SCÈNE IV
HÉLÈNE, TRESSILLYAN.
HÉLÈNE, s'asseyant et faisant sifjne à lord Tressillyan de s'asseoir. Je vous écoule, Miloi'd.
TiiESsiLLï.iN. Je suis lui'il Priuiefose Tressillyan, marquis de Glenowal, le plu-i riche propriétaire de Norlhumberlaiid.. ce(.[ui n'a pas empêché ma famille de ra'euvoyer à riJniversilé. Oui, j'ai fait d'c-vcellentes étuiles.
HÉLÈNE. Cela ne ne m'élonne pas, ;\lilord.
TRESSILLYAN. Vous éles trop bonne... J'ai passé Irois ans à Oxford avec lord Albert Claveriiig... et ce qui vous étonnera peut-être... par un hasard... par une fatalité obstinée... il l'a toujours emporté sur moi !..
HÉLÈNE. Et le sujet du tableau dont vous vouliez me parler.
TRESSILLYAN. M'y voicj ! Lancé dans le monde je me suis bientôt fait un nom par mes jockeys ; mes chevaux, mes paris... que j'ai souvent gagués, moi-même en persoune. Car vous saurez que je suis extrêmement fort et extrêmement adroit!..
HÉLÈNE. Je n'en doute pas, Milord.
TRESSILLYAN. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'aux dernières courses d'Epsdin... j'avais des chevaux, pur sang magnifiques... et Atalantc... qui jusqu'alors avilit élé favonle... engagée dans un dernier pari du six mille gninées... se laisse battre et distancer par qui?., par miss Babiole... jinnent de lord Clavering ! encore lui... la même falalité!
HÉLÈNE. Mais, .Milord... ce tableau...
TRESSILLYAN. Nous y arrivons!., je voulais comme (ont le monde... entrer à la chambre des Communes... j'avais un cuncuirent .. un adversaire... vous le devinez, lord Clavering!.. et quoii|ue je sois pins riche etde beaucoup... quoique j'aie dépensé pourmon élection, dix mille livres serling, rien qu'en porter et vin
de Porto, nos électeurs qui avaient perdu la tète... qui étaient ivres... l'ont nommé... lui!., c'est comme une gageure.
HÉLÈNE. Mais, Milord...
TRESSILLYAN. Plus qu'un mot et je conclus... 11 y a dans le monde une jeune ef charmante lady... la reine de nos salons... une vivacité, une grâce, un esprit... je suis son chevalier... son partner habituel... et rien qu'en nous voyant danser ensemble, la Polka, la Redowa... chacun convient que nous sommes faits l'un pour l'autre... du reste, la fille d'un ministre, ce qui me permettriit de regagner la position politique que j'ai perdue, et quant à la préférence marquée... qu'elle daigne m'accorder, ce n'est pas moi, c'est l'opinion générale qui le proclame... aussi je croyais de ma délicatesse de la demander en mariage... et le père... [Riant.) (ci, miss Hélène... vous ne voudrez pas me croire... et c'est pourtant la vérité... le père me répond qu'il est engagé d'honneur!., avec qui?., avec lord Clavering!..
HÉi.ENE, se levant avec émotion. Est-il possible!..
TRESSILLYAN , Se levant aiissi. Vous n'en revenez pas?., je le vois!., ni moi non plus... d'une chance, d'une veine aussi consiante, qui me vaut les railleries de tous nos gentlemen! Ils prétendent maintenant qu'il l'emportera toujours sur moi... il y a même des paris ouverts .. eh bien non!., me suis-je dit... c'est une Inlle d'honneur, un combat désespéré, et ne fiit-ce (pi'une fois dans ma vie; je l'emporterai sur lui... n'importe comment?. .j'étaispoursnivi par cette idée... quand je vous ai aperçue hier à l'Opéra... où chacun vous regardait... où chacun se demandait: quelle est cette ravissante personne? (pardon de citer le texlc;, nul ne vous connaissait, et moi, en faisant comme tout le monde, en vous admirant... je révais déjà aux moyens de fixer votre attention, et naturellement je me flattais de quelque espoir... lorsqu'à la sortie' du spectacle, je vous aperçois au bras de qui?., de lurd Clavering... [Avec colère.) Ab I pour le coup, c'est trop fort !..
