SCÈNE IV
CLÉRAMBEAU, EMMERIC.
CLÉRAMBEAii. Vous avicz voulu quc ce fût vous et non pas moi !.. et je le préférais... car, moi , elle eût été capable de ne pas me croire... Vous vous étiez chargé d'apprendre à ma fille que vous ne raimiez plus, que vous en aimiez une autre, et, malgré votre parole...
EMMERIC. Demandez-moi des serments que l'honneur puisse tenir et qui ne m'obligent pas au mensonge... Je vous répète que je n'aime au monde que ma cousine, que tout est rompu avec madame de Saint-Geran... que c'est malgré moi qu'elle est venue ici.
CLÉRAMBEAi'. Et c'est malgré vous qu'après votre mariage elle fera le malheur de ma fille...
EMMERIC. Jamais! elle s'abusait. . Elle a pris pour de l'amour ce départ, ce sacrilice qui faisait mon malheur... Mais, maintenant, qu'elle est à l'abri du danger, je ne la reverrai plus.., Rien ne changera ma résolution.
cLitRAMREAi'. Qu'cu savez-vous? . vous n'étiez pas là fan!ôt... lorsiiue, fondant en larmes, elle s'est jetée à mes pieds., et moi, voyant cette pauvre femme, paie... si jeune, si malheureuse... et si tietlc... je me sentais ému et attendri... je n'avais plus la force de
lui eu v uloir... jerrois même que je lui ai iiardminé... moi. Monsieur, moi, qui ai soixante ans, et vous en avez vi gt-cinq !
EMiiiaiic. Ah ! Monsieur.
tLÈ.tAMUEAU. Non, je n'exposerai point le bonheur et l'avenir de ma fille à des eliances aussi périlleuses ; je ne vous parle pas du bruit et du scandale., suites ordinaires de pareilles liaisons... du déshonneur d'un g.daiit homme qui ne pardonnerait pas!., lui. J'admets que le hasard, qui vous a servi jusqu'ici, trompe encore tous les yeux, vous ne tromperiez pas ceux de ma fille... et je verrais ma pauvre enfant, frappée au cœur, sécher et se consumer dans les larmes... mourir peut-étri!, sans se plaindre et sans vous .iceuser... Mais jo m'accuserais, moi... qui savais tout et qui n'aurais rien pnHu... moi, qui pour lui épargne r une douleur de quel(|U(>sjours. l'aurais condamnée à d'éternels tourments et au malheur de sa vie... Non, non, mon parti est pris... et je vais...
EMMERie. Si vous ne craignez pas mon désespoir... vous redouterez an moins le sien!
ci.ÉiAMBEvr. Je serai là pour la consoler... je remmènerai, je partirai avec elle, je ferai tontes ses volontés... excepté Celle-là... et avec le temps et ma fortune... et puis vous n'êtes pas le seul au monde... elle vous oubliera, el!o aura d'autres idées. EMMERIC. Jamais!
ci.ÉRAMuEAe. le le lui onlouuerai, moi, son père... nu du nio'ns je m'arrange! ai pnur qu'c Ile en a'me un autre... e'e^t un moyen de salut... une di-lraeiion permise; tandis ipiesielle était mariée... {Voulant sortir.) Enfin, et puisque vous n'avez pas osé tenir votre parole, et lui dire que le ivf.is venait de vous...
EMMERIC. Je l'ai voulu, je l'ai tenté .. c'est au-dessus de mes forces... et si elle était là, je ne pourrais que tomber à ses pieds et aux vôtres.,. Une telle cruauté ii'c-t pas dans votre caractère... et je le vois, vous êtes touebé de ma douleur,
CLÉRVMBEAU. C'est possible!.. car, malgré moi, je te plans... je t'aime, je t'aimerai toujours, comme mon neveu, mais jamais eomme mon gendre... et puisque tu ne peux ni la voir, ni lui parler, eh bien! on écrit, cela n'en aura que plus de force... (Montrant la table à gauche .) Mettez-vous là, Monsieur, et écrivez. EMMERIC Et que lui dire, mon Iheii !
CLÉRAMBE.w. Je vais vous dicter: « Ma cousine, il faut de la franchise, je ne vous aime plus... »
EMMERIC, vivement. Mais, je vous répète. Monsieur, que l'amour que j'éprouve pour elle est le plus sincère... le plus vrai... le plus ardent. . et excepté cela, j'écrirai tout ce que vous voudrez.
CLÉRAMnEAi), ovcc impatience. Alors, prenons un autre prétexte... [Dictant.) « Je vous aime... »
EMMERIC. A la bonne heure!.. [Avec amour.) aie vous aime... »
CLÉiiAMDEAi!, dictant. M Mais je dois vous avouer que votre ciractère... »
EJiMERic, s'arrctant, et avec chaleur. Le caractère le |ilus doux, le plus aimable!
CLÉRAMDEAU. Je uc dis pas non.
E!\iMERie, de même. L'esprit, la grâce, un cœur excellent.
CLÉRAMREAU, avec fierté. Je le crois bien! EMMERie, vivement. Vous en convenez vous-même, vous voyez bien qu.« je ne poux rien dire contre son earaetére ; ce serait absurde, w serait invraisemblable... Elle ne le croirait pas.
CLÉRAMREAU, avcc Colère. Ah ! il faut cependant bien
UNE CHAINE
rompre... et que vous donniez ou non dc^ motifs de, YOti'e refi;s, vous refusi'rez! pnis(|ue riioiiiieur d'un ami et le soin de vos jours peut-ôlre, in'caipèLiicnt de parler et de dire la vérité.
EMMERic, hors (le lui. Eh bien ! vous la direz... je le préfère!.. S'il faut nicitre liu à mes jours... aniant qu'un autre prenne ce soin ; je n'aurai pas, au moins, moi-même, signé njon arrêt... ce sera vous.
CLiiiiAMBEAu. Monsieur !.. Dieu!.. M. de Saiiil-fieran!
EMMF.rtic, déchirant /<■ papier qu'il a commencé à écrire. Tant mieux !.. Dites tout devant lui, vous en êtes le ni;iître.
CLÉHAMBEAU. Moi!..