‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 277 sur 975 · DUROCHER · texte numérisé non relu

DUROCHER

Adieu! . ne me retenez pas!

HÉLÈNE, ai'cc indignation.

Non, non. Monsieur, je m'attache à vos pas! Pour m'absoudre, ou pour me défendre J'aurais compté sur votre cœur; Et c'est vous, mon seul protecteur.

Qui me condamnez sans m'entendre!

DUROCHER, s'arrètant. Au fait! si jeune!., sans appui... sans un ami... sans un conseil!.. [Lareyardant avec pitié.) C'est égal, c'est dommage...

HÉLÈNE. Mais que voulez-vous dire?

DUROCHER. Je veux dire qu'ici comme chez nous, tout finit par se savoir, et dans ce lieu où j'étais entré pour lire les papiers publics, on parlait ;i voix haute d'un grand seigneur... lord .\lbert Claveriiig, s'il faut vous le nnmmcr, que des liens de roconuaissance et de politique attachent à la fille d'un ministre son

LA PHOTÉGÉE SANS LE SAVOIR

bit'iifa'Iciir, ci^ qui ne rcmiicclie pa?, disail-nn, dv se niiiiir pniir une ji'ime artiste, pour une Française... avie laquello il n'a pas craint de se montrer en public hier soir à l'Opéra...

IIK1.ENF.. 0 ciel!

tifi'.oeiirn. Et si j'avais pu douter encore... la manière dont p.irhiit de vous ce jeune fat, qui vous quittait, et que je viens de rencontrer... ce loid Tressillvan.

luiLÈNE, poussant un cri d'indignation l't [mitant la main à son front. Lui !.. i|ui tout à l'heure... .\li! je coni|jreuils!

DiRoeiiER, se jetant dans un fauteuil, à (/nuche, près de la table. Vous voyez, comme je vous le disais, qti'il eût mieux valu tout m'avoner!

iiéi.ém;. Ehl que vous avouei'ai-je? mon Dieu ! que tout louriie contre moi, et cependant, je le jure devant Dien et devant \ous... je le jure devant ma méro qui m'entend!., on m'a calomniée... moi... et lui!., lord Clavering!

uiRoenER, assis pris de la table, et haussant leg épaules. Allons duiic!.... quand ce matin encore il élait ici !

luarNE. Eh bien, oui! c'ist vrai!., de temps en temps. Bien rarement il venait me voir; et quand, par malheur, il ne le pouvait pas, il m'écrivait... mais comme un ami, comme un IVcre, romme vous l'auriez fait vous-même! Ce matin encore il me pressait d'épouser M. Crosby, ipii me demande eu mariage... oui... M. Crosby. qui e>t un honnête homme, qui me ccjnnaît... elqui m'eslime .. lui! DUROciiER, avec étonuement. M. Crosby !

HÉLÈNE. Eh! ouijMonsieur, croyez-moi... je ne vous dis que la vérité!.. Mais [lourvous convaincre, je n'ai que mes paroles... et si le ciel, si mon bon ange pouvait m'envoyer quelque preuve, (l'oussant un cri.) Ah! les lettres de Milord... il n'en niau(|ue pas une seule!., je les gardais toutes... {Prenant dans le .secrétaire, à çjauche, un caliier de lettres qu'elle jette sur la table.) Voyez vons-mème, M'iiisiem-; voyez, il m'exhorte à nie bien conduiie; il me parle de vertu et d'honneur. A chaque pa.ge il est question de ma mère!.. Et à celle (pi'on veut séduire et déshonorer, est-ce qu'on lui parle d'honneur et de vertu? est-ce qu'on lui parle de sa mère!..

DEROCHER, aucc émotion, il se lève. Non ! non! HÉLÈNE. Ah! vous nic croyez donc, enliu! PL'ROCHER. Eh bien! oui... eh bien! oui... je te crois!..

HÉLÈNE, se /etani dans ses bras. Jlirei, merci! mon père ! (Essuyant ses larmes.) Ah ! je respire. A présent, le reste m'est bien égal !

DEROCHER, vivement. Non, non... il oc faut pas parler ainsi. Et l'opinion?

HÉLÈNE. Eh! que m'importe! puisque je n'ai rien à me reprocher!

DEROCHER. Mais le monde?

HÉLÈNE. Est-ce que je vais dans le monde... est-ce que je le connais?

