est aux théologiens qu'il appartient plus par-r ticulièrement de la développer. Le philosophe se bo^ne aux eauses natui^Ues ; m^is , pqiu* pfisser )çs autres fous silence , il ne les rejette p^s.

a des dieux partout ; ils disposent de tout : donc, il n*y a rien qui ne puisse servir à faire connaître le destin qui nous attend. Par ce raisonnement^ les choses les plus communes, comme lés plus rares, tout devint, suivant les circonstances, d'un bon ou d'un mauvais augure. Les objets qui inspiraient de la vénération, ayant, par-là, quelque liaison avec l'idée qu'on a de la divinité , parurent surtout les plus propres à satisfaire la curiosité des hommes. C'est ainsi, par exemple, que le respect pour Homère fit croire qu'on trouverait des prophéties dans ses ouvrages.

Les opinions des philosophes contribuèrent à entretenir une partie de ces préjugés. Notre âme, selon eux, n'était qu'une portion de l'âme du monde. Enveloppée dans la matière, elle ne participait plus à la divinité de cette substance, dont elle avait été séparée. Mais, dans les songes, dans la fureur, et dans to^s les mouvemens faits sans réflexion, son commerce avec le corps était interrompu : elle rentrait pour lors dans le sein de la divinité, et l'avenir se manifestait à elle.

Les magiciens surent encore se prévaloir des connaissances que la médecine leur procura. Ils profitèrent de la superstition qui attribue toujours à des causes surnaturelles les choses dont l'ignorance ne permet pas de rendre raison.

Enfin, la politique favorisa la divination des prêtres ; car on n'entreprenait rien de considé-

DES sirs'ràMES. 65

rable sans consulter les augures, les aruspices ou les oracles.

C'est ainsi que tout a concouru à nourrir ces

erreurs grossières. Elles ont été si générales que les lumières de la religion n'ont pas empêché qu'elles ne se répandissent , du moins en partie , chez les juife et chez les chrétiens. On a vu pàrmi eux des hommes se servir, pour invoquer le diable et les morts , de cérémonies à peù jirès semblables à celles des païens , pour l'évocation des astres et tJes démons : on en a vu chercher dans l'écriture sainte des découvertes de physique , et tout ce qui pouvait satisfaire leur curiosité 'ou leur cupidité.

Tel est le systèiiie de la divination des astrologues , des magiciens , des interprètes de songes , des augures, des aruspices, etc. Si l'on pouvait suivre tous ceux qui ont; éçritjpow étabUr ses extravagances, on les verrait tous partir du même poitot -, et s'en écarter , suivant que chàcùn est guidé par sôn invagination. Oh les Vèri^it même s'en él<Hgner si lort; et par dés t^outes si bîSifiiTes, qu'ôn âunait bieti de la^ieihe à ïeéonnàîtt'e ce qui a été lâ preiùièi^e dëcâSioil xlé lefurs? êgai*éfnens. Mais , c'én est âssé* ^ôiir faîré voir combien il était naturel que lè^' p^ ces pré-

jugés, cénibièn cèj^daift il était ridicule d'y croire; î s . .^

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