HELENE. Comment, .Milord?..
TRESSILLYAN , baissant la voix. Je vous vois monter dans sa voiture... vnus partez avec lui... cela ne me regarde pis... je n'ai rien à dii-e... (D'un air à moitié ironiqw.) Mais vousconimeiicez peut-ètre]à comprendre inaintenint, le sujet du tableau que je viens vous demander?
HÉLÈNE. Non, Monsieur! et je n'en dois accuser que mon peu d'intelligence, car j'écoute de toute mon att ntion, et ne peux deviner encore...
TRESSILLYAN. Vous tcuez, jo le vois, à ce qu'on s'explique plus nettement,
HÉLÈNE. Sans doute, car vous êtes venu ici pour me parler d'un tableau.
TRESSILLYAN. Eh bien! soit... prenons un tableau de genre, vous en cumposez, je crois. Hélène s'incline affirmativement.) Prenons Danaé?.. Danaé et la pluie d'or... Vous savez! — Supposons qu'un jeune lord immensément riche, et qui ne sait que faire de sa fortune, veuille n'importe à quel prix, supplanter le roi des cieux... au lien d'une pluie... il propose un orage. . c'e4 le sujet du tableau... qu'en dites-vous?
HELENE. Que je n'en ai jamais composé de semblable 1 Et, s'il faut vous l'avouer, Milord, il y a dans votre ton, dans votre air, dans vos regards même, quelque chose que je ne peux m'expliciuer, cl dont je n'ai pa; l'habilude. Excusez-moi si je suis peu faite aux manières et au l.mgage du grand monde; mais.
LA PROTEGEE SANS LE SAVOIR
avec tout le respect qu'une artiste doit à un lord, je vous dirai que ces manières et ce langage me font éprouver un senlinient de gène et de malaise que vous ne voudriez luis prolonger, et vous me permettrez, Milord, de me retirer.
TRESSILLYAN, à Hclèiip qu! lui fait la révérence et qui veut sortir. Non, non, vous avez trop bien compris que je vous aime ..
HÉLÈNE. Monsieur...
TRESsiLLYAN. Et quc jc vcîux mettre ma fortune à vos pieds.
HÉLÈNE, avec fierté. Milord, je suis chez moi, et je vous prie de sortir!
TRESSILLYAN.
Air : Polka du Diable à quatre.
Dans les beaux-arts.
Moi, j'ai vu, (l'ordiuaire, Qu'on était moins fiére, Suilûut moins sévère :
Ali ! plus d'égards.
Calmez votre colère.
Modérez le feu de vos regards 1
Adieu, je pars!
HELENE
A vos regards Si je parais sévère.
C'est que ma colère Ne saurait se taire !
Oui, sans retards, Veuillez donc me complaire
. {Avec ironie) Et montrer du moins quelques égards Pour les beaux-arts.
TRKSSILLYAN.
Mais je saurai d'un rival si tenace Me venïer mieux!., j'en connais les moyens : {A Hélène qui fuit un pas pour sonner.) Ah ! n'allez pas, je vous en prie eu grice. Sonner vos gens... je veux dire les siens! (Aoi/i'CdH geste d'Hélène.) Vous l'ordonnez! . vous voulez que je sorte, Votre humble esclave obéit à vos lois!
{A part.) Nouvel échec!., encor lui qui l'emporte! Mais ce sera pour la dernière fois!
ENSE.MDLE.
TRKSSILLYAN.
Dans les beaux-arts.
Moi, j'ai vu, d'ordinaire.
Qu'on était moins fiére, etc.
HÉLÈNE
A vos regards, Si je parais sévère, C'est que ma colère, etc.
(// salue et sort.)