DEROCHER. Et ta répulaliou... et ton honneur, que toute femme doit défendre. T'est-il permis d'en dis-poser ainsi?.. Ta mère a été une honnête femme, non-seulement à ses yeux, mais aux yeux des antres; et si elle vivait encore... elle rougirait donc de son enfant?

HÉLÈNE. Non, iinn, jauiais... Parlez, que faut-il faire? je suivrai vos conseils.

DUROCIIER. Dis-tu vrai?

HÉLÈNE. Je vous Ic jurc !

DUROcnER. A cette condition-là, je le promets de te sauver. Mais il faut de la force, du courage!

HÉLÈNE. J'en aurai !

DEROcin;R. Puur faire tomber sur-le-champ tous ces bruits, toutes ces calomnies... il fiut trancher dans le vif, ne plus voir Milord.

HÉLÈNE, acec douleur. Ni- plus le voir... et qu'estce que je deviendrai... car à tous les instants, voyezvous...

DEROCHER. Eh bien!..

HÉLÈNE

Am : Sans murmurer.

Je l'attendais.

Et, Ircnililanlu, airitëe, Coinpl.iut lu.< .iuurs... à lui seul je pensais. Il airivail !.. el j'étais ciichanléc, Kt puis, liéliia! des qu'il m'avait quittée... Je l'attendais!

nrnosiER. Qu'cntcnds-jc. ô ciel !.. mais, in.sensée, tu l'aimes donc?..

HÉLÈNE. Je n'eu sais rien! mais je souffre, je suis uiallieureuse... et depuis un instant, je me sens là laii. 11' cœur... un vide... un désesiioir affreux .. tout me •■emhie fini pour moi !

Dimociu'.R. Miséricorde!., le danger est maintenant bien plus grand que je ne lo ei-oyais... et que lu ne le pencs toi-même !.. Hélène, tu m'as juré de m'obéir... tu me l'as juré au nom i!e ta mère...

HÉLÈNE, artc émotion. Eh bien! parl.z donc!., que voulez-vous de plus?

DEROCHER. Tu ui'as dit que M. Crosby demandait ta main.

HÉLÈNE. C'est vrai...

dérocher"! Il faut la lui accorder!

nÉLENE. .Moi !

DEROCHER. Il l'aut répon.-.cr... sur-le-champ... sans raisonner... sans réttéchir... c'est le seul moyen de salut qui te reste.

HÉLÈNE. Mais que dira lord Clavering?

DEROCHER, avec impatience. Et qu'e~l-cc que cela fait? c'est lui d'ailleurs cpii t'a propo.-é et ennseilléce mariage. Je retourne moi-même chez M. Crosby... pour lui dire que tu consens...

HÉLÈNE. Déjà !

DEROCHER. Quaiid ou a pris une bonne résoUitinn, on ne saurait trop tôt l'exécuter...

HELENE. Mais lui... lord Albert... sans le consulter...

DEROCHER. Tu le mêlcs toujours à tout cela, et cela ne le regarde en rien !

HÉLÈNE, écoutant. Le voici... j'entends sa voiture, le galop de ses chevaux!

DEROCHER Tu te trompcs'

HÉLÈNE, virement. Ohl non! je le connais si bien!

DEROCHER. Taut uiieux, alors... il fiiut lui avouer la vérité tontentière et le prier de ne plus ivvenir... Allons, songe à ta mère qui ti> regarde !

HÉLÈNE. Elle doit voir alors que je suis bien malheureuse.

DEROCHER, coidinuant. A ta mère... qui, comme moi, te conseillerait de l'éloigner...

HELENE

Air : Faut l'oublier.

Je t.Vcheiai qu'il y consente !

DEROCHER.

Dis-lui que c'est de Ion plein irrê.

Un ton ferme... on air assuré.

HÉLÈNE

C'est que je suis toute tremblante!

LA PllOïliGÉE SANS LE SAVOIR.

BBLB^E. Vous ne me quilU-rci pas ilrisi. — Scêiio 0.

BTIROCHEK.

lit s'il acciplo...

IULliNK.

Ah! j'uii mourrai!..

DliROCIlEn.

C'est là ce qu'il ne faut pas ilire : Du calmo... tu me l'as jun'!..

Si tu peux même... il faut sourire.

iiELÉNE, essuyant une, larme.

Je ti\clierai... je tâcherai ..

DimocHER, avec colère.

Allons, courage! il faut sourire!

HÉLÈNE

Ko grondez pas ! je ticherai !

(H soYt par la porte à gauche.)

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