‹ Œuvres completes de Condillac, Volume 2Chapitre 7 sur 57 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

QUJLigtlÀM^ EXEMPLE*

Je ne sais à (jui,^u peqple ou 4^ phiJljp^op^ieB, appartient davantage Ip système des idées innées; mais je ne pui^ do,uter qu'il n'ait mis de grands obstacles aux progrès ,^e Fart dp rawPURer. On reconnaîtra ^i j'ai rai$oQ, pour peu qu'on observe l'origine et les ^nite^ de ce préjugé.

ARTICLE PREMIER

Dé IVni^è dû préjugé des idées iÀDées.

A la nai^nCsë 4e phiipsop^ie, plus on él^ail; imp^ie^t jd'accppérir d^$ /cp^^M^ss^^g^ee^, moins on objfterysiit : l,'9Î>serv^|tion psiv^Âs^ait trop |^u*e, et le§ iflçÀllewj^ ç^pr^t^^ fl^Jt^rent d^ pouvoir déyinef la natureu ; ,Cfipf^4wt iï§ w pou^^aif^t parjti?" qpe de^ çpnf^aiçs^»c?p gy^)^ièr^s.(pi'il? partageaient; ^yec ^e T|e^fi(j<Jjeft>9inu)psi: fi'éto^^ là, pour parler le langagç j|^^géQjAèltfl$„ toutes kur» données : il ne leur restait à se distinguer que par l'adresse à les employer. Ils n'y regardaient pas de près, et ils se contentaient des notions les

appris le daoger qu'il y a à ou^l xitHDiDeDcer ; ^ peiqeineine en est-Qn instruit de nos jo ws. Lesp^V loSiQphes voulaient-ils expliquer une cherchaient quels rapports elle pouvait ^voir avec les notions communes^ ils faisaiieii|[; une comparaison, se saisissaient d'une «pcpnçssion métaphorique, et bâtissaient des systèmes. Us reparr quèrent, par exemple , que les objets se peigneul: dans les eaux, ^ ils imagipèrent Tâme oomm^ une surface polie, où sont tracées les images de toutes les choses que nous soouxies capables d^ connaître»

Les images qu'une ^bce réfléchit^ représenteiU: exactement les objets^ il n'en fallut past davantage pour croire que celles qui sont dans notre esprit ne fussent également conformes aux choses extérieures. On en conclut qu'on pouvait eu^ toute sûreté juger des objets sur la manière dont ell^l^ les représentent. On 4onne à eps ii^ages les uom^ d'éiéesj de noiwns^ à'urckéQrp^Sj et plusieurs aifjtr^, pppopres à se faire iUiîP^^on à soi-me^e, faire croire qu'on avait sur cp si^et des qouua^sances supérieures. JEnjfiu pfl,les fiçgftr.d^ cpyppaç des r^lités, qui expriment, pour^^iu^ dirp^ liçç êtr^ extérieurs. Ck>niment, eu eiÇf^t, âurai^-on hf^ lancé là-dessus ? N'était-on pas fondé en principes? Les idées éclairent l'esprit ellçs pnt plus ou mpins d'étndue, on les peut comparer les unes ^iix

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autres , les Considérer par dififérens côtés, trouver •entre elles des rapports dé toute espèce. Or le néant peut-il avoif tant de propriétés * ? Que de motifi^ pour réaliser jusqu'aux notions les plus abstraites! Mais d'où peut provenir un grand nombre d'idées doiit l'âmé jouit? Pour s'aperce vôir' (Jumelles viennent des sens, il await fallu rémoiiter jusqu'à leur origine, en développer la généràtion, et saisir par quelles transformations les idées les plus sensibles deviennent' en quelque sorte spirituelles. Mais cela demandait une pénétration et une sagacité dont on ne pouvait encore être capable. Combien même aujourd'hui de philosophes qui ne peuvent comprendre cette vétîté ! D'ailleurs il y a des idées abstraites qlii paraissent si éloignées de leur origine , qu'il n'était pas p6ssible de conjecturer alors ce qu'on a démontré de nos jours. Enfin, les idées, suivant la supposition reçue , étant dès réalités, comment les sens auraAèht-ils contribué à augmenter l'être "dë l'âme ? On' dit dotac , comme plùsieùrs^ s'obstinent encore à le dire, que les idées sont innées, "ét oîl lès règardà comme des réalités^ iqui fdiit partie de chaque substance spirituelle. En effet , iïè pouvant ^expliquer comment elles auraient 3té acquisè^s, ni était naturel de juger que nous

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^ Cést la iDânièré dont, à ce sujet, raisonnent les cartésiens mêmes. . ; 'i . • ' . ^

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les avons toujours eues*. On ne 'pduvaitipas ha^ lancer, surtout: Jbrs<|u'on . faisait, attentioni à ces: idées/ qui, ayant été conntiesi, ayant l'âge de> raison, n'ont pas permis <le remarquer le temps» où on les amenés pour la première fois. ; . v^j -

Les images qui se peignent dan& les eaux ne!

paraissent que . quand les objets soiA !présçns,;et elles ne peuvent .être .pour notre rîmagination ht^ modèle de ces idées qu'on suppose inéesi avec notre âme et s'y conserver indépendamment de! l'action. des objets. 11 fallut dosi^c. avoir >recourk à une nouveUe . coniparaison. ( Les .compaipisons sont pour bien des philosophes d'unie grande resr source.) On se représenta l'âme comme, une ipiecre sur laquelle ont 'été gravées dîfféreiites figures, jefl> on crut s'expliquer clairement en parlantï dfidé^s. ou/d'images gravées^ ômprimées, empreintes ;dan» l'âme. Parce que l'air et le temps altèrent les laaeilf leures gravures, on s'imagina que les passions» eti les préjugés altèrent aussi nos idées, depénd^hit quoiqu'il y ait des gravures assez peu pçofoiidesoiii faites sur des piemes si tendres, que le temfiKS lesî efface entièrement., il semble qu'on m'ait pfië^cmlu pousser, jusque* là la .comparaison, et qu'on aiti pensé que nos idées n'étaient pas.€qQppeintes assezj sqperficiellomient, ou que. nos âmes n'étaient pas. assez molles pour que les, impressions que /Dieu, a faites en elles pussent entièrement s'effacer.

Pour apercevoir combien une ppiqionest.peu

raisonnable , il n'es* pà& toujours nécessaire d^en^ ti-er dans de ffêMaés détaik ; il s^l&rait d'observer comsMUt OD y a été conduit. On verrait cpi*k peu defirais' on passe pour pfailosophey puisque c'est souvent assca d^avoir kxiaginé une ressemblance teUecpselle entre les choses spirituelles et corporellesi^^et si l^on eonsidérait que les peuples ne parlent qufeni 'supposant cette ressembianoe, oh décQcuTrirait dans les.préj!ugés les phis populaires^ lefonilsment de bien des systèmes philosophiques^ harscpie nous parlons dé Tâme, de ses idées, de ses pecpsé^, et de tout ce qu'd4^ éprouve, nous ne> p0dfvons avoir qiy'un langage âgeoré. y si fMt voir ailleurs comment les opérations de Tàme ont été nommées diaprés les noms mêmes donnés aux opérations des sens.' Or les philosophes ont ^ fivortipési pcurrce lais^age comme le peuple ; et c'est pourquoi ih' ont cru expliquer tout avec des mots;

> Lés* idées innées étant rétablies sur de pareils fimdenvfiiisvii ne ftit pins question que d'en déf terminer le nombre.

Quelques-uns n'ont pas fait difiSkulté' d'en adiliettite une infinité, et de dire que nous n'avons point tFidées qui ne soient nées avec nous, ne conceraitl pas otiinnient oU' pourrait sans cela apercenwr chaque objet particulier. Mais ceux

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doBi la vue porte trop k>in potir êtrè Batrêtét pàfr , un si petit obëtacle, ont tsfot^é nn héttheux dénomment dkm les sj^ènKes à la mèdei. Ay^arit fàit réflexion que tout y dépend d<f certafhild prindpés féconds^ ils ont dit qu'il n'y âVâÛt d'ini^ qtlé tt^ pinncipes; que c'est dads lès notibiis géi!iéralé^ que nous voyons les vé^itéë pattvcmlièreâ^ et qdé le fini même ne est cofinu qute |)ar Fidée dé' ^ de l'infini.

Mais qu'est-ce qite ces notiohi générâlës qui seraient seules imprimées dant» nos ânifes ? Qùé les pidlosc^ens sfadressentàun gi^Veur, ét()ii'ib le priemt 4e graver lïn homme en général. Ce ne serait pas demander l'mipossible, puisqu'il f à, selén enx^ une si* grande oépafermité' entre nos idées et l6sifûata!gps empi*ehites stifles corps, ptÂs^ qu'ils oodçGmttt ^ ble<i eàtàïtàétit YimàgÉ dtan hoikime ètt générât est fenpfiméè nôûs. Qtte në luidisent^ils que s'il ne sait pàs gi^aVer tm houime en général , il ne gravera jamâis un homdre em partâciili^) parce q«ie celui<-€i' nef lui est <idttni* que par l'idée qu'il a de celui-là. Si malgré l'évidenoe de ce raisonnement le graveur avone sou incàpacilé, ite setotit sans douté hn àtoit dè le traiter comme un Homme qui ignore jusqu'aux premiers principes des choses, et de conclure •qu'on, ne saurait être bon graveur sans être bon» philosophe.

Mais faisons tous nos cfForts pour découvrir

dans leur langs^ les coiuoiaisi^giices qu'ils crbîeDt avoir;, nous verrons ayçfC eux que dès images gravées, imprimiées, enlp|:*e^ltes9 des images qui s'altèrent, qui s'effacei^l; : expressions qui ofïrent un sens da^:iet pr^is quand on parle du corps, mais qui, appliquées, à l'âme et à ses idées^ ne sont qued^ métaphpres, de^ termes sans exactitude, où l'esprit se per4. m i vaines imaginations. !

Locke a fait au sentiment des idées iniiées bien de riionijeur par. le nqmbre et la scdidité dés réflexions qu'U lui a oppiQsées. Il n'en fallait pas tant pour détruire un iantôme aussi ^ain M Si j'i-^ maginais un f^ystièi^e^d^ns. la vue 4e prouver qu'il y a au mon^e; des êîres dont je ne saurak.refittipe , raison, il serait )>ie& plus naturel de me conseiller de me faire des idées des choses que je véux soutenir, que c^e me réfuter sérieusement. Voilà précisément où l'on en est par rapport à tous les syi^t^mes al^traits. On les réfuta mieux avec qùel^ ques questions que par/ de longs r^iisonnemens» > Demapdez à un philosophe ce qu'il entend par;

t Ltocke a employé tout le premier Itrre M $on Essai, sur . entendement humain à combattre cette opiniop. Ses raisons, pour 1^ plupart, me paraissent bonnes; mais il me semble , qu'il né prend pas la voie la plus courte pour dissiper cette errcfur. Pôûr mOi,'j'ai cru devoir me borner à en montrer roHgine. ^i'j*avab youlu l'àttaquèr avec d'autres armes , je- * n*aurais presque pu les prendre que dans Locke ; j'aime mieux * fenvpycf le lecteur ^ cp pljiilQsophe, . .. ' » ^

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tel pu tel principe; si vpus lepiress^ez, vous découvrirez bientôt l'endroit, faible ; vous verrez que son ^ystépoie ne roule .que sur des métaphores, des comparaisons éloignées; et; ppur lors il vous sera tout aussi ais^ .de>lç renVier^eç, que de l'attaquer. .

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