‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 113 sur 975 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

J^lARillIi, ÉRIC. UATO.X.

ÉRIC, C7itraiit vivcmcnl. .Mi ! c"e-t vous, mon père... je craignais que vous ne fussiez sorti. Il -y a qui.'lque agitation dans la tille.

RATON. C'est ce qu'on dit; mais je ne sais pas encore ila quoi il s'agit, car la mère n'a pas voulu me laisser allir. Racoiite-nioi cela, mon garçon.

liRic. Ce n'est rien, mon père, rien du tout; mais il y a des moments où, méin:; .sans motifs, il vaut mieux agir avec prudence. Vous êtes le plus riche négociant du quartier, vous y êtes influent; vous ne craignez pas d'exprimer lout haut votre opinion sur h reine Malhilde et sur le f ivori. Ce malin encore, au palais...

MARTHE. Esl-il possible?

KRic. Ils pourraient finir par le savoir!

RATON. Qu'est-ce ([ue Çii me l'ait? Je ne crains rien ; je ne suis pas un bourgeois (djscur, inconnu, et ce n'est pas un bommi' Comme Uaton B'jrkenslalY du Siileil-iTOr qu'on oserait jamais arrêter. Usle voudraient, qu'ils n'oseiaii'iit pas!

ÉRIC, ci demi-voix. C'est ce qui vous trompe, nmii père; je crois qu'ils oseront.

RATON, lil'rayi'. Hein ! qu'est-ce que tu me dis là?., ce n'est pas possible.

MARTHE. J'en étais sûre, je le lui répétais encore lout à l'iioiire. Mon Dieu ! mon Dieu ! i|u'est-ce que nous allons devenir?

ÉRIC. Rassurez-vous, ma mère, et ne vous elTraye-/ pas.

RATON, tremblant. Sans doute, tu es là à nous elTrayer... à l'ellrayer sans raison... ça vous trouble, ça vous décoiiccrle, 0:1 ne sait plus ce qu'on fait : cl dans un moment on l'on a besoin do son .çang-iroid... Voyons, mon garçon, qui t'a dit cela? d'où le tiens-tu ?

i-.uc. D'une souf.'e certaine, d'une perionne qui n'est que rop bicMi instruite, et que je n: puis vous nommer; mais vous pouvez me croire.

RATON. Je te crois, mon enfant; et, d'apri's les rens'iguementsposilifsquelu mo lionnes là, qu'est-se qu'il faut faire?

linic. L'ordre n'est pas encore signé; mais d'un instant à l'antre il peut l'être ; et ce qu'il y a de plus simple et de pins prudent, c'est de quitter sans bruit votre maison, devons tenir caché pendant quelques jours...

MARTHE, Et nù cela?

ÉRIC. Hors de la ville, chez quel |ue ami.

RATON, t'H'c»nc»îf,Chez Miehelson, le marchand de draps... ce n'est pas là qu'on ira mé ehereher... un brave homme... iiiolTensir.,. (pli no se mélo de rien... que do .son coniinerce.

.MMiTiiE. Vous vnye« donc bien qu'il est bon quelquefois de se mêler de soil ciilnmerce!

liiiic, il'nn nir sniiiitiant, Eli ! ma mère...

MARTHE, tu m rais'.iu ! j'ai tort; iic songeons qu'à son iléparl.

liiiic. II n'y a pas le moindre danger; mais n'importe, mon pèl'e, \\'. vous accompagnerai.

RATON. Non, il vaut mieux que tu restes; car enfin, tantôt ipiand ils vieil Iront et qu'ils ne me trouveront plus, s'il y avait du bruit, du tumulte, In imposeras à ces gens-l.i, tu veilleras à la sûreté de nos migiisins, cl puis tu rassureras ta mère, qui est tonte tremblante.

MARTHE. Oui, mon (ils, reste avec moi.

Énic. Comnie vuus voudrez. {AiJcrccrantJean qui descf-ml l'eseab'er.) El ah fait, il suffira de Jean pour accompagner mon père jiisi|Ue chez Miehelson. Jean, lu vas sortir.

,iEAN. Esl-il possible? quel bonheur! Midame le pernier?

MARTHE. Sans doUtc; tu sortiras avec ton maitr-.

.lEAN. Oui, .Madame.

KRie. Êi lu iie II" quitteras pas?

JEAN. Oui, monsieur Eric.

RATON. Et surtout de la discrétion ; pas do bavar.lage. p is de curiosité.

JEAN. Oui, noire mnitre; il y a diinc quelque chose?

H.VTON, à Jean, à demi-voix. La cour et le iiiinistèi'e sont fiiiieux contre moi; on veut m'ariét'.'r, ni'inearcerer, in'emprisonner, peut-ètic pire...

JE\N. .\h liiui, par exemple! je vou Irais bien v lir eel.i ! Il y aurait un faineuv bruit d.ms le quartier, et vous m'y \erricz, notre maître; vous verriez quel tapage, Mul.imo m'euteudra crier.

iiAToN. Taisez-vous, Jean, vous èles trn|) vif.

MAiirHE. Vous èles un tapageur.

KRie. Et du reste, ta bonne volonté sera inutile; car il n'y aura rien.

JEAN, tristement et d part. Il n'y aura rien... Tant pis! moi ipii espérais déjà du bruit et des carreaux c;issés!

n.viON, qui pendant ce temp.t a emhrasiè sa femme et son fils. Adieu!., adieu!.. [Ilsort avsc J-iin jitr la part' du fond; Marthe et Éric l'ont reconduit jusqu'à la parle de la Ixmlique, et le suivent encore quelque temps des yeux quand il est dans la rue.)